ClinidexiaQCM & Cas Cliniques
NeurologieItem Incontournable du Résidanat & ECNi

Sclérose en Plaques (SEP)

Diagnostic IRM (Critères de McDonald 2017/2024), Dissémination, Poussées et Stratégie Thérapeutique Fond

Dr. Anis Mebarki (Comité Pédagogique de Clinidexia) 44 min de lecture Mis à jour le 2026-03-08
Résumé de la fiche
La Sclérose en Plaques (SEP) est une maladie inflammatoire auto-immune chronique et neurodégénérative du système nerveux central caractérisée par une démyélinisation multifocale et une perte axonale progressive. Elle représente la première cause de handicap neurologique non traumatique acquis du sujet jeune, avec une nette prépondérance féminine. Le diagnostic repose sur la démonstration formelle de la dissémination spatiale (DDS) et de la dissémination temporelle (DDT) des lésions selon les critères de McDonald révisés (2017/2024), associant la clinique, l'IRM cérébro-médullaire haute résolution et la présence de bandes oligoclonales dans le LCR. La prise en charge thérapeutique combine le traitement d'urgence des poussées aiguës par bolus de méthylprednisolone intraveineux à forte dose (1 g/j pendant 3 jours), l'introduction précoce d'un traitement de fond modificateur de l'immunité adapté à l'activité de la maladie (immunomodulateurs oraux ou molécules de haute efficacité : anticorps monoclonaux anti-CD20, anti-intégrine alpha-4), et la prise en charge multidisciplinaire des symptômes chroniques (spasticité, fatigue, troubles sphinctériens).

1. Épidémiologie, Facteurs de Risque & Immunopathologie de la Démyélinisation

La Sclérose en Plaques (SEP) est une affection inflammatoire démyélinisante chronique du système nerveux central (SNC) à médiation auto-immune, associée à une composante neurodégénérative axonale précoce et progressive. Elle constitue la première cause de handicap neurologique non traumatique acquis chez l'adulte jeune, frappant les individus en pleine période d'insertion socioprofessionnelle et de fondation familiale.

Données Épidémiologiques & Gradient Géographique

On estime à plus de 2,8 millions le nombre de personnes vivant avec la SEP dans le monde. En France et en Europe occidentale, la prévalence s'élève à environ 150 à 180 cas pour 100 000 habitants, soit plus de 120 000 patients identifiés, avec une incidence de 5 à 8 nouveaux cas pour 100 000 habitants par an. La maladie débute typiquement entre 20 et 40 ans (âge médian 30 ans), avec une prédominance féminine majeure et croissante au cours des dernières décennies (sex-ratio d'environ 3 femmes pour 1 homme dans les formes rémittentes).

La distribution planétaire de la maladie présente un gradient de latitude très démonstratif (gradient Nord-Sud dans l'hémisphère Nord, Sud-Nord dans l'hémisphère Sud) : la prévalence est très élevée en Europe du Nord, en Scandinavie, au Canada et au Nord des États-Unis (> 200 à 300/100 000), moyenne dans le bassin méditerranéen et au Maghreb (50 à 80/100 000), et exceptionnellement basse dans les régions équatoriales et sub-sahariennes (< 5/100 000). Les études de migration ont prouvé qu'un individu migrant avant l'âge de 15 ans acquiert le risque épidémiologique de son pays d'adoption, attestant de l'impact déterminant d'une exposition environnementale précoce durant l'enfance ou l'adolescence.

Facteurs de Risque Génétiques & Environnementaux

La SEP est une affection complexe et multifactorielle, résultant de l'interaction entre une susceptibilité génétique polygénique et des déclencheurs environnementaux :

  • Susceptibilité Génétique :
    - Bien qu'il ne s'agisse aucunement d'une maladie héréditaire monogénique, le risque relatif est multiplié par 15 à 20 chez les apparentés au premier degré (fratrie) et le taux de concordance chez les jumeaux monozygotes atteint 25% à 30% (contre 3% à 5% chez les dizygotes).
    - L'allèle du complexe majeur d'histocompatibilité de classe II HLA-DRB1*1501 confère le signal de liaison génétique le plus puissant (risque multiplié par 3 à l'état hétérozygote). Plus de 200 polymorphismes de nucléotides simples (SNP) hors HLA ont été identifiés par les études GWAS, impliquant quasi exclusivement des gènes régulateurs de la fonction lymphocytaire (récepteur de l'IL-2, IL-7R, etc.).
  • Facteurs Environnementaux Déterminants :
    - Infection par le Virus d'Epstein-Barr (EBV) : L'infection par l'EBV est désormais reconnue comme un facteur déclenchant indispensable (condition préalable quasi nécessaire). Le risque de développer une SEP est multiplié par plus de 32 après une séroconversion EBV symptomatique (mononucléose infectieuse), reposant sur un mécanisme de mimétisme moléculaire entre l'antigène viral EBNA1 et une protéine gliale du SNC (GlialCAM).
    - Carence en Vitamine D & Faible Ensoleillement : L'hypovitaminose D au cours de l'adolescence altère la régulation des lymphocytes T régulateurs (Treg) et majore l'immunogénicité.
    - Tabagisme Actif & Passif : Majore de 50% le risque de développer la SEP et accélère drastiquement la conversion vers la forme secondairement progressive en augmentant la perméabilité alvéolo-capillaire et la présentation antigénique.
    - Obésité à l'Adolescence : État pro-inflammatoire chronique systémique médié par l'adiponectine et les leptines.

Immunopathologie : De la Démyélinisation Focale à la Neurodégénérescence Compartimentée

La physiopathologie de la SEP évolue en deux phases intriquées qui s'enchaînent et se chevauchent tout au long de l'histoire de la maladie :

