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Cancer du Col de l'Utérus et Lésions Précancéreuses

Oncogenèse HPV, Dépistage National, Colposcopie, Stadiage FIGO & Prise en Charge

Pr. Houda Benkhelifa (Comité Pédagogique de Clinidexia) 40 min de lecture Mis à jour le 2026-03-10
Résumé de la fiche
Le cancer du col de l'utérus est le modèle paradigmatique du cancer induit par un agent infectieux : le Papillomavirus Humain à Haut Risque oncogène (HPV-HR, dominé par les génotypes 16 et 18), dont l'intégration génomique entraîne l'expression des oncoprotéines virales E6 (inactivant la protéine p53) et E7 (inactivant la protéine pRb). C'est une pathologie entièrement évitable grâce à la prévention primaire par la vaccination universelle (Gardasil 9 chez filles et garçons de 11 à 14 ans) et au dépistage secondaire organisé selon les recommandations de la HAS : examen cytologique (frottis cervico-utérin) tous les 3 ans entre 25 et 29 ans, puis test HPV-HR en première intention tous les 5 ans entre 30 et 65 ans. Ce cours magistral détaille l'histoire naturelle de l'infection, la colposcopie avec acide acétique et test au Lugol de Schiller, la prise en charge des lésions intra-épithéliales (CIN), le bilan d'extension par IRM pelvienne, la classification FIGO 2018 et les choix thérapeutiques d'excellence (chirurgie radicale de Wertheim pour les stades précoces opérables vs radio-chimiothérapie concomitante avec curiethérapie pour les stades localement avancés).

1. Épidémiologie, Facteurs de Risque & Enjeu Mondial de Santé Publique

Le cancer du col de l'utérus représente à l'échelle planétaire le quatrième cancer le plus fréquent chez la femme et la quatrième cause de mortalité par néoplasie féminine, avec environ 600 000 nouveaux cas et plus de 340 000 décès annuels enregistrés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il existe une disparité géographique et socio-économique colossale : plus de 85 % à 90 % des décès surviennent dans les pays à ressources faibles ou intermédiaires (Afrique subsaharienne, Asie du Sud-Est, Amérique latine), où il constitue fréquemment la première ou deuxième cause de mortalité par cancer chez les femmes jeunes en raison de l'absence totale de programmes structurés de dépistage et d'accès aux vaccins.

En France métropolitaine, le déploiement historique du dépistage individuel puis national organisé a permis une réduction spectaculaire de plus de 50 % de l'incidence et de la mortalité au cours des quatre dernières décennies. On recense actuellement environ 3 000 nouveaux cas diagnostiqués par an et environ 1 100 décès annuels. L'âge médian au moment du diagnostic est remarquablement jeune, se situant autour de 51 ans, avec un pic d'incidence majeur observé entre 40 et 50 ans, frappant des femmes en pleine activité professionnelle et familiale.

Le Modèle Oncologique Unique d'un Cancer Éradicable

Le cancer du col de l'utérus occupe une place singulière et pionnière dans l'histoire de la cancérologie mondiale : il s'agit du premier cancer humain dont la cause nécessaire obligatoire est un agent infectieux transmissible identifié : le Papillomavirus Humain à Haut Risque oncogène (HPV-HR). En effet, l'ADN viral d'un HPV oncogène est détecté dans plus de 99,7 % des pièces de carcinome invasif du col utérin dans le monde. En d'autres termes, il n'y a pas de cancer du col de l'utérus sans infection préalable persistante par un HPV à haut risque !

Parce que la phase précancéreuse asymptomatique s'étend sur une période de latence exceptionnelle de 10 à 20 ans entre l'infection initiale et le développement d'un carcinome invasif, et parce qu'un vaccin prophylactique hautement efficace existe, l'OMS a formellement lancé en 2020 une stratégie mondiale d'élimination du cancer du col de l'utérus en tant que problème de santé publique reposant sur l'objectif dit "90-70-90" d'ici 2030 : 90 % des jeunes filles complètement vaccinées avant 15 ans, 70 % des femmes dépistées par un test virologique de haute performance à 35 et 45 ans, et 90 % des femmes porteuses de lésions précancéreuses ou invasives traitées.

Facteurs de Risque & Co-Facteurs Favorisants

Bien que l'infection à HPV soit la cause nécessaire, elle n'est pas suffisante à elle seule (puisque l'immense majorité des femmes infectées guérissent spontanément). Plusieurs co-facteurs biologiques et environnementaux majeurs favorisent la persistance virale et la progression vers le cancer invasif :

  • Le tabagisme actif (Co-facteur toxique direct majeur) : Les métabolites cancérogènes de la fumée du tabac (nicotine, cotinine, nitrosamines aromatiques) se concentrent activement dans le mucus cervical sécrété par le col utérin à des taux 10 à 20 fois supérieurs à ceux du plasma. Ils exercent un effet immunosuppresseur local puissant en diminuant le nombre et la cytotoxicité des cellules dendritiques présentatrices d'antigènes de Langerhans et des lymphocytes T CD4+ de la muqueuse cervicale. Le tabac double le risque d'évolution des lésions précancéreuses CIN en carcinome épidermoïde invasif.
  • L'immunodépression cellulaire : Au premier rang de laquelle l'infection par le Virus de l'Immunodéficience Humaine (VIH). Chez la femme séropositive pour le VIH (en particulier avec un taux de lymphocytes CD4 < 200/mm3), la clairance virale de l'HPV est effondrée, le taux de récidive des néoplasies intra-épithéliales est multiplié par 5 et le délai d'apparition du cancer invasif est considérablement raccourci (le cancer du col invasif est d'ailleurs une affection classant le patient au stade SIDA avéré). De même, les patientes greffées d'organes solides sous immunosuppresseurs au long cours présentent un sur-risque majeur.
  • Comportements sexuels et histoire gynéco-obstétricale : Précocité des premiers rapports sexuels (période de métaplasie jonctionnelle active très vulnérable), multiplicité des partenaires sexuels (facteur de risque direct d'exposition virale), multiparité élevée (≥ 3 enfants nés à terme, favorisant l'éversion ectopique du col), et utilisation prolongée de la contraception œstroprogestative orale pendant plus de 5 à 10 ans (effet stimulant modeste des œstrogènes sur l'expression des gènes E6/E7).
  • Co-infections sexuellement transmissibles : Infections chroniques non traitées à Chlamydia trachomatis et virus Herpès Simplex de type 2 (HSV-2), qui entretiennent une micro-inflammation muqueuse chronique facilitant la pénétration du virus dans les couches basales.
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2. Virologie & Oncogenèse : Génotypes HPV, Oncoprotéines E6/E7 & Histoire Naturelle

