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Sarcoïdose Médiastino-Pulmonaire & Systémique

Histopathologie du Granulome Sans Nécrose Caséeuse, Stades de Scadding, Syndrome de Löfgren et Corticothérapie (WASOG / SPLF)

Dr. Karim Bouamra (Comité Pédagogique de Clinidexia) 38 min de lecture Mis à jour le 2026-02-24
Résumé de la fiche
La Sarcoïdose (ou maladie de Besnier-Boeck-Schaumann, BBS) est une granulomatose systémique inflammatoire chronique d'étiologie inconnue, caractérisée par la formation ubiquitaire de granulomes épithélioïdes et gigantocellulaires sans nécrose caséeuse. Touchant préférentiellement l'adulte jeune de 25 à 45 ans avec une prédominance féminine, elle intéresse l'appareil respiratoire intrathoracique dans plus de 90 % des cas (adénopathies médiastino-hilaires et infiltration micronodulaire péribroncho-vasculaire). L'évaluation radiologique initiale repose sur la classification historique de Scadding en 5 stades (0 à IV), pronostiquant le taux de résolution spontanée. Le diagnostic positif impose formellement la conjonction d'un faisceau d'arguments clinico-radiologiques évocateurs, de la mise en évidence histologique du granulome sans nécrose caséeuse sur biopsies (muqueuse bronchique, EBUS, cutanée, BGSA) et de l'exclusion rigoureuse des autres causes de granulomatose (au premier rang desquelles la tuberculose). Seul le syndrome de Löfgren typique (érythème noueux, polyarthrite des chevilles et adénopathies hilaires bilatérales) permet de poser le diagnostic de certitude sans recours à aucune biopsie. Si l'abstention thérapeutique armée reste la règle dans les formes bénignes spontanément résolutives, la présence d'atteintes d'organes vitales ou fonctionnelles graves (atteintes oculaire, cardiaque, neurologique, rénale ou pulmonaire progressive à l'EFR) impose une corticothérapie systémique prolongée, relayée en cas de corticorésistance ou corticodépendance par le Méthotrexate ou les anti-TNF-alpha.

1. Définition, Épidémiologie & Immunopathologie de la Granulomatose

La Sarcoïdose — historiquement dénommée maladie de Besnier-Boeck-Schaumann (BBS) ou lymphogranulomatose bénigne — est une maladie inflammatoire systémique granulomateuse chronique d'étiologie indéterminée. Elle est caractérisée sur le plan histologique par l'accumulation et l'organisation dans divers organes de granulomes immunitaires épithélioïdes et gigantocellulaires sans nécrose caséeuse, avec une prédilection écrasante pour l'arbre respiratoire intrathoracique (adénopathies hilaires et médiastinales, parenchyme pulmonaire) et le système lymphatique.

1. Épidémiologie & Répartition Démographique

  • Distribution Mondiale & Facteurs Géographiques : Maladie ubiquitaire présente sur tous les continents mais caractérisée par d'importantes variations ethniques. La prévalence la plus élevée est observée dans les populations scandinaves (Suède, Danemark : 50 à 60 cas pour 100 000) et chez les sujets d'origine afro-américaine et antillaise (35 à 40 cas pour 100 000), où les formes cliniques sont souvent plus sévères, multi-viscérales et récalcitrantes. En France et au Maghreb, la prévalence est estimée entre 10 et 15 cas pour 100 000 habitants.
  • Âge et Sexe : Elle frappe avec prédilection l'adulte jeune entre 25 et 45 ans (plus de 70 % des cas se déclarent avant l'âge de 40 ans). On observe une légère prédominance féminine (sex-ratio F/H d'environ 1,2 à 1,5) avec l'existence d'un second pic d'incidence post-ménopausique chez la femme entre 50 et 65 ans.
  • Mortalité Globale Faible mais Réelle (1 % à 5 %) : Bien que d'évolution bénigne et spontanément résolutive dans plus de la moitié des cas, la mortalité est principalement imputable à trois complications d'organes majeures : la fibrose pulmonaire terminale au stade IV avec cœur pulmonaire chronique, l'atteinte myocardique sarcoïdosique (mort subite par arythmie ventriculaire ou choc cardiogénique) et la neuro-sarcoïdose centrale.