  • 1. Phase Inflammatoire Périphérique & Démyélinisation Focale (Sous-tendant les Poussées) :
    - Des lymphocytes T autoréactifs (CD4+ Th1 sécrétant de l'interféron gamma et Th17 sécrétant de l'IL-17, ainsi que des lymphocytes T CD8+ cytotoxiques) sont activés en périphérie contre des antigènes de la gaine de myéline (protéine basique de la myéline MBP, glycoprotéine myélinique oligodendrocytaire MOG, protéolipid-protein PLP).
    - Ces lymphocytes activés expriment des intégrines de surface (notamment l'intégrine α4β1 ou VLA-4) qui s'amarrent aux molécules d'adhésion VCAM-1 des cellules endothéliales cérébrales, permettant le franchissement actif de la barrière hémato-encéphalique (BHE).
    - Dans le parenchyme cérébral, les lymphocytes sont réactivés par les cellules présentatrices d'antigènes locales (microglie, macrophages périvasculaires) et déclenchent une cascade inflammatoire massive : afflux de macrophages, sécrétion de radicaux libres oxygénés et d'enzymes protéolytiques qui attaquent et détruisent la gaine de myéline formée par les oligodendrocytes.
    - Blocage de Conduction Axonale : La perte de la gaine myélinique désorganise les canaux sodiques voltage-dépendants Nav concentrés aux nœuds de Ranvier, interrompant la conduction saltatoire rapide de l'influx nerveux. L'élévation de la température corporelle altère encore davantage l'ouverture de ces canaux dénudés, expliquant le phénomène d'Uhthoff.
  • 2. Phase Neurodégénérative Compartimentée & Lésions Chroniques Actives (Sous-tendant la Progression) :
    - Au cours de l'évolution, le processus inflammatoire se détache progressivement de la circulation sanguine périphérique pour devenir intrinsèque, auto-entretenu et compartimenté derrière une barrière hémato-encéphalique refermée.
    - Des agrégats de lymphocytes B forment des structures pseudo-folliculaires ectopiques tertiaires dans les espaces sous-arachnoïdiens des méninges, sécrétant en continu des anticorps et des facteurs solubles neurotoxiques qui diffusent dans le cortex cérébral sous-jacent, créant une démyélinisation corticale sous-piale extensive.
    - Les plaques de démyélinisation anciennes évoluent en lésions chroniques actives (« smouldering lesions ») caractérisées par un centre inactif gliotique et une bordure périphérique persistante d'activation microgliale riche en fer (bien visible en IRM sur les séquences de susceptibilité magnétique SWI).
    - Souffrance & Dégénérescence Axonale Irréversible : Privé du soutien trophique de sa gaine de myéline oligodendrocytaire, l'axone subit un stress oxydatif mitochondrial majeur avec surcharge calcique cytotoxique intracellulaire, conduisant à une transection axonale aiguë puis à une dégénérescence wallérienne rétrograde progressive. C'est cette perte axonale cumulative qui est le substrat direct et irréversible du handicap fonctionnel permanent fixé et de l'atrophie cérébrale et médullaire globale.

2. Formes Phénotypiques Évolutives & Histoire Naturelle (CIS, RR, SP, PP, RIS)

Le profil clinique et évolutif de la sclérose en plaques est remarquablement hétérogène d'un patient à l'autre. Le consensus international de Lublin (révisé en 2013 et 2020) distingue plusieurs cadres phénotypiques majeurs qui rythment l'histoire naturelle de l'affection.

Typologie Phénotypique Consensuelle

  • 1. Syndrome Cliniquement Isolé (CIS - Clinically Isolated Syndrome) :
    - Représente le tout premier épisode neurologique inaugural inflammatoire démyélinisant subaigu, d'une durée d'au moins 24 heures, compatible avec une SEP (ex. névrite optique unilatérale inaugurale, syndrome médullaire partiel ou atteinte du tronc cérébral).
    - Le CIS peut être mono-focal ou multifocal. Il se convertira formellement en SEP avérée dès lors que les critères de dissémination spatiale et temporelle seront réunis (soit d'emblée à l'IRM/LCR selon McDonald 2017, soit au fil des poussées ultérieures).
  • 2. Forme Rémittente-Récurrente (SEP-RR) :
    - Forme la plus fréquente et la plus classique, inaugurant la maladie chez environ 85% des patients.
    - Se caractérise par la survenue épisodique de poussées neurologiques aiguës bien individualisées, séparées par des périodes de rémission clinique complète ou partielle (avec séquelles déficitaires stables).
    - Caractéristique fondamentale : Il n'y a aucune progression insidieuse du handicap moteur entre les poussées durant cette phase rémittente. Le handicap accumulé découle uniquement de la récupération incomplète des poussées successives.
  • 3. Forme Secondairement Progressive (SEP-SP) :
    - Fait naturellement suite à la forme rémittente-récurrente après une période médiane de 10 à 20 ans d'évolution en l'absence de traitement de fond hautement efficace.
    - Elle se définit par une aggravation continue, lente et insidieuse du handicap neurologique sur au moins 6 à 12 mois, indépendamment de la survenue d'éventuelles poussées surajoutées. Le patient signale typiquement une diminution progressive du périmètre de marche, une raideur spastique croissante des membres inférieurs et des troubles urinaires insidieux.
  • 4. Forme Primairement Progressive (SEP-PP) :
    - Concerne 10% à 15% des patients au moment du diagnostic.
    - Se singularise par son profil épidémiologique et clinique : début plus tardif (vers 40 à 50 ans), sex-ratio équilibré (1 homme pour 1 femme).
    - Elle est caractérisée par une aggravation neurologique progressive continue dès le début de la maladie (pendant au moins 1 an), sans aucune poussée inaugurale identifiable. Le tableau clinique le plus classique est une paraparésie spastique progressive asymétrique liée à une myélopathie cervicale ou dorsale démyélinisante insidieuse.
  • 5. Syndrome Radiologiquement Isolé (RIS - Radiologically Isolated Syndrome) :
    - Découverte tout à fait fortuite, à l'occasion d'une IRM cérébrale réalisée pour un autre motif (bilan de céphalées, migraine, traumatisme crânien léger), de lésions de la substance blanche disséminées typiques de SEP répondant aux critères de dissémination spatiale chez un individu strictement asymptomatique n'ayant jamais présenté le moindre signe clinique de poussée démyélinisante.
    - Près d'un tiers à la moitié des patients porteurs d'un RIS développent un événement clinique (CIS) dans les 5 à 10 ans suivants, particulièrement en cas de présence de bandes oligoclonales dans le LCR ou de lésions de la moelle épinière.

Concept Moderne de Progression Indépendante des Poussées (PIRA)

La vision binaire historique séparant strictement la phase rémittente (exclusivement inflammatoire) de la phase progressive (exclusivement dégénérative) a été profondément bouleversée par les études de cohortes modernes. Il est désormais prouvé que le phénomène de PIRA (Progression Independent of Relapse Activity) — c'est-à-dire l'aggravation insidieuse et silencieuse du handicap moteur ou cognitif en dehors de toute poussée clinique — débute de manière subclinique dès les phases les plus précoces de la SEP-RR. Cela justifie le recours de plus en plus précoce à des thérapeutiques de haute efficacité dès le stade du CIS ou de la SEP-RR débutante.

Phénotype ÉvolutifFréquence InauguraleÂge Moyen de DébutSex-Ratio (F/H)Profil Évolutif Typique
Syndrome Cliniquement Isolé (CIS)Épisode inaugural28 - 32 ans3 / 1Premier événement démyélinisant subaigu unique (NORB, myélite partielle)
Forme Rémittente-Récurrente (SEP-RR)85% des cas30 ans3 / 1Poussées aiguës alternant avec des phases de stabilité complète sans progression intercalaire
Forme Secondairement Progressive (SEP-SP)Évolution tardive de la RR45 - 50 ans2 / 1Aggravation continue et lente du handicap moteur fixé après 10 à 20 ans de phase rémittente
Forme Primairement Progressive (SEP-PP)10% à 15% des cas40 - 45 ans1 / 1 (égal)Progression insidieuse continue du handicap dès le début (paraparésie spastique prédominante)
Syndrome Radiologiquement Isolé (RIS)Découverte fortuiteVariable2 à 3 / 1Anomalies IRM typiques de SEP chez un sujet sans aucun antécédent clinique neurologique

3. Sémiologie Clinique des Poussées : NORB, Myélite, Tronc Cérébral & Signe de Lhermitte

La Poussée de SEP est l'expression clinique de l'émergence d'un ou plusieurs foyers inflammatoires aigus au sein du névraxe. Sa reconnaissance précise conditionne la mise en route urgente de la corticothérapie par voie intraveineuse.