Les Papillomavirus Humains (HPV) constituent une vaste famille de virus non enveloppés (virus nus) dotés d'une capside icosaédrique de 55 nm de diamètre protégeant un génome constitué d'une molécule d'ADN circulaire double brin d'environ 8 000 paires de bases. Le génome viral comprend trois régions fonctionnelles : une région de contrôle non codante (LCR / URR), une région codant les protéines précoces (Early : E1, E2, E4, E5, E6, E7) impliquées dans la réplication virale et l'oncogenèse, et une région codant les protéines tardives de la capside (Late : L1 et L2). La protéine L1 est la protéine structurale majeure capable de s'auto-assembler spontanément en pseudo-particules virales (VLP pour Virus-Like Particles), constituant la base immunogène de tous les vaccins recombinants actuels.

A. Génotypes Viraux : Haut Risque vs Bas Risque Oncogène

Plus de 200 génotypes distincts d'HPV ont été séquencés, dont une quarantaine possède un tropisme préférentiel exclusif pour la muqueuse de l'appareil génital féminin et masculin, transmis par contact direct cutanéo-muqueux lors des rapports sexuels :

  • Les HPV à Haut Risque Oncogène (HPV-HR) : Comprennent 14 génotypes reconnus cancérogènes certains de Groupe 1 par le CIRC : HPV 16, 18, 31, 33, 35, 39, 45, 51, 52, 56, 58, 59 et 68.
    - HPV 16 : Le plus oncogène et le plus agressif de tous les virus humains. Responsable à lui seul de 55 % à 60 % de l'ensemble des cancers invasifs du col de l'utérus dans le monde, ainsi que de la majorité des cancers de l'oropharynx (amygdales, base de langue), de l'anus et de la vulve.
    - HPV 18 : Deuxième génotype le plus prévalent, responsable d'environ 15 % des cancers du col. Présente un tropisme particulier pour l'épithélium glandulaire de l'endocol, expliquant son implication prédominante dans les adénocarcinomes cervicaux.
    - La combinaison HPV 16 + HPV 18 représente à elle seule plus de 70 % à 75 % de l'ensemble des cancers cervicaux invasifs !
  • Les HPV à Bas Risque Oncogène (HPV-BR) : Dominés par les génotypes HPV 6 et HPV 11. Ils ne s'intègrent jamais dans l'ADN de la cellule hôte et ne provoquent pas de cancer invasif. Ils sont en revanche responsables de plus de 90 % des condylomes acuminés bénins (végétations vénériennes bourgeonnantes ano-génitales en 'crêtes de coq') et de la papillomatose respiratoire récidivante.

B. Mécanismes Moléculaires d'Oncogenèse : Les Oncoprotéines E6 et E7

L'infection productive initiale par HPV se produit lors de micro-traumatismes et d'érosions épithéliales superficielles au cours des rapports intimes, permettant aux virions de franchir les couches cellulaires supérieures et d'accéder aux cellules basales souches indifférenciées de la membrane basale. Dans l'infection bénigne réplicative, le génome viral demeure sous forme libre extrachromosomique (épisome circulaire).

L'étape décisive de la cancérisation est l'intégration accidentelle de l'ADN viral dans le génome cellulaire nucléaire de l'hôte. Cette intégration s'accompagne obligatoirement de la rupture et de la perte du gène viral E2, qui exerçait physiologiquement un rétrocontrôle répresseur inhibiteur puissant sur la transcription des deux oncoprotéines majeures : E6 et E7. La levée de cette inhibition conduit à la synthèse massive, permanente et constitutionnelle de ces deux toxines cellulaires :

  • L'Oncoprotéine E6 & la Dégradation de p53 : La protéine p53 est le "gardien du génome" cellulaire : face à des cassures de l'ADN ou des anomalies mitotiques, p53 bloque le cycle cellulaire en phase G1 pour permettre la réparation de l'ADN, ou active les gènes pro-apoptotiques (Bax, Puma) pour éliminer la cellule mutée par apoptose. L'oncoprotéine virale E6 forme un complexe trimérique stable avec p53 et une ubiquitine-ligase cellulaire endogène (E6-AP). Ce complexe induit la poly-ubiquitination de p53 et son acheminement vers le protéasome 26S pour une destruction protéasomique rapide et continue de la protéine p53 ! Privée de p53, la cellule devient incapable d'arrêter son cycle cellulaire et accumule sans frein des mutations génomiques secondaires sans jamais déclencher l'apoptose. E6 active en outre la télomérase humaine (hTERT), conférant à la cellule une immortalité réplicative définitive.
  • L'Oncoprotéine E7 & l'Inactivation de la Protéine du Rétinoblastome (pRb) : La protéine pRb déphosphorylée agit comme un verrou majeur bloquant l'entrée en phase S de synthèse d'ADN en séquestrant les facteurs de transcription de la famille E2F. L'oncoprotéine virale E7 se lie avec une affinité extrême à pRb, déstabilise le complexe pRb-E2F et provoque la dégradation protéolytique de pRb. La libération massive et incontrôlée des facteurs de transcription E2F force la transcription immédiate des gènes de la réplication de l'ADN (cyclines A et E, thymidine kinase), entraînant une entrée constitutive permanente en phase S de mitose indépendamment de tout signal mitogénique extérieur. Par un mécanisme de rétrocontrôle compensateur, l'inactivation de pRb provoque une surexpression massive de la protéine p16ink4a, qui constitue le biomarqueur immunohistochimique diagnostique princeps des lésions de haut grade et des carcinomes au microscope !