2. Immunopathologie : La Cascade de l'Inflammation Granulomateuse

La physiopathologie de la sarcoïdose résulte de l'interaction entre une susceptibilité génétique polygénique (associée à certains allèles du complexe majeur d'histocompatibilité HLA de classe II, notamment HLA-DRB1) et une exposition à des antigènes environnementaux, minéraux ou infectieux non dégradables (particules de silice, béryllium, insecticides, débris de parois mycobactériennes ou de Cutibacterium acnes) :

  1. Présentation Antigénique & Activation Dendritique : L'antigène inhalé est phagocyté par les cellules dendritiques et les macrophages alvéolaires de l'épithélium bronchique, qui le présentent aux lymphocytes T naïfs via le récepteur TCR.
  2. Polarisation Immunitaire Th1 & Th17 Exacerbée : Sous l'action de l'interleukine-12 (IL-12) et de l'IL-18, les lymphocytes CD4+ se différencient en lymphocytes Th1, qui déversent des quantités massives de cytokines pro-inflammatoires clés :
    • Interféron-gamma (IFN-g) : Stimule puissamment la fusion et la différenciation des macrophages alvéolaires en cellules épithélioïdes et en cellules géantes multinucléées de Langhans.
    • Interleukine-2 (IL-2) : Facteur de croissance autocrine stimulant la prolifération clonale intra-tissulaire des lymphocytes T helper.
    • Tumor Necrosis Factor-alpha (TNF-alpha) : Cytokine pivot indispensable au maintien de l'architecture, à la cohésion spatiale et à la pérennisation du granulome (cible thérapeutique des anticorps monoclonaux anti-TNF).
  3. Séquestration Compartimentale & Anergie Périphérique : Le recrutement massif et l'afflux permanent de lymphocytes T CD4+ vers les sites inflammatoires actifs (poumons, ganglions) épuisent le contingent lymphocytaire circulant. Il en résulte un paradoxe immunologique saisissant :
    • Une hyperactivité immunitaire cellulaire locale intense au niveau des organes cibles (alvéolite lymphocytaire T CD4+ majeure au LBA).
    • Une dépression paradoxale de l'immunité cellulaire systémique périphérique, se traduisant par une anergie tuberculinique cutanée (négativité de l'IDR à la tuberculine) et une lymphopénie sanguine périphérique modérée.
Immunopathologie : Réaction Th1/Th17 exagérée avec sécrétion massive d'IFN-g et de TNF-alpha. Paradoxe immunitaire : hyperactivité lymphocytaire CD4+ locale (poumons) contrastant avec une anergie tuberculinique et lymphopénie périphérique.

2. Histopathologie : Le Granulome Sans Nécrose Caséeuse

L'affirmation diagnostique de la sarcoïdose repose fondamentalement sur la mise en évidence anatomopathologique de sa lésion élémentaire spécifique : le Granulome Épithélioïde et Gigantocellulaire (GEG), complétée par la démonstration formelle de l'absence de nécrose caséeuse.

1. Architecture Microcopique du Granulome Sarcoïdosique

Le granulome sarcoïdosique est une formation nodulaire microscopique remarquablement bien circonscrite, compacte, arrondie, dite "nue" ou "non nécrosante", organisée en deux zones concentriques :

  • Le Centre du Granulome (Zone Épithélioïde & Gigantocellulaire) :
    • Cellules Épithélioïdes : Macrophages activés transformés ayant acquis une morphologie allongée à contours indistincts, avec un cytoplasme éosinophile abondant et un noyau vésiculeux clair à chromatine fine. Elles sont étroitement imbriquées les unes dans les autres par des interdigitations membranaires serrées.
    • Cellules Géantes Multinucléées de Langhans : Volumineuses cellules résultant de la fusion de plusieurs macrophages stimulés par l'IFN-gamma. Elles mesurent jusqu'à 100 à 200 micromètres et renferment de nombreux noyaux (10 à 30 noyaux) disposés de façon très caractéristique en fer à cheval ou en couronne périphérique au pôle apical de la cellule.
    • Inclusions intracytoplasmiques caractéristiques (non spécifiques mais évocatrices) :
      • Corps Astéroïdes : Inclusions étoilées cristallines radiaires constituées de filaments de tubuline et de vimentine.
      • Corps de Schaumann : Concrétions laminaires concentriques calcifiées basophiles riches en carbonate de calcium et en fer.
  • La Couronne Périphérique (Zone Lympho-Fibroblastique) :

    Le granulome est ceinturé en périphérie par une couronne lâche de lymphocytes T (à prédominance de CD4+ au contact direct du centre, et quelques CD8+ en bordure externe), de rares plasmocytes et une trame de fibroblastes sécrétant une fine résille de fibres de réticuline. Le granulome de la sarcoïdose est qualifié de 'nu' car il comporte très peu d'infiltrat inflammatoire lymphocytaire péribulbaire par rapport aux granulomes tuberculeux ou infectieux très exsudatifs.