Définition Consensuelle Stricte de la Poussée

Selon le consensus international, un épisode neurologique ne peut être qualifié de poussée authentique que s'il satisfait rigoureusement à l'ensemble des conditions suivantes :

  • Apparition de nouveaux symptômes neurologiques objectifs ou réapparition / réaggravation nette de symptômes antérieurs.
  • D'une durée minimale d'au moins 24 heures consécutives (les symptômes fugaces de quelques secondes ou minutes ne constituent jamais une poussée).
  • En l'absence totale de fièvre ou de syndrome infectieux intercurrent (pour exclure formellement une « pseudo-poussée » liée au phénomène d'Uhthoff, où l'hyperthermie bloque transitoirement la conduction sur une lésion séquellaire préexistante sans nouvelle activité inflammatoire).
  • Deux poussées successives doivent impérativement être séparées par un intervalle libre d'au moins 30 jours ; dans le cas contraire, les symptômes sont rattachés à la même poussée initiale polyphasique.

Principaux Tableaux Cliniques Inauguraux

  • 1. Névrite Optique Rétrobulbaire (NORB) :
    - Révélatrice de la SEP dans près de 25% à 30% des cas et survenant chez plus de 50% des patients au cours de la maladie.
    - Clinique Caractéristique : Baisse d'acuité visuelle (BAV) unilatérale rapide, s'installant en quelques heures à 2-3 jours, allant du simple flou visuel à la perte complète de perception lumineuse.
    - Douleurs Orbitaires : Présentes chez plus de 90% des patients, douleurs rétro-orbitaires modérées à vives, typiquement exacerbées par les mouvements oculaires (traction de la gaine méningée enflammée lors du déplacement du globe).
    - Examen Ophtalmologique : Scotome central ou caeco-central au champ visuel ; dyschromatopsie d'axe rouge-vert majeure très précoce (les couleurs vives paraissent délavées ou grisâtres) ; Déficit Pupillaire Afférent Relatif (DPAR / Signe de Marcus Gunn) pathognomonique : lors de l'éclairement alterné des pupilles, la pupille de l'œil atteint se dilate paradoxalement au lieu de se resserrer lorsqu'on passe de l'œil sain à l'œil malade.
    - Fond d'Œil (FO) : Strictement normal dans 90% des cas au stade aigu (« le patient ne voit rien, l'ophtalmologiste ne voit rien »), attestant de l'atteinte rétrobulbaire postérieure du nerf optique. Dans 10% des cas (papillite antérieure), il existe un œdème papillaire modéré sans hémorragie en flammèche. Une pâleur papillaire temporale cicatricielle n'apparaît qu'au bout de 4 à 8 semaines, témoignant de la perte axonale définitive.
  • 2. Myélite Inflammatoire Aiguë Démyélinisante (Partielle) :
    - La myélite de la SEP est typiquement partielle et asymétrique (contrairement à la myélite transverse complète de la NMO) :
    - Troubles Sensitifs : Paresthésies ascendantes, sensations de striction en ceinture thoracique ou abdominale, engourdissements asymétriques des membres, hypoesthésie thermo-algique ou cordonale postérieure avec ataxie proprioceptive.
    - Signe de Lhermitte : Sensation de décharge électrique fulgurante descendant le long du rachis cervical et dorsal et irradiant dans les quatre membres lors de la flexion passive ou active de la nuque. Il traduit la démyélinisation des cordons postérieurs de la moelle cervicale et leur mécanosensibilité anormale.
    - Troubles Moteurs : Monoparésie ou paraparésie spastique avec syndrome pyramidal franc (hyperréflexie ostéotendineuse polycinétique, signe de Babinski unilatéral ou bilatéral, trépidation épileptoïde du pied).
    - Troubles Sphinctériens Aigus : Impériosités mictionnelles soudaines avec fuites involontaires ou au contraire rétention aiguë d'urines par dyssynergie vésico-sphinctérienne.
  • 3. Atteintes du Tronc Cérébral & des Paires Crâniennes :
    - Ophtalmoplégie Internucléaire (OIN) : Signe hautement spécifique de la SEP lorsqu'elle est bilatérale chez un sujet jeune. Elle résulte d'une lésion démyélinisante du faisceau longitudinal médial (FLM) unissant le noyau du nerf abducens (VI) controlatéral au noyau du nerf oculomoteur (III) homolatéral.
    Lors du regard latéral : parésie ou paralysie de l'adduction de l'œil homolatéral à la lésion, associée à un nystagmus horizontal monoculaire de l'œil abducteur controlatéral, avec conservation absolue de la convergence oculaire (ce qui élimine une atteinte du nerf III).
    - Paralysie Faciale Périphérique (VII) : Parfois à bascule ou récidivante, ou myokymies faciales continues (frémissements vermiculaires sous-cutanés des muscles péri-orbitaires).
    - Névralgie Trigéminale Atypique (V) : Décharges douloureuses paroxystiques de la face chez un adulte de moins de 40 ans (démyélinisation de la zone d'entrée de la racine du V dans le pont).
    - Syndrome Vestibulaire Central : Vertiges rotatoires aigus associés à un nystagmus multidirectionnel ou vertical pur ne s'épuisant pas.
  • 4. Syndrome Cérébelleux :
    Ataxie cérébelleuse cinétique avec dysmétrie à l'épreuve doigt-nez, dysdiadococinésie (épreuve des marionnettes perturbée), tremblement d'action et d'intention majeur invalidant, voix cérébelleuse scandée et explosive.
  • 5. Fatigue Pathologique & Troubles Cognitifs Chroniques :
    - La fatigue chronique est le symptôme le plus fréquent de la SEP, touchant plus de 80% des patients et représentant la cause principale de mise en invalidité professionnelle précoce. C'est une asthénie centrale accablante, présente dès le réveil, non soulagée par le repos, disproportionnée à l'effort physique accompli.
    - Les troubles cognitifs concernent 40% à 70% des patients, dominés par un ralentissement de la vitesse de traitement de l'information (évalué par le test SDMT - Symbol Digit Modalities Test), des déficits de la mémoire de travail et une altération des fonctions exécutives de planification.

4. Critères Diagnostiques de McDonald & Sémiologie IRM (DDS & DDT)

Le diagnostic de certitude de la sclérose en plaques repose sur la démonstration formelle de la Dissémination Spatiale (DDS) et de la Dissémination Temporelle (DDT) des lésions inflammatoires du système nerveux central, tout en ayant formellement éliminé tout diagnostic différentiel alternatif (« no better explanation »).