C. Histoire Naturelle de l'Infection : Clairance Spontanée vs Persistance

L'infection génitale par HPV est une infection sexuellement transmissible d'une fréquence extrême : environ 80 % des femmes sexuellement actives seront infectées au moins une fois au cours de leur vie, le pic d'acquisition survenant dans les années suivant le début de la vie sexuelle (entre 18 et 25 ans).

Le destin de cette infection obéit à deux trajectoires fondamentalement inégales :

  • 1. La Clairance Virale Spontanée (85 % à 90 % des cas) : Dans l'immense majorité des cas chez la femme immunocompétente, le système immunitaire cellulaire (lymphocytes T cytotoxiques CD8+ et T helper CD4+) contrôle et élimine complètement le virus (ou le confine à un état quiescent indétectable non pathogène). La durée médiane de clairance spontanée est de 8 à 14 mois. À 24 mois, plus de 90 % des infections initiales à HPV ont totalement disparu sans avoir laissé la moindre séquelle tissulaire !
  • 2. La Persistance Virale Chronique (10 % à 15 % des cas) : Chez une minorité de patientes, le virus échappe à la surveillance immunitaire et persiste dans les kératinocytes basaux au-delà de 2 ans. C'est cette persistance prolongée de l'ADN d'HPV à haut risque qui constitue le moteur obligatoire exclusif de l'oncogenèse cervicale. Elle conduit successivement à l'apparition d'anomalies cellulaires basales (CIN 1), puis à des lésions précancéreuses de haut grade (CIN 2 puis CIN 3), et enfin au franchissement de la membrane basale pour constituer un carcinome épidermoïde invasif après une phase silencieuse de 10 à 20 ans.

3. Histologie du Col Utérin, Zone de Jonction & Terminologies (Bethesda vs CIN)

L'architecture microscopique du col utérin conditionne la genèse des lésions néoplasiques. Le col de l'utérus comprend deux versants anatomiques recouverts d'épithéliums totalement différents se rejoignant au niveau d'une zone frontière hautement stratégique :

  • L'Exocol : Partie visible dans le vagin au spéculum. Recouvert d'un épithélium malpighien pluristratifié non kératinisé (épithélium pavimenteux), composé d'une couche basale germinative, d'une couche parabasale, d'une couche intermédiaire riche en glycogène (colorée en brun par le Lugol lors du test de Schiller) et d'une couche superficielle desquamante.
  • L'Endocol : Canal endocervical reliant la cavité utérine au vagin. Recouvert d'un épithélium glandulaire unistratifié cylindrique sécrétant du mucus alcalin (glaire cervicale), s'enfonçant en cryptes glandulaires profondes.
  • La Zone de Jonction Squamo-Cylindrique (Zone de Transformation) : C'est la zone de contact frontière entre l'épithélium malpighien de l'exocol et l'épithélium cylindrique de l'endocol. Au cours de la vie génitale (puberté, grossesses), sous l'effet de l'imprégnation œstrogénique et de l'acidité du pH vaginal, l'épithélium cylindrique éversé subit un processus physiologique continu de métaplasie malpighienne de remplacement. Les cellules métaplasiques immatures de cette zone de jonction possèdent une activité mitotique intense et une plasticité chromatinienne extrême : c'est précisément au niveau de cette zone de transformation squamo-cylindrique que le virus HPV s'ancre préférentiellement et que naissent plus de 95 % des lésions précancéreuses et des cancers du col de l'utérus !

A. La Classification Cytologique du Système de Bethesda (Frottis FCU)

Le Système de Bethesda (mis à jour en 2014) est le standard international de compte-rendu cytologique des frottis cervico-utérins analysant les cellules isolées desquamées :

  • Qualité du prélèvement : Le frottis doit obligatoirement comporter des cellules malpighiennes en nombre suffisant ET des cellules endocervicales ou métaplasiques attestant que la zone de jonction squamo-cylindrique a bien été échantillonnée. Si ce n'est pas le cas, le frottis est classé non satisfaisant pour évaluation et doit être réitéré.
  • NILM (Negative for Intraepithelial Lesion or Malignancy) : Frottis strictement normal, sans anomalie morphologique.
  • ASC-US (Atypical Squamous Cells of Undetermined Significance) : Présence d'atypies cyto-nucléaires des cellules malpighiennes ne permettant pas de conclure de façon formelle entre une altération réactionnelle inflammatoire bénigne et une véritable lésion précancéreuse.
  • ASC-H (Atypical Squamous Cells - cannot exclude HSIL) : Atypies cellulaires suspectes ne permettant pas d'exclure formellement une lésion intra-épithéliale de haut grade.
  • LSIL (Low-grade Squamous Intraepithelial Lesion) : Lésion intra-épithéliale de bas grade. Regroupe l'effet cytopathogène direct de l'infection réplicative à HPV (les fameux koïlocytes : cellules malpighiennes volumineuses à noyau hyperchromatique irrégulier entouré d'un halo clair périnucléaire bien délimité) et les anomalies correspondant au stade CIN 1.
  • HSIL (High-grade Squamous Intraepithelial Lesion) : Lésion intra-épithéliale de haut grade. Présence de cellules au rapport nucléocytoplasmique très augmenté, avec chromatine grumeleuse et mitoses anormales, correspondant sur le plan histologique aux stades CIN 2 et CIN 3.

