1. Évolution Nosologique : Du SRIS au Consensus International Sepsis-3
Le sepsis représente un défi médical et de santé publique majeur à l'échelle planétaire, responsable d'environ 48,9 millions de cas annuels et de 11 millions de décès à travers le monde (soit près de 20 % de l'ensemble des décès mondiaux selon l'OMS). Longtemps considéré comme une simple réaction inflammatoire exacerbée face à une bactériémie, sa compréhension nosologique a profondément évolué au cours de la dernière décennie.
A. L'Abandon des Anciennes Définitions Sepsis-1 et Sepsis-2 (1992 - 2001)
Pendant plus de deux décennies, la démarche médicale reposait sur les critères du SRIS (Syndrome de Réponse Inflammatoire Systémique) définis par la conférence de consensus ACCP/SCCM de 1992, associant au moins deux critères parmi : fièvre (> 38°C) ou hypothermie (< 36°C), tachycardie (> 90 bpm), polypnée (> 20/min ou PaCO2 < 32 mmHg) et leucocytose (> 12 000/mm³ ou < 4 000/mm³). L'ancienne classification séquentielle distinguait :
- Sepsis : SRIS d'origine infectieuse documentée ou suspectée.
- Sepsis sévère : Sepsis associé à au moins une dysfonction d'organe ou à une hypotension artérielle répondant au remplissage.
- Choc septique : Sepsis sévère avec hypotension artérielle réfractaire au remplissage vasculaire.
Pourquoi le SRIS a-t-il été abandonné ? Les études épidémiologiques contemporaines ont démontré que les critères du SRIS manquaient cruellement de spécificité (présents chez plus de 90 % des patients admis en chirurgie cardiaque ou souffrant de pancréatite aiguë non infectée) et de sensibilité (un patient âgé ou cirrhotique pouvant développer un sepsis létal sans tachycardie ni hyperleucocytose). De plus, l'accent était excessivement mis sur l'inflammation initiale, ignorant les mécanismes précoces d'immunosuppression et de cytopathie mitochondriale.
B. Les Définitions Actuelles du Consensus International Sepsis-3 (JAMA 2016)
Publié en 2016 par la Society of Critical Care Medicine (SCCM) et l'European Society of Intensive Care Medicine (ESICM), le consensus Sepsis-3 a redéfini le paradigme nosologique :
- SEPSIS : Défini comme une dysfonction d'organe menaçant le pronostic vital, causée par une réponse dérégulée de l'hôte face à une infection. Sur le plan opérationnel clinique, cette dysfonction d'organe est matérialisée par une variation aiguë du score SOFA d'au moins 2 points (Delta SOFA ≥ 2) consécutive à l'infection. La mortalité hospitalière d'un sepsis ainsi défini est de l'ordre de 10 à 15 %. (Remarque essentielle pour les concours : le terme de « sepsis sévère » a été officiellement et définitivement supprimé du vocabulaire médical !).
- CHOC SEPTIQUE : Représente un sous-ensemble critique du sepsis dans lequel les anomalies circulatoires, cellulaires et métaboliques sous-jacentes sont suffisamment profondes pour majorer considérablement la mortalité hospitalière (> 40 à 50 %). Sur le plan opérationnel, il associe obligatoirement la triade suivante :
- 1. Présence d'un sepsis prouvé ou fortement suspecté ;
- 2. Nécessité d'administrer des médicaments vasopresseurs (en pratique la Noradrénaline) pour maintenir une Pression Artérielle Moyenne (PAM) ≥ 65 mmHg ;
- 3. ET persistance d'un taux de Lactates plasmatiques > 2 mmol/L (18 mg/dL) malgré un remplissage vasculaire initial adéquat par cristalloïdes (30 mL/kg).