Les Critères Révisés de McDonald (2017/2024) ont considérablement accéléré la confirmation diagnostique en permettant de poser le diagnostic dès le tout premier épisode clinique (CIS) grâce à l'apport combiné de l'IRM haute résolution et de l'analyse du liquide cérébro-spinal.

Critère de Dissémination Spatiale (DDS)

La dissémination spatiale exige la présence d'au moins une lésion en hypersignal T2/FLAIR (mesurant au moins 3 mm de grand axe) dans au moins 2 des 5 zones anatomiques topographiques caractéristiques du système nerveux central suivantes (qu'elles soient asymptomatiques ou symptomatiques) :

  • 1. Territoire Périventriculaire : Lésions ovalaires siégeant au contact immédiat de la paroi des ventricules latéraux, disposées perpendiculairement au grand axe ventriculaire le long des veinules médullaires (« doigts de Dawson » visibles sur les coupes sagittales FLAIR).
  • 2. Territoire Cortical ou Juxtacortical : Lésions touchant directement le ruban de substance grise corticale (lésions intracorticales détectées par les séquences DIR - Double Inversion Recovery) ou immédiatement contiguës au cortex en interrompant les fibres en U de la substance blanche sous-corticale.
  • 3. Territoire Infratentoriel : Lésions situées dans le tronc cérébral (pont, mésencéphale, bulbe) ou dans les pédoncules cérébelleux et les hémisphères cérébelleux.
  • 4. Moelle Épinière : Lésions focales intramédullaires en hypersignal T2, de siège typiquement périphérique, latéral ou postérieur, s'étendant en hauteur sur moins de 2 à 3 corps vertébraux (lésions courtes) et occupant moins de la moitié de la surface transversale de la moelle sur les coupes axiales.
  • 5. Nerf Optique : Intégré dans les recommandations récentes comme 5e site anatomique validant la DDS (lésion en hypersignal T2 du nerf optique ou NORB typique confirmée).

Critère de Dissémination Temporelle (DDT)

La dissémination temporelle peut être démontrée selon trois modalités distinctes :

  • 1. Survenue Clinique d'une Deuxième Poussée : Émergence d'une nouvelle poussée clinique touchant un site anatomique différent, survenant au moins 30 jours après le premier épisode.
  • 2. Démonstration IRM Simultanée (IRM Initiale Unique) : Présence concomitante sur la toute première IRM cérébro-médullaire de lésions rehaussées par le Gadolinium (T1 Gado+) (témoignant d'une rupture active de la barrière hémato-encéphalique datant de moins de 4 à 6 semaines) ET de lésions non rehaussées (T1 Gado-) (témoignant de foyers inflammatoires plus anciens éteints).
  • 3. Démonstration IRM Séquentielle (IRM de Contrôle) : Apparition d'au moins une nouvelle lésion en hypersignal T2 et/ou d'une nouvelle lésion prenant le Gadolinium sur une IRM de suivi réalisée à distance, comparativement à l'IRM de référence, quel que soit le délai écoulé.
  • 4. APPORT MAJEUR DE MCDONALD 2017 (Règle d'Or du LCR) :
    Chez un patient présentant un premier événement clinique inaugural (CIS) avec dissémination spatiale démontrée à l'IRM, la présence de Bandes Oligoclonales (BOC) dans le LCR permet de VALIDER LE CRITÈRE DE DISSÉMINATION TEMPORELLE d'emblée, autorisant la confirmation immédiate du diagnostic de SEP et la mise en route sans délai du traitement de fond sans attendre une seconde poussée ou une nouvelle lésion IRM !
Présentation Clinique InitialeDissémination Spatiale (DDS) RequiseDissémination Temporelle (DDT) RequiseConditions pour Retenir le Diagnostic de SEP
≥ 2 poussées cliniques distinctes avec ≥ 2 lésions objectivesDémontrée cliniquementDémontrée cliniquementDiagnostic certain posé cliniquement (l'IRM sert de référence initiale)
≥ 2 poussées cliniques avec 1 seule lésion objective (mono-lésionnelle)Nécessite ≥ 1 lésion T2 dans ≥ 2 des 5 sites typiques du SNCDémontrée cliniquement par l'histoire des pousséesDDS démontrée à l'IRM cérébro-médullaire
1 seule poussée clinique (CIS) avec ≥ 2 lésions objectivesDémontrée cliniquementNécessite soit : Lésions T1 Gado+ et Gado- simultanées OU nouvelle lésion sur IRM de contrôle OU Bandes Oligoclonales (BOC) dans le LCRDDT démontrée par l'IRM ou par la ponction lombaire (BOC)
1 seule poussée clinique (CIS) avec 1 seule lésion objectiveNécessite ≥ 1 lésion T2 dans ≥ 2 des 5 sites typiques du SNCNécessite : Lésions T1 Gado+ et Gado- simultanées OU nouvelle lésion IRM ultérieure OU Bandes Oligoclonales (BOC) dans le LCRDDS démontrée à l'IRM ET DDT démontrée à l'IRM ou par le LCR
Progression neurologique insidieuse continue dès le début (SEP-PP)Nécessite ≥ 1 lésion cérébrale T2 typique ET ≥ 2 lésions médullaires T2Progression du handicap continue documentée sur au moins 1 anProgression sur 1 an + DDS IRM cérébro-médullaire + Synthèse intrathécale (BOC)

5. Ponction Lombaire (BOC, Synthèse Intrathécale) & Potentiels Évoqués Visuels

L'analyse du liquide cérébro-spinal (LCR) par ponction lombaire et les explorations neurophysiologiques (Potentiels Évoqués Visuels) apportent des arguments paracliniques biologiques et fonctionnels majeurs pour conforter le diagnostic de démyélinisation auto-immune et éliminer formellement les diagnostics différentiels infectieux ou tumoraux.

Analyse Cytologique & Biochimique du LCR

  • Cytologie :
    - Formule leucocytaire normale ou discrète pléiocytose mononucléée (lymphocytes et plasmocytes) comprise généralement entre 5 et 30 éléments/mm3 (présente chez environ 30% à 50% des patients en poussée).
    - Point de vigilance critique : Un nombre de leucocytes supérieur à 50 éléments/mm3, ou la présence de polynucléaires neutrophiles, est exceptionnel dans la SEP et doit faire rechercher en priorité une méningo-radiculite infectieuse (Lyme, VIH, zona), une méningite carcinomateuse ou une poussée sévère de neuromyélite optique.
  • Protéinorachie :
    - Normale dans plus de 60% des cas ou modérément élevée, restant quasi systématiquement inférieure à 1 g/L. Une protéinorachie supérieure à 1,5-2 g/L plaide fortement pour un blocage rachidien compressif ou un syndrome de Guillain-Barré.
  • Glycorachie :
    - Strictement normale (rapport glycorachie / glycémie veineuse supérieur à 0,6), permettant d'exclure une méningite bactérienne, fongique ou tuberculeuse.