B. La Classification Histologique des CIN (Sur Biopsies Tissulaires)

La confirmation diagnostique repose exclusivement sur l'analyse histologique d'un fragment biopsique de tissu prélevé sous colposcopie, classé selon Richart en Néoplasies Intra-Épithéliales Cervicales (CIN) selon la hauteur de pénétration des atypies dans l'épaisseur de l'épithélium :

  • CIN 1 (Dysplasie légère / Lésion de bas grade) : Les anomalies nucléaires, les mitoses et la désorganisation architecturale sont strictement confinées au tiers inférieur (1/3) de l'épaisseur de l'épithélium malpighien. Les deux tiers supérieurs sont normaux et matures, présentant souvent des koïlocytes superficiels. Histoire naturelle : Lésion hautement réversible, régressant spontanément dans plus de 60 % à 80 % des cas sous 12 à 24 mois grâce au système immunitaire. Le risque de progression vers un cancer invasif est inférieur à 1 %.
  • CIN 2 (Dysplasie moyenne / Lésion de haut grade) : Les anomalies cyto-nucléaires et la perte de maturation cellulaire occupent les deux tiers inférieurs (2/3) de l'épaisseur de l'épithélium. Surexpression immunohistochimique constante de la protéine p16ink4a. Taux de régression spontanée de 30 % à 40 %, risque de progression vers CIN 3 ou cancer de plus de 20 %.
  • CIN 3 / Carcinome in situ (Dysplasie sévère / Lésion de haut grade) : Les atypies cyto-architecturales majeures, la perte complète de stratification et les mitoses anarchiques occupent plus des deux tiers, voire la totalité (100 %) de la hauteur de l'épithélium. Important : La membrane basale est strictement respectée et intacte (absence d'invasion stromale). Histoire naturelle : Le taux de régression spontanée est minime (< 10 %), et le risque d'évolution vers un carcinome épidermoïde invasif dépasse 30 % à 50 % en l'absence de traitement chirurgical !
Classification Histologique (CIN)Hauteur d'Atteinte de l'ÉpithéliumÉquivalent Cytologique (Bethesda)Évolution Naturelle & Conduite Pratique
CIN 1 (Dysplasie légère)Tiers inférieur (1/3 basal) de l'épithéliumLSIL (Lésion de bas grade) / KoïlocytesRégression spontanée dans 60-80 % des cas. Simple surveillance par cytologie/test HPV à 12 mois.
CIN 2 (Dysplasie moyenne)Deux tiers inférieurs (2/3) de l'épithéliumHSIL (Lésion de haut grade) - p16(+)Régression spontanée dans 35 %. Conisation diathermique (ou surveillance chez la femme < 25-30 ans désireuse de grossesse).
CIN 3 (Dysplasie sévère / In situ)Totalité de la hauteur (> 2/3 à 100 %). Membrane basale intacteHSIL (Lésion de haut grade) - p16(+)Progression vers le cancer invasif dans > 30-50 %. Traitement chirurgical obligatoire : Conisation in sano.
Carcinome Épidermoïde InvasifRupture et franchissement de la membrane basale avec invasion du stromaCarcinome épidermoïde invasifCancer invasif avéré. Bilan d'extension (IRM pelvienne), stadiage FIGO et prise en charge multidisciplinaire.

4. Stratégie Nationale de Dépistage Organisé (Recommandations HAS : 25-29 ans vs 30-65 ans)

La France a profondément modernisé sa stratégie de dépistage national du cancer du col de l'utérus en publiant de nouvelles recommandations sous l'égide de la Haute Autorité de Santé (HAS) et de l'Institut National du Cancer (INCa). La modification majeure repose sur l'intégration du Test virologique HPV-HR en première intention dès l'âge de 30 ans, marquant une césure méthodologique absolue entre deux tranches d'âge.

A. Femmes Âgées de 25 à 29 Ans Révolus : LE FROTTIS CYTOLOGIQUE (FCU)

Chez la femme de moins de 30 ans, le dépistage repose exclusivement sur l'examen cytologique cervico-utérin (Frottis FCU en milieu liquide) :

  • Rythme du dépistage : Deux premiers frottis cytologiques réalisés à 1 an d'intervalle (à 25 ans puis à 26 ans). Si les résultats de ces deux frottis successifs sont rigoureusement normaux (NILM), le rythme d'espacement est porté à un frottis tous les 3 ans jusqu'à l'âge de 29 ans révolus.
  • POURQUOI LE TEST HPV EST-IL STRICTEMENT CONTRE-INDIQUÉ AVANT 30 ANS ? (Question piège d'examen !) :
    - La prévalence de l'infection à HPV chez la femme jeune entre 20 et 29 ans est extrêmement élevée (touchant 30 % à 40 % des femmes sexuellement actives).
    - Cependant, dans plus de 90 % des cas, cette infection virale est transitoire, bénigne et éliminée spontanément par l'immunité naturelle sans jamais engendrer de lésion précancéreuse.
    - Utiliser le test virologique HPV avant 30 ans conduirait à un taux massif de tests positifs chez des femmes en réalité saines, déclenchant une anxiété majeure, des colposcopies inutiles en cascade et un sur-diagnostic de lésions transitoires traitées à tort par conisation iatrogène (qui augmente le risque ultérieur d'accouchement prématuré lors des grossesses futures) !

B. Femmes Âgées de 30 à 65 Ans : LE TEST VIROLOGIQUE HPV-HR EN 1ÈRE INTENTION

À partir de 30 ans et jusqu'à 65 ans, le Test HPV-HR remplace définitivement la cytologie comme examen de dépistage de première ligne :

  • Prélèvement : Prélèvement cervical réalisé lors de la pose d'un spéculum à l'aide d'une brosse d'endocol/exocol (balayette type Cervex-Brush), immergée dans un flacon de transport liquide.
  • Technique : Recherche par biologie moléculaire (PCR en temps réel ou hybridation moléculaire) de l'ADN des génotypes de Papillomavirus Humain à Haut Risque oncogène.
  • Périodicité si le test HPV est NÉGATIF : Le test est répété TOUS LES 5 ANS (et non plus tous les 3 ans !). La sensibilité et la valeur prédictive négative du test HPV étant supérieures à 98 %, une femme de plus de 30 ans ayant un test HPV négatif possède un risque quasi nul de développer un cancer du col dans les 5 à 7 ans qui suivent, autorisant sans danger un intervalle de surveillance élargi à 5 ans.