  • Le Critère Négatif Cardinal : ABSENCE TOTALE DE NÉCROSE CASÉOUSE :

    L'absence de nécrose caséeuse (ou nécrose de coagulation homogène acellulaire acidophile) est la condition sine qua non du diagnostic anatomopathologique de sarcoïdose. La présence de la moindre plage de nécrose caséeuse au centre du granulome élimine formellement la sarcoïdose et signe une tuberculose mycobactérienne jusqu'à preuve microbiologique formelle du contraire. (Tout au plus peut-on tolérer une nécrose fibrinoïde punctiforme minime d'ischémie centrale dans moins de 5 % des cas de sarcoïdose floride).

2. Destin Évolutif des Granulomes : Résolution vs Fibrose

  • Voie de Résolution Spontanée (Majoritaire, 60-70 %) : Sous l'effet de mécanismes régulateurs (sécrétion d'IL-10 et de TGF-bêta par les lymphocytes Treg), l'activité granulomateuse s'éteint, les cellules géantes entrent en apoptose et les granulomes se résorbent intégralement sans laisser la moindre cicatrice parenchymateuse.
  • Voie de Fibrose Irréversible (15-20 %) : Chez les patients présentant une inflammation chronique prolongée non contrôlée, les fibroblastes stimulés par le PDGF et le TGF-bêta envahissent le centre du granulome, synthétisent des trousseaux denses de collagène hyalin irréversible menant à une fibrose pulmonaire rétractile mutilante (Stade IV de Scadding).
Histologie clé : Granulome Épithélioïde et Gigantocellulaire (GEG) avec cellules géantes de Langhans en fer à cheval, 'nu', et STRICTEMENT SANS NÉCROSE CASÉOUSE. La nécrose caséeuse = Tuberculose !

3. Classification Thoracique de Scadding (Stades 0 à IV)

L'atteinte respiratoire de la sarcoïdose est universellement classée selon la classification radiologique historique de Scadding (1961). Établie à partir de la simple radiographie thoracique de face, elle conserve une valeur sémiologique et pronostique d'évolution spontanée majeure :

Classification de Scadding : Stade I = Ganglions seuls (guérison spontanée > 75%). Stade II = Ganglions + Infiltrat (guérison 50%). Stade III = Infiltrat seul (guérison 25%). Stade IV = Fibrose irréversible sommets/moyens. Scanner = distribution périlymphatique.
Tableau 1 : Les 5 Stades Radiologiques Thoraciques de Scadding dans la Sarcoïdose et Taux de Résolution Spontanée
Stade RadiologiqueDescription Sémiologique RadiographiqueAspect Typique & TopographieTaux de Résolution Spontanée sans Traitement
Stade 0Radiographie Thoracique NormalePas d'adénopathie décelable, parenchyme pulmonaire d'aspect normal. Présente chez environ 5 % à 10 % des patients.Dépend de l'atteinte extrathoracique (sarcoïdose oculaire, cutanée, neurologique ou cardiaque isolée).
Stade IAdénopathies Médiastino-Hilaires IsoléesAdénopathies hilaires bilatérales, symétriques, homogènes, polycycliques, non compressives (séparées du bord du cœur par un liseré clair), associées ou non à des adénopathies latéro-trachéales droites (station 4R). Parenchyme pulmonaire strictement sain.70 % à 85 % de résolution spontanée complète en 1 à 2 ans sans aucune séquelle.
Stade IIAdénopathies Médiastino-Hilaires ET Infiltration ParenchymateuseAssociation d'adénopathies médiastino-hilaires bilatérales et d'opacités parenchymateuses pulmonaires bilatérales micronodulaires ou réticulonodulaires à disposition périlymphatique prédominant aux lobes supérieurs.50 % à 60 % de résolution spontanée.
Stade IIIInfiltration Parenchymateuse Isolée SANS AdénopathieInfiltrats micronodulaires, réticulés ou nodules confluents bilatéraux avec disparition ou régression complète des adénopathies hilaires antérieures.20 % à 30 % de résolution spontanée (risque élevé de chronicité et d'évolution fibreuse).
Stade IVFibrose Pulmonaire Constituée IrréversibleLésions fibreuses définitives prédominant aux lobes supérieurs et moyens : distorsion architecturale majeure, bronchectasies de traction, rayons de miel sous-pleuraux, ascension et rétraction des hiles vers les sommets, emphysème bulleux péri-cicatriciel.0 % de résolution spontanée (lésions cicatricielles irréversibles ; risque de cœur pulmonaire chronique et de greffe aspergillaire).

2. L'Apport Majeur du Scanner Thoracique Haute Résolution (TDM-HR)

Le scanner thoracique surpasse largement la radiographie en objectivant la topographie périlymphatique hautement caractéristique des lésions granulomateuses :

  • Micronodules à Distribution Périlymphatique : Petits micronodules nets (1 à 3 mm) se distribuant le long des axes broncho-vasculaires