Démonstration de la Synthèse Intrathécale d'Immunoglobulines G

La preuve d'une production anormale d'anticorps par des clones lymphocytaires B et plasmocytaires compartimentés au sein des méninges et du névraxe est le marqueur biologique cardinal de la maladie :

  • Recherche de Bandes Oligoclonales (BOC) d'IgG par Isoélectrofocalisation (IEF) :
    - Méthode de référence standardisée absolue, réalisée sur gel d'agarose avec immunotransfert spécifique, comparant strictement en parallèle le sérum et le LCR du patient ajustés à concentration identique en IgG.
    - Profil Positif (Profil Type 2) : Présence d'au moins deux bandes oligoclonales d'IgG identifiables dans le LCR qui sont STRICTEMENT ABSENTES du sérum.
    - Ce test est positif chez plus de 90% à 95% des patients atteints de SEP avérée.
  • Index IgG (Index de Link et Tibbling) :
    - Formule mathématique quantifiant la synthèse intrathécale : [IgG LCR / IgG sérum] / [Albumine LCR / Albumine sérum].
    - Un index supérieur à 0,70 confirme formellement une synthèse intrathécale autonome d'IgG en s'affranchissant des variations de perméabilité de la barrière hémato-encéphalique.
  • Dosage des Chaînes Légères Libres Kappa (KFLC) :
    - Biomarqueur quantitatif récent, automatisable et reproductible, présentant une sensibilité diagnostique équivalente ou supérieure à l'isoélectrofocalisation des BOC.

Potentiels Évoqués Visuels (PEV)

Les PEV explorent la conduction électrique de la voie visuelle rétro-rétinienne (rétine, nerf optique, chiasma, bandelettes optiques, radiations optiques et cortex visuel occipital) stimulée par un damier noir et blanc alternant :

  • Anomalie Démyélinisante Caractéristique : Allongement significatif de la latence de l'onde P100 (onde positive physiologique survenant normalement vers 100 millisecondes), qui dépasse typiquement 115 à 130 ms.
  • Préservation Relative de l'Amplitude : Contrairement à une atteinte axonale ou ischémique (qui effondre l'amplitude de l'onde P100), la démyélinisation pure ralentit la vitesse de conduction sans détruire initialement le contingent d'axones, maintenant une amplitude d'onde conservée.
  • Intérêt Diagnostique Majeur : Dépiste une lésion démyélinisante asymptomatique ancienne du nerf optique controlatéral chez un patient exploré pour un syndrome médullaire, apportant ainsi la preuve objective d'une atteinte multifocale spatiale.

6. Diagnostic Différentiel : Neuromyélite Optique (NMO), MOGAD & Pathologies Inflammatoires

Confirmer une sclérose en plaques exige d'écarter avec une rigueur absolue d'autres affections inflammatoires démyélinisantes du système nerveux central. L'erreur diagnostique avec les troubles du spectre de la neuromyélite optique ou la MOGAD expose à des prescriptions thérapeutiques inadaptées, certains traitements de fond de la SEP étant susceptibles de déclencher des poussées fulgurantes potentiellement mortelles de ces affections.

1. Troubles du Spectre de la Neuromyélite Optique (NMOSD - Maladie de Devic)

Longtemps considérée à tort comme une variante agressive de la SEP, la NMOSD est une astrocytopathie auto-immune distincte médiée par des auto-anticorps pathogènes circulants dirigés contre le canal hydrique Aquaporine-4 (anti-AQP4 IgG), abondamment exprimé sur les pieds astrocytaires au contact des microvaisseaux cérébraux :

  • Clinique Évocatrice : Névrite optique aiguë bilatérale ou unilatérale sévère laissant une cécité séquellaire fréquente ; myélite aiguë transverse extensive sévère avec paraplégie flasque complète et anesthésie périnéale totale ; syndrome de l'area postrema (lésion du plancher du 4e ventricule entraînant des nausées, vomissements incoercibles et hoquet rebelle persistant pendant plusieurs semaines sans cause digestive).
  • IRM Médullaire Caractéristique : Myélite transverse extensive longitudinale (LETM) : lésion continue en hypersignal T2 s'étendant en hauteur sur au moins 3 corps vertébraux consécutifs, occupant plus des deux tiers de la surface axiale de la moelle épinière.
  • IRM Cérébrale : Strictement normale au début ou montrant des lésions périventriculaires atypiques non évocatrices de SEP (respect des critères de McDonald). Bandes oligoclonales dans le LCR généralement absentes (retrouvées dans moins de 15-20% des cas).
  • DANGER VITAL MAJEUR : Les traitements de première et seconde ligne de la SEP (Interférons bêta, Fingolimod, Natalizumab) aggravent catastrophiquement la NMOSD, induisant des poussées nécrosantes extensives irréversibles ! Les traitements ciblés de la NMOSD reposent sur les inhibiteurs du complément (Éculizumab, Ravulizumab), les anti-récepteurs de l'IL-6 (Satralizumab, Tocilizumab), les anti-CD19 (Inébilizumab) et le Rituximab.

2. Maladie Associée aux Anticorps Anti-MOG (MOGAD)

Entité immunologique caractérisée par la présence d'anticorps IgG dirigés contre la glycoprotéine de la myéline oligodendrocytaire (anti-MOG IgG) :

  • Touche avec prédilection l'enfant et l'adulte jeune, sans prédominance féminine nette.
  • Se manifeste par des névrites optiques récidivantes bilatérales avec œdème papillaire volumineux franc au fond d'œil et prise de contraste périneurale de la gaine du nerf optique, des myélites avec atteinte élective du cône terminal médullaire (troubles érectiles et sphinctériens inauguraux) ou des encéphalomyélites aiguës disséminées (ADEM).
  • Remarquable chimiosensibilité aux corticoïdes, mais rechutes fréquentes lors de la décroissance rapide de la corticothérapie orale.