C. Algorithmes Décisionnels de Prise en Charge des Résultats

1. Algorithme chez la femme de 30 à 65 ans avec Test HPV(+)
  • Si le test HPV-HR revient POSITIF : Le laboratoire réalise immédiatement et automatiquement sur le même flacon liquide résiduel une cytologie réflexe (sans que la patiente ait besoin d'être reconvoquée pour un nouveau prélèvement) :
    - Si la cytologie réflexe est ANORMALE (≥ ASC-US, LSIL, HSIL) : Indication formelle et immédiate de COLPOSCOPIE.
    - Si la cytologie réflexe est NORMALE (NILM) : La patiente est porteuse d'une infection virale sans traduction cellulaire décelable. On réalise un nouveau test HPV de contrôle à 12 mois :
    • Si le test HPV à 1 an est redevenu négatif : clairance virale spontanée → retour au dépistage standard tous les 5 ans.
    • Si le test HPV à 1 an est toujours positif : persistance virale → Colposcopie d'emblée, quel que soit le résultat de la cytologie !
2. Algorithme chez la femme de 25 à 29 ans selon le Frottis FCU
  • Frottis ASC-US : Réalisation d'un test HPV réflexe sur le flacon (ou contrôle cytologique à 6-12 mois) : si HPV(+), colposcopie ; si HPV(-), retour au dépistage triennal.
  • Frottis LSIL : Réalisation d'une colposcopie d'emblée, ou nouveau frottis de contrôle à 6-12 mois.
  • Frottis ASC-H ou HSIL : Colposcopie d'emblée obligatoire !

5. La Colposcopie Méthodique : Acide Acétique, Test de Schiller au Lugol & Biopsies Dirigées

La colposcopie est l'examen gynécologique optique stéréoscopique grossissant (grossissement de 5 à 25 fois) de l'exocol et de la partie inférieure du canal cervical, indispensable pour localiser avec précision les anomalies épithéliales, évaluer la zone de transformation et guider la réalisation de biopsies tissulaires ciblées.

A. Déroulement Standardisé en Quatre Temps

  1. Temps 1 : Examen sans préparation (au sérum physiologique) : Après pose d'un spéculum bivalve sans aucun lubrifiant (qui altèrerait les réactifs), nettoyage doux du mucus à la compresse imbibée de sérum physiologique. Permet d'analyser la morphologie globale du col, d'éliminer une cervicite aiguë purulente ou une trichomonase, et de repérer les vaisseaux superficiels et les leucoplasies (plaques blanches d'hyperkératose spontanée).
  2. Temps 2 : Examen sous filtre vert : La lumière verte monochromatique absorbe la couleur rouge de l'hémoglobine, révélant avec une netteté chirurgicale l'architecture de la vascularisation sous-épithéliale : détection des ponctuations (capillaires en tête d'épingle perpendiculaires à la surface), des mosaïques (maillage capillaire polygonal cerclant des îlots muqueux) et des vaisseaux atypiques (vaisseaux anarchiques, tortueux, sinueux, ramifiés en tire-bouchon ou en point d'interrogation, très suspects de cancer invasif).
  3. Temps 3 : Le Test à l'Acide Acétique à 3-5 % (Temps Cardinal) : L'application généreuse d'acide acétique sur le col coagule de manière réversible les protéines intracellulaires cytoplasmiques et fait gonfler les noyaux cellulaires. La transmission de la lumière vers le tissu sous-muqueux vascularisé rouge est bloquée proportionnellement à la richesse en chromatine nucléaire. Les tissus anormaux riches en cellules immatures et atypiques à gros noyaux (CIN et cancers) deviennent opaques et blanchissent intensément : c'est la zone acidophile (acidophilie ou zone blanche). On analyse l'intensité du blanchiment (acidophilie dense, opaque, blanc crayeux dans les CIN de haut grade), sa rapidité d'apparition et la netteté de ses bordures périphériques.
  4. Temps 4 : Le Test de Schiller au Lugol (Solution Iodo-Iodurée) : L'épithélium malpighien mature normal de l'exocol est très riche en glycogène intracellulaire dans ses couches intermédiaires. Le Lugol se lie spécifiquement au glycogène, colorant l'épithélium normal en brun acajou foncé homogène (réaction dite iodo-positive ou Schiller positif/normal). À l'inverse, les cellules dysplasiques précancéreuses (CIN) et cancéreuses sont dé-différenciées et ont perdu leur stock de glycogène : elles ne fixent pas l'iode et restent décolorées jaune moutarde ou jaune paille vif (zones iodo-négatives de Schiller anormales) ! Les zones suspectes de biopsie sont celles qui sont simultanément acidophiles denses et iodo-négatives décolorées à bords nets.

B. Caractérisation de la Zone de Transformation (Classification IFCPC)

La validité d'une colposcopie dépend de la visualisation de la ligne de jonction squamo-cylindrique dans sa totalité sur 360 degrés :

  • Type 1 : Zone de transformation totalement exocervicale, entièrement visualisée sur 360°.
  • Type 2 : Zone de transformation ayant une composante endocervicale mais la limite supérieure reste entièrement visualisable au spéculum ou à l'écarteur de Kogan.
  • Type 3 : Zone de transformation endocervicale profonde dont la limite supérieure s'enfonce dans l'endocol et ne peut pas être visualisée (fréquente chez la femme ménopausée). Colposcopie dite non satisfaisante, imposant un curetage hémostatique de l'endocol ou une conisation diagnostique première.

C. Modalités de la Conisation Cervicale

Indiquée devant toute biopsie confirmant un CIN 2 ou un CIN 3, ainsi que devant une discordance majeure (ex : frottis HSIL avec colposcopie normale de type 3) ou une suspicion de micro-invasion :

  • Technique : Résection chirurgicale en cône d'un fragment emportant l'ensemble de la zone de transformation et une partie de l'endocol, réalisée préférentiellement sous anesthésie locale ou générale par résection à l'anse diathermique (RAD) ou au bistouri froid.
  • Double rôle : À la fois diagnostique (permet à l'anatomopathologiste de découper le cône en tranches sériées pour éliminer formellement un cancer invasif débutant et vérifier que les berges exocervicales et endocervicales sont en marges saines in sano) et thérapeutique curatif (l'ablation complète de la lésion dysplasique guérit la patiente dans plus de 95 % des cas).
  • Complications post-opératoires à connaître : Hémorragie précoce ou secondaire (chute d'escarre vers J8-J12), sténose cicatricielle du canal cervical (pouvant gêner la fertilité et les contrôles ultérieurs), et augmentation modérée du risque de fausse couche tardive du 2ème trimestre et d'accouchement prématuré par incompétence cervico-isthmique lors des grossesses ultérieures.

6. Cancer Invasif du Col : Métrorragies Post-Coïtales, Examen Pelvien & Stadiage FIGO 2018

Le cancer invasif du col utérin est défini par le franchissement de la membrane basale par les cellules tumorales malpighiennes ou glandulaires avec infiltration du stroma conjonctif sous-jacent, conférant à la tumeur un potentiel d'embolisation vasculaire lymphatique et sanguine.

A. Sémiologie Clinique Révélatrice

  • Métrorragies provoquées post-coïtales (Le Maître-Signe Révélateur) : Émission de sang rouge vif, indolore, survenant typiquement au décours immédiat d'un rapport sexuel (post-coïtal) ou déclenchée par un examen gynécologique ou la toilette intime. Chez la femme ménopausée, toute métrorragie post-ménopausique spontanée ou provoquée est un cancer gynécologique jusqu'à preuve du contraire.
  • Leucorrhées fétides et séro-sanglantes : Pertes vaginales anormales teintées de rose ou d'aspect purulent nauséabond en "eau de vaisselle", liées à la surinfection de la nécrose tumorale.
  • Signes d'envahissement pelvien avancé : Douleurs pelviennes sourdes ou lombo-sacrées irradiant vers les fesses et les membres inférieurs (sciatalgie par envahissement du plexus sacré), dysurie, hématurie (envahissement vésical), ténesme, rectorragies (envahissement rectal), ou œdème unilatéral blanc douloureux d'un membre inférieur par compression veineuse ou lymphatique iliaque par un blindage pelvien tumoral.

B. Examen Physique Gynécologique Rigoureux

  • Examen sous spéculum : Découvre une tumeur du col prenant l'aspect soit d'une formation bourgeonnante végétante exophytique, friable, saignant abondamment au moindre effleurement par la compresse ; soit d'une forme cratériforme ulcérée anfractueuse à fond nécrotique ; soit d'une forme infiltrante endophytique hypertrophiant le col en un gros "col en barillet" dont l'orifice externe peut paraître faussement sain. Réalisation de biopsies tumorales au tranchant de la pince qui apportent le diagnostic histologique formel.
  • Touchers pelviens combinés (Toucher Vaginal et Toucher Rectal) :
    - Le toucher vaginal évalue le volume tumoral, l'induration du col et l'extension aux culs-de-sac vaginaux et aux parois vaginales jusqu'au tiers inférieur.
    - LE TOUCHER RECTAL COMBINÉ AU TOUCHER VAGINAL (GESTE CLINIQUE CAPITAL) : L'index dans le rectum et le pouce dans le vagin apprécient la souplesse ou l'infiltration des paramètres (tissus cellulaires transversaux s'étendant des bords latéraux du col utérin à la paroi osseuse du bassin, traversés par les uretères et les vaisseaux utérins). Des paramètres souples et dépressibles indiquent une tumeur localisée potentiellement résécable ; des paramètres fixés, indurés, raccourcis et "blindés" jusqu'à la paroi pelvienne témoignent d'un stade localement avancé récusant formellement toute chirurgie première !

C. Bilan d'Extension Loco-Régionale & à Distance

La prise en charge moderne repose sur un bilan d'imagerie hautement codifié :

  • IRM Pelvienne avec injection de gadolinium (Examen de Référence Absolue) : Réalisée impérativement avant tout geste thérapeutique chirurgical. Permet de mesurer la taille tumorale tridimensionnelle au millimètre près, d'évaluer la profondeur de l'invasion du stroma cervical, d'affirmer l'intégrité ou l'envahissement des paramètres (rupture du cerclage stromale en hyposignal T2), de rechercher une extension au vagin et de dépister les adénopathies métastatiques pelviennes (iliaques externes, obturatrices, iliaques communes).
  • TEP-TDM au 18F-FDG (Tomographie par Émission de Positons) : Indispensable pour tout cancer de stade ≥ IB2 ou en présence d'adénopathies pelviennes suspectes à l'IRM. Possède une sensibilité inégalée pour détecter un envahissement ganglionnaire lombo-aortique rétro-péritonéal (qui modifierait immédiatement les champs d'irradiation pelvienne) et des métastases viscérales à distance (foie, poumons, os).
  • Marqueur sérique : L'Antigène du Carcinome Épidermoïde (SCC) : Élevé dans 70 % à 80 % des carcinomes épidermoïdes invasifs. N'a aucune utilité diagnostique initiale, mais constitue un marqueur d'une valeur exceptionnelle pour surveiller la réponse thérapeutique et dépister précocement une récidive néoplasique post-traitement.