3. Autres Diagnostics Différentiels Systémiques & Infectieux

  • Vascularites Cérébrales & Connectivites Systémiques : Lupus érythémateux systémique, Syndrome des anticorps anti-phospholipides (SAPL), Syndrome de Gougerot-Sjögren primitif, Maladie de Behçet (lésions mésencéphaliques prédominantes avec aphtose buccogénitale récidivante).
  • Neurosarcoïdose : Atteinte méningée de la base du crâne avec prise de contraste leptoméningée nodulaire au Gadolinium, paralysie faciale périphérique fréquente, infiltration hypothalamo-hypophysaire, élévation de l'enzyme de conversion de l'angiotensine (ECA) et adénopathies médiastinales scannées.
  • Pathologies Infectieuses : Neuroborréliose de Lyme (érythème migrant méconnu, méningo-radiculite avec sérologie Lyme positive dans le sang et le LCR), Neurosyphilis (sérologies TPHA-VDRL), infection par le VIH, myélopathie à HTLV-1.
  • Causes Métaboliques & Génétiques : Sclérose combinée de la moelle par carence sévère en Vitamine B12 (atteinte prédominante des cordons postérieurs), Adrénomyéloneuropathie (dosage des acides gras à très longue chaîne AGTLC chez l'homme jeune), Artériopathie cérébrale autosomique dominante avec infarctus sous-corticaux et leucoencéphalopathie (CADASIL - mutations NOTCH3, migraines avec aura et hypersignaux T2 des pôles temporaux antérieurs).
Critère ComparatifSclérose en Plaques (SEP)Neuromyélite Optique (NMOSD)Maladie Anti-MOG (MOGAD)
Cible Immunologique PrincipaleAuto-immunité cellulaire et humorale anti-myélineAstrocytopathie anti-Aquaporine-4 (anti-AQP4 IgG)Oligodendrocytopathie anti-MOG (anti-MOG IgG)
Névrite Optique (NORB)Unilatérale, FO normal (rétrobulbaire), récupération bonneBilatérale sévère, cécité résiduelle fréquenteBilatérale récidivante, œdème papillaire volumineux au FO
Atteinte Médullaire (Myélite)Myélite partielle courte (< 2 vertèbres), postérieure/latéraleMyélite transverse extensive (LETM ≥ 3 vertèbres), centraleMyélite étendue touchant électivement le cône médullaire
IRM CérébralePériventriculaire (doigts de Dawson), corticale, infratentorielleNormale ou lésions péri-épendymaires (area postrema)Lésions volumineuses floues, aspect d'ADEM
Bandes Oligoclonales (LCR)Présentes dans 90% à 95% des cas (Profil type 2)Absentes dans > 80% des casAbsentes ou transitoirement présentes (< 30%)
Réponse aux Traitements SEPExcellente efficacité des traitements de fond (DMT)CATASTROPHIQUE : Interférons et Fingolimod AGGRAVENT la maladieInefficacité des DMT de la SEP, cortico-dépendance fréquente

7. Prise en Charge Immédiate de la Poussée Aiguë : Protocole des Bolus & Échanges Plasmatiques

Le traitement de la poussée aiguë est une urgence médicale dès lors qu'elle entraîne une gène fonctionnelle ou un déficit neurologique objectif (baisse d'acuité visuelle, parésie motrice, ataxie). Son objectif est d'éteindre rapidement l'orage inflammatoire focal, de restaurer l'étanchéité de la barrière hémato-encéphalique et d'accélérer la récupération fonctionnelle pour limiter la durée de la période d'incapacité.

Protocole Standard : Bolus de Méthylprednisolone à Forte Dose

Le traitement de référence repose sur l'administration intraveineuse de corticoïdes à doses massives :

  • Molécule et Posologie :
    Méthylprednisolone (Solumédrol) : 1 000 mg (1 g) par jour en perfusion intraveineuse courte d'une durée de 2 à 3 heures, dilué dans 250 mL de Sérum Salé Isotonique à 0,9% (ou Sérum Glucosé à 5%), pendant 3 jours consécutifs (pouvant être étendu à 5 jours en cas de poussée motrice ou visuelle particulièrement sévère d'emblée).
  • Alternative Orale Validée :
    L'étude française prospective multicentrique COPOUSE a formellement démontré la non-infériorité de la Méthylprednisolone orale à forte dose (1 000 mg/jour pendant 3 jours consécutifs) par rapport à la voie intraveineuse, offrant une excellente alternative en ambulatoire évitant l'hospitalisation chez les patients autonomes sans trouble de la déglutition.
  • Règle Fondamentale d'Arrêt (Pas de Décroissance Orale !) :
    Le traitement est interrompu brutalement au terme des 3 à 5 jours de bolus, SANS AUCUNE DÉCROISSANCE CORTICOÏDE ORALE PROGRESSIVE ULTÉRIEURE. Les études randomisées ont prouvé qu'une corticothérapie orale résiduelle ne prévient absolument pas les rechutes ultérieures, augmente significativement le risque d'effets indésirables généraux (ostéonécrose aseptique de la tête fémorale, prise de poids, cataracte sous-capsulaire postérieure, ostéoporose fracturaire) et retarde inutilement l'instauration du traitement de fond.
  • Bilan Pré-Thérapeutique & Mesures Associées Obligatoires :
    - Bilan infectieux d'exclusion : Éliminer formellement une infection évolutive occulte qui contre-indiquerait le bolus (ECBU systématique pour exclure une infection urinaire asymptomatique, radiographie thoracique si point d'appel pulmonaire).
    - Protection Gastrique : Co-prescription systématique d'un Inhibiteur de la Pompe à Protons (IPP : Oméprazole 20 mg/j).
    - Surveillance Clinique & Biologique per-perfusion : Pression artérielle, tracé électrocardiographique (risque de bradycardie sinusale ou de troubles du rythme ventriculaire lors d'une perfusion trop rapide), surveillance glycémique étroite (diabète cortico-induit transitoire chez le patient prédisposé), prévention de l'insomnie (perfusion réalisée de préférence le matin avant 10 heures).

Prise en Charge des Poussées Réfractaires Sévères

En cas d'échec du bolus de corticoïdes évalué à J10 - J15 (persistance d'un déficit fonctionnel sévère invalidant : acuité visuelle inférieure à 1/10e, hémiplégie ou paraparésie empêchant la marche autonome) :

  • Deuxième Ligne : Échanges Plasmatiques (Plasmaphérèse)
    - Réalisation en unité de réanimation ou de néphrologie de 5 à 7 séances d'échanges plasmatiques réalisées un jour sur deux sur une période de 10 à 14 jours via un cathéter veineux central fémoral ou sous-clavier.
    - Permet d'épurer rapidement du compartiment vasculaire les anticorps circulants, les fractions activées du complément et les cytokines pro-inflammatoires solubles.
    - Permet d'obtenir une amélioration clinique fonctionnelle spectaculaire chez plus de 50% à 70% des patients répondeurs au stade précoce.
  • Alternative : Perfusion d'Immunoglobulines Intraveineuses polyvalentes (IgIV à la dose totale de 2 g/kg sur 2 à 5 jours) en cas de contre-indication aux échanges plasmatiques.
Avertissement Médical Majeur : Un bolus de corticoïdes ne doit JAMAIS être suivi d'une décroissance orale de corticoïdes dans la SEP. La corticothérapie au long cours est totalement inefficace pour ralentir la maladie, tout en induisant des complications iatrogènes gravissimes (ostéonécrose de hanche, syndrome de Cushing, ostéoporose) !
Étape ThérapeutiqueTraitement AdministréPosologie & DuréeSurveillance & Précautions Majeures
1ère Ligne StandardMéthylprednisolone (Solumédrol) IVL1 000 mg (1 g) par jour pendant 3 jours consécutifs (perfusion de 2-3h)ECBU préalable obligatoire, IPP gastrique, glycémie, PA, pas de décroissance orale
1ère Ligne AmbulatoireMéthylprednisolone Orale1 000 mg par jour en prise unique le matin pendant 3 jours consécutifsTolérance digestive, efficacité et sécurité strictement bioéquivalentes à l'IV
2ème Ligne (Poussée Réfractaire à J15)Échanges Plasmatiques (Plasmaphérèse)5 à 7 séances un jour sur deux sur cathéter centralSurveillance hémodynamique, hémostase, fibrinogène, tolérance du cathéter

8. Traitements de Fond Modificateurs (DMT), Grossesse & Prise en Charge Globale du Handicap

Les traitements de fond modificateurs de la maladie (Disease-Modifying Therapies - DMT) ont transformé de manière spectaculaire le pronostic à long terme de la sclérose en plaques. En inhibant la réponse auto-immune, ils réduisent drastiquement la fréquence annuelle des poussées, préviennent l'apparition de nouvelles lésions cérébro-médullaires à l'IRM et retardent de façon significative la progression du handicap neurologique irréversible.

Classification & Arsenal Thérapeutique des DMT

On distingue schématiquement deux grandes catégories de molécules selon leur niveau d'efficacité et leur profil de tolérance immunologique :

  • 1. Traitements de Première Ligne (Efficacité Modérée, Sécurité Élevée) :
    - Interférons Bêta (IFN-β-1a Avonex/Rebif, IFN-β-1b Betaferon/Extavia, Peg-IFN Plegridy) : Molécules historiques administrées par voie sous-cutanée ou intramusculaire. Effets secondaires fréquents : syndrome pseudo-grippal réactionnel per-injection (myalgies, frissons prévenus par la prise systématique de paracétamol), réactions cutanées aux points d'injection, cytolyse hépatique et dépression.
    - Acétate de Glatiramère (Copaxone) : Mélange de polymères de 4 acides aminés mimant la protéine basique de la myéline. Injections sous-cutanées quotidiennes ou 3 fois/semaine. Molécule de référence chez la femme enceinte ou allaitante (absence totale de tératogénicité démontrée).
    - Diméthylfumarate (Tecfidera) / Diroximelfumarate (Vumerity) : Voie orale (240 mg x 2/j). Active la voie anti-oxydante intracellulaire Nrf2. Effets indésirables : bouffées vasomotrices faciales (flushes) et intolérance gastro-intestinale au début, lymphopénie progressive imposant une surveillance trimestrielle de la NFS (risque rare de LEMP si lymphocytes < 500/mm3 prolongés).
    - Tériflunomide (Aubagio) : Voie orale (14 mg/j). Inhibe la prolifération des lymphocytes activés par blocage de la dihydroorotate déshydrogénase (DODH). Contre-indication absolue pendant la grossesse (tératogène majeur) : impose une contraception féminine et masculine stricte et une procédure d'élimination accélérée par Cholestyramine (8 g 3 fois/jour pendant 11 jours) en cas de désir de procréation jusqu'à négativation plasmatique (< 0,02 mg/L).
  • 2. Traitements de Haute Efficacité (Seconde Ligne ou Première Ligne d'Emblée dans les Formes Très Actives) :
    - Anticorps Anti-CD20 Dépléteurs des Lymphocytes B :
    * Ocrélizumab (Ocrevus) : Perfusion intraveineuse semestrielle de 600 mg tous les 6 mois. Traitement hautement efficace validé dans la SEP-RR active, et seul traitement au monde ayant démontré une efficacité sur le ralentissement du handicap dans la SEP Primairement Progressive (SEP-PP).
    * Ofatumumab (Kesimpta) : Anticorps monoclonal 100% humain anti-CD20 administré par auto-injection sous-cutanée mensuelle à domicile (20 mg).
    * Surveillance : Hypogammaglobulinémie progressive à long terme (dosages réguliers des IgG/IgM sériques), risque accru d'infections respiratoires et urinaires.
    - Natalizumab (Tysabri) :
    * Anticorps monoclonal anti-intégrine α4 humanisé bloquant sélectivement l'ancrage des lymphocytes à la barrière hémato-encéphalique. Perfusion IV mensuelle (300 mg toutes les 4 à 6 semaines).
    * Réduction spectaculaire de plus de 70% du taux annualisé de poussées.
    * Risque Majeur : Leucoencéphalopathie Multifocale Progressive (LEMP) : Infection opportuniste cérébrale gravissime secondaire à la réactivation du polyomavirus JC (JCV) en milieu cérébral immunosupprimé.
    * Stratification du Risque de LEMP : Fondée sur trois critères : 1) Présence d'anticorps anti-virus JC sériques (index sérologique JCV) ; 2) Durée du traitement par Natalizumab supérieure à 24 mois ; 3) Utilisation préalable d'immunosuppresseurs. En cas d'index élevé et de traitement > 2 ans, le risque dépasse 1/100, imposant un switch thérapeutique.
    - Modulateurs des Récepteurs de la Sphingosine-1-Phosphate (S1P) :
    * Fingolimod (Gilenya) : Voie orale quotidienne. Séquestre réversiblement les lymphocytes T et B dans les ganglions lymphatiques. Surveillance cardiaque obligatoire de 6 heures à l'initiation (risque de bradycardie sinusale et de BAV), surveillance ophtalmologique (œdème maculaire) et dermatologique. Risque majeur d'effet rebond féroce à l'arrêt brutal !
    * Molécules de nouvelle génération plus sélectives : Ozanimod (Zeposia), Ponesimod (Ponvory).
    - Cladribine (Mavenclad) : Chimiothérapie orale par impulsions (comprimés pris 2 semaines consécutives sur 2 ans), permettant une reconstitution du répertoire lymphocytaire.

Stratégie Thérapeutique : Escalade vs Haute Efficacité Précoce

Deux stratégies s'affrontent en pratique :

  • Stratégie d'Escalade Conventionnelle : Débuter par une molécule de 1ère ligne bien tolérée, puis passer à une 2nde ligne en cas d'échec documenté.
  • Stratégie d'Induction / Haute Efficacité Précoce (« Top-Down ») : Privilégiée d'emblée dès lors que la SEP présente des critères d'activité élevée ou d'agressivité inaugurale (au moins 2 poussées invalidantes dans la première année, charge lésionnelle T2 cérébrale massive, présence de multiples lésions rehaussées au Gadolinium, lésions médullaires motrices inaugurales). L'utilisation d'anti-CD20 ou de Natalizumab dès le début permet d'atteindre l'objectif NEDA-3 (No Evidence of Disease Activity) : zéro poussée clinique, zéro progression du score de handicap EDSS, et zéro nouvelle lésion T2/Gado+ sur l'IRM annuelle.