D. Classification Internationale de la FIGO 2018 Révisée

La classification FIGO (Fédération Internationale de Gynécologie et d'Obstétrique) 2018 intègre formellement les données de l'imagerie (IRM/TEP) et de l'anatomopathologie :

Stade FIGO 2018Définition Anatomique de l'Extension TumoraleTraitement Standard de Référence
Stade IA (Micro-invasif)Invasion stromale microscopique ≤ 5 mm en profondeur (IA1 ≤ 3 mm ; IA2 entre 3 et 5 mm)Conisation simple in sano (si désir de fertilité) ou Hystérectomie totale simple extra-fasciale
Stade IB1 (< 2 cm)Tumeur invasive cliniquement visible limitée au col, taille maximale < 2 cmChirurgie radicale : Hystérectomie élargie de Wertheim + Curage pelvien (ou Trachélectomie élargie)
Stade IB2 (2 à 4 cm)Tumeur limitée au col, taille comprise entre 2 et 4 cm, paramètres libresChirurgie de Wertheim + Curage ganglionnaire pelvien bilatéral
Stade IB3 (≥ 4 cm)Tumeur limitée au col mais volumineuse (≥ 4 cm de diamètre maximal)RADIO-CHIMIOTHÉRAPIE CONCOMITANTE (Cisplatine) + Curiethérapie utéro-vaginale (Pas de chirurgie première)
Stade IIAExtension au tiers supérieur du vagin sans atteinte des paramètres (IIA1 < 4 cm ; IIA2 ≥ 4 cm)IIA1 : Wertheim ou RTCT ; IIA2 : Radio-chimiothérapie concomitante + Curiethérapie
Stade IIB (Paramètres)Envahissement franc des paramètres sans atteindre la paroi pelvienne osseuseRADIO-CHIMIOTHÉRAPIE CONCOMITANTE + Curiethérapie utéro-vaginale à haut débit
Stade IIIAtteinte du tiers inférieur du vagin (IIIA), paroi pelvienne/hydronéphrose (IIIB), Ganglions pelviens (IIIC1) ou lombo-aortiques (IIIC2)Radio-chimiothérapie concomitante pelvienne (+ lombo-aortique si IIIC2) + Curiethérapie
Stade IVInvasion muqueuse vessie/rectum (IVA) ou métastases à distance hépatiques/pulmonaires (IVB)Chimiothérapie combinée (Platine + Paclitaxel) + Bévacizumab (anti-VEGF) + Pembrolizumab

7. Prise en Charge Thérapeutique : Chirurgie de Wertheim, Radio-Chimiothérapie & Curiethérapie

La décision thérapeutique est obligatoirement collégiale, prise en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP) d'oncologie gynécologique. Elle est régie par une frontière fondamentale : la taille tumorale (seuil de 4 cm) et l'envahissement des paramètres.

A. La Frontière Thérapeutique Fondamentale

  • Tumeurs précoces opérables (Stades FIGO IA, IB1, IB2, IIA1 : Taille < 4 cm, paramètres libres) : Le traitement repose sur la CHIRURGIE PREMIÈRE d'exérèse carcinologique radicale.
  • Tumeurs localement avancées (Stades FIGO IB3 ≥ 4 cm, IIB avec paramètres blindés, III et IVA) : La chirurgie première est FORMELLEMENT CONTRE-INDIQUÉE (incomplète et source de morbidité majeure). Le standard mondial incontesté repose sur la RADIO-CHIMIOTHÉRAPIE CONCOMITANTE (RTCT) SUIVIE DE CURIETHÉRAPIE UTÉRO-VAGINALE.

B. L'Intervention de Wertheim (Colpo-Hystérectomie Élargie)

Décrite par Ernst Wertheim en 1898, cette intervention chirurgicale carcinologique lourde comporte :

  • L'ablation en monobloc de la totalité de l'utérus, du col, des paramètres proximaux (ligaments utéro-sacrés et ligaments cardinaux de Mackenrodt) et d'une collerette vaginale supérieure d'au moins 2 centimètres en marges saines.
  • Un curage ganglionnaire pelvien bilatéral (lymphadénectomie ilio-obturatrice) prélevant les chaînes iliaques externes, internes et obturatrices (au moins 10 à 15 ganglions analysés). La technique du ganglion sentinelle est validée pour les petites tumeurs < 2 cm.
  • Conservation ou ovariectomie : Chez la femme jeune non ménopausée présentant un carcinome épidermoïde précoce, les ovaires peuvent être conservés et transposés hors du pelvis (ovariopexie dans les gouttières pariéto-coliques) afin d'éviter la ménopause précoce en cas de radiothérapie adjuvante ultérieure.
  • Préservation de la fertilité : La Trachélectomie Élargie (Intervention de Dargent) : Proposée chez la femme jeune de moins de 40 ans désirant ardemment procréer, porteuse d'une tumeur < 2 cm sans embole : ablation du col utérin, des paramètres et du tiers supérieur du vagin avec curage pelvien, en conservant intégralement le corps utérin et les trompes, associée à un cerclage isthmique définitif non résorbable. Permet des grossesses ultérieures menées à terme avec accouchement systématique par césarienne programmée.