Grossesse, Contraception & Allaitement chez la Patiente Atteinte de SEP

La sclérose en plaques touche électivement les femmes en âge de procréer. Les règles médicales modernes ont balayé les anciens dogmes anxiogènes :

  • La SEP n'altère en rien la fertilité féminine, n'augmente pas le risque de fausses couches spontanées, n'induit aucune malformation fœtale propre et n'interdit aucunement l'accouchement par voie basse ni la péridurale.
  • Évolution Naturelle Durant la Gestation : Les taux élevés d'estrogènes et de progestérone exercent un effet tolérogène naturel protecteur, entraînant une diminution très marquée du taux de poussées au cours du 3e trimestre.
  • Rebond du Post-Partum : Il existe une recrudescence classique et bien documentée de l'activité inflammatoire au cours des 3 premiers mois suivant l'accouchement. La reprise rapide du traitement de fond modificateur est préconisée dès la délivrance si la patiente ne souhaite pas allaiter.
  • Compatibilité des Traitements : L'Acétate de Glatiramère et les Interférons bêta sont formellement autorisés pendant toute la grossesse et l'allaitement. Le Tériflunomide et le Fingolimod sont formellement contre-indiqués (lavage obligatoire pour le tériflunomide). Les anti-CD20 (Ocrelizumab) et le Natalizumab peuvent être administrés jusqu'à la conception sous surveillance neurologique spécialisée.

Prise en Charge Symptomatique & Rééducation Fonctionnelle

  • Spasticité Musculaire Douloureuse : Kinésithérapie motrice pluridécennale axée sur les étirements musculaires passifs et la posture. Traitement médicamenteux par Baclofène oral (Lioresal 30 à 80 mg/j) ou Dantrolène. Dans les formes focales : injections ciblées de toxine botulique intramusculaire. Dans les spasticités sévères rebelles des membres inférieurs : pompe intrathécale à baclofène.
  • Troubles Vésico-Sphinctériens : Bilan urodynamique systématique. Anticholinergiques pour l'hyperactivité du détrusor (oxybutynine, toltérodine) ; apprentissage précoce des auto-sondages urinaires propres intermittents en cas de dyssynergie vésico-sphinctérienne avec résidu post-mictionnel significatif (> 100 mL) pour prévenir l'insuffisance rénale obstructive et les pyélonéphrites.
  • Douleurs Neuropathiques Centrales : Prégabaline (Lyrica), Gabapentine (Neurontin), Duloxétine ou Amitriptyline (Laroxyl).
  • Accompagnement Social : Déclaration en Affection de Longue Durée (ALD 30 à 100%), orientation vers un réseau de santé SEP régional, soutien psychologique et pratique d'une activité physique adaptée (APA) régulière.
Points Clés pour le Praticien : 1. La SEP est la 1ère cause de handicap non traumatique du sujet jeune (20-40 ans, prédominance féminine). 2. Diagnostic (McDonald 2017/2024) : Dissémination Spatiale (lésions dans ≥ 2 des 5 zones typiques : périventriculaire, corticale/juxtacorticale, infratentorielle, médullaire, nerf optique) ET Dissémination Temporelle (lésions Gado+/Gado- simultanées OU nouvelle lésion sur IRM de suivi OU Bandes Oligoclonales LCR). 3. Traitement de la poussée : Bolus de Méthylprednisolone 1 g/j IV (ou per os) pendant 3 jours, SANS AUCUNE DÉCROISSANCE ORALE. 4. Éliminer formellement la Neuromyélite Optique (anti-AQP4) car les traitements de la SEP (Interféron, Fingolimod) sont mortels dans la NMO ! 5. Ocrelizumab (Anti-CD20) est le seul traitement validé dans la forme Primairement Progressive.
Classe de Traitement de FondDénomination Commune (DCI)Voie & Rythme d'AdministrationBénéfice Thérapeutique MajeurMises en Garde & Risques Spécifiques
Anticorps Anti-CD20 (Haute Efficacité)Ocrelizumab (Ocrevus) / Ofatumumab (Kesimpta)Ocrelizumab : IV semestrielle ; Ofatumumab : SC mensuelleEfficacité majeure sur les poussées, validé dans la SEP Primairement ProgressiveInfections respiratoires, hypogammaglobulinémie progressive à long terme
Anti-Intégrine α4 (Haute Efficacité)Natalizumab (Tysabri)Perfusion IV mensuelle (toutes les 4 à 6 semaines)Réduction de 70% des poussées cliniques et des lésions actives IRMRisque majeur de LEMP (surveillance stricte de l'index sérologique anti-JCV)
Immunomodulateur OralDiméthylfumarate (Tecfidera)Voie orale (1 gélule matin et soir au milieu des repas)Prise orale, réduction de 50% des poussées, recul clinique importantBouffées vasomotrices (flushes), troubles digestifs, lymphopénie (surveillance NFS)
Immunomodulateur Injectable (Grossesse)Acétate de Glatiramère (Copaxone)Injection sous-cutanée (20 mg/j ou 40 mg 3x/semaine)Sécurité fœtale démontrée : molécule autorisée pendant la grossesse et l'allaitementLipoatrophie cutanée aux sites d'injection, efficacité modérée
Inhibiteur Synthèse PyrimidinesTériflunomide (Aubagio)Voie orale (1 comprimé de 14 mg par jour)Prise orale bien tolérée sur le plan infectieuxCONTRE-INDICATION ABSOLUE GROSSESSE (tératogène, lavage cholestyramine obligatoire)

Testez vos connaissances sur ce cours !

Entraînez-vous immédiatement sur les QCM corrigés et les cas cliniques de Neurologie pour valider votre assimilation.

Commencer les QCM de Neurologie
Avertissement Médical & Pédagogique : Clinidexia est une plateforme éducative d'entraînement aux examens médicaux. Les cours et fiches de révision sont fournis à titre d'information académique et ne remplacent pas une consultation médicale professionnelle.

Autres cours de Neurologie

42 min de lecture
Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC) Ischémiques et Hémorragiques : Sémiologie Topographique, Score NIHSS, IRM Mismatch, Revascularisation d'Urgence (Thrombolyse, Thrombectomie) et Prévention Secondaire (ESO / AHA / ASA)
46 min de lecture
Céphalées Primaires & Secondaires : Migraine (IHS ICHD-3), Céphalées en Coup de Tonnerre, Triptans, Anti-CGRP et Algie Vasculaire de la Face
45 min de lecture
Épilepsies de l'Adulte & État de Mal Épileptique : Diagnostic EEG, Classification ILAE, Sémiologie Topographique et Stratégie Anticonvulsivante
48 min de lecture
Maladie d'Alzheimer & Démences Neurodégénératives : Diagnostic IWG-3, Cascade Amyloïde/Tau, IRM, LCR & Traitements Modificateurs
42 min de lecture
Maladie de Parkinson : Triade Parkinsonienne, Corps de Lewy, Diagnostic Différentiel et Stratégie Dopa-Mimétique
45 min de lecture
Méningites et Méningo-Encéphalites Aiguës Infectieuses : Ponction Lombaire, Analyse du LCR, Bactériologie et Urgence Thérapeutique
44 min de lecture
Syndrome de Guillain-Barré (SGB) : Polyradiculonévrite Aiguë, Dissociation Protéino-Cytologique, ENMG, IgIV & Réanimation