C. Le Protocole de Radio-Chimiothérapie Concomitante (RTCT) & Curiethérapie

Dans les formes localement avancées (IB3, IIB, III, IVA) :

  • Radiothérapie externe pelvienne conformationnelle (avec modulation d'intensité RCMI) : Délivre une dose de 45 à 50 Gy sur le volume tumoral cervical, les paramètres et les aires ganglionnaires pelviennes (étendue aux ganglions lombo-aortiques si stade IIIC2).
  • Chimiothérapie concomitante radiosensibilisante : Administration intraveineuse hebdomadaire de Cisplatine à la dose de 40 mg/m2/semaine pendant toute la durée de la radiothérapie (5 à 6 cures sous hyperhydratation intraveineuse protectrice rénale). Le cisplatine inhibe les enzymes de réparation de l'ADN tumoral altéré par les radiations, démultipliant l'efficacité de la radiothérapie.
  • Curiethérapie utéro-vaginale à Haut Débit de Dose (HDD) : Complément d'irradiation indispensable réalisé immédiatement au décours de la RTCT (sans interruption de traitement). Mise en place sous anesthésie d'un applicateur intra-utérin et vaginal au contact immédiat du reliquat tumoral, délivrant une surimpression radioactive ciblée de 15 à 20 Gy à base d'Iridium-192 à décroissance rapide, détruisant les cellules tumorales centrales tout en épargnant la paroi vésicale antérieure et la paroi rectale postérieure.

8. Prévention Primaire : La Vaccination Universelle Anti-HPV (Gardasil 9 Filles & Garçons)

La vaccination prophylactique anti-HPV constitue l'arme de prévention primaire la plus puissante jamais développée en oncologie préventive. Elle est fondée sur l'administration de Pseudo-Particules Virales (VLP pour Virus-Like Particles) obtenues par génie génétique sur levures recombinantes, composées de la protéine de capside L1 qui s'assemble spontanément en coquille virale vide dépourvue du moindre matériel génétique ADN viral (vaccin non infectieux et non réplicatif).

A. Le Vaccin de Référence : Gardasil 9 (Vaccin Nonavalent)

Le Gardasil 9 est le seul vaccin anti-HPV commercialisé et recommandé en France en primovaccination. Il protège contre 9 génotypes distincts d'HPV :

  • Les 2 génotypes à bas risque responsables de 90 % des condylomes ano-génitaux : HPV 6 et 11.
  • Les 7 génotypes à haut risque oncogène responsables de plus de 90 % des cancers du col, de l'anus et de l'oropharynx : HPV 16, 18, 31, 33, 45, 52 et 58.
  • Son efficacité clinique dans la prévention des infections persistantes et des lésions précancéreuses de haut grade (CIN 2/3) dues aux souches vaccinales est proche de 100 % (99,5 %) lorsqu'il est administré chez des sujets naïfs de tout contact viral préalable. Les cohortes nationales en vie réelle (Australie, Suède, Royaume-Uni) démontrent une quasi-disparition des cancers du col chez les femmes vaccinées dans l'adolescence avant leurs premiers rapports sexuels.

B. Calendrier Vaccinal Français & Recommandations Officielles

  • La Révolution de la Vaccination Universelle Filles ET Garçons : Depuis 2021, la vaccination anti-HPV est formellement recommandée et prise en charge chez TOUTES LES JEUNES FILLES ET TOUS LES JEUNES GARÇONS âgés de 11 à 14 ans révolus. Vacciner les garçons permet de les protéger directement contre les cancers induits par HPV chez l'homme (cancers de l'oropharynx en forte explosion, cancers de l'anus, du pénis) et contre les condylomes, tout en conférant une immunité de groupe collective majeure brisant la chaîne de transmission vers les femmes.
  • Schémas d'administration posologique :
    - Entre 11 et 14 ans révolus (Schéma à 2 doses) : Deux injections intramusculaires espacées de 6 mois d'intervalle (M0 et M6). La réponse humorale en anticorps neutralisants est maximale à cet âge jeune, rendant 2 doses parfaitement suffisantes.
    - Rattrapage vaccinal entre 15 et 19 ans révolus (Schéma à 3 doses) : Trois injections intramusculaires administrées selon le schéma M0, M2 et M6 mois (la deuxième dose à 2 mois de la première, la troisième à 6 mois).
    - Populations spécifiques : Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) jusqu'à l'âge de 26 ans révolus (schéma à 3 doses), et patients immunodéprimés (VIH, greffés) chez lesquels la vaccination comporte 3 doses dès l'âge de 9 ans.

C. Le Message Fondamental de Santé Publique : La Vaccination ne Supprime Pas le Dépistage

C'est un point capital d'éducation thérapeutique : Une femme vaccinée par Gardasil 9 DOIT CONTINUER DE BÉNÉFICIER DU DÉPISTAGE RIGOUREUSEMENT AU MÊME RYTHME QU'UNE FEMME NON VACCINÉE (frottis tous les 3 ans de 25 à 29 ans, puis test HPV tous les 5 ans de 30 à 65 ans). En effet, bien que le vaccin protège contre 90 % des génotypes oncogènes, environ 10 % des cancers cervicaux sont induits par des souches rares non couvertes par le vaccin (HPV 35, 39, 51, 56, 59, 68), ou la patiente a pu rencontrer le virus avant sa vaccination.

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9. Tableaux Comparatifs, Arbre Décisionnel & Perles pour le Concours du Résidanat

Cette section rassemble les synthèses indispensables pour les dossiers cliniques progressifs et les questions à choix multiples du concours de résidanat et des épreuves classantes nationales.

A. Tableau Synthétique : Dépistage Organisé National HAS

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Tranche d'ÂgeExamen de 1ère IntentionModalités & Périodicité StandardConduite en Cas d'Anomalie
Femmes de 25 à 29 ans révolusExamen Cytologique (Frottis FCU en milieu liquide)2 premiers frottis à 1 an d'intervalle (25 et 26 ans), puis tous les 3 ans si normauxASC-US : Test HPV réflexe. LSIL : Colposcopie ou contrôle à 6-12m. HSIL / ASC-H : Colposcopie d'emblée.
Femmes de 30 à 65 ansTest virologique HPV-HR (Recherche ADN viral à haut risque)Réalisé TOUS LES 5 ANS si le test est négatifHPV(+) → Cytologie réflexe sur même flacon : si anormale → Colposcopie. Si normale → Test HPV à 1 an (colpo si toujours +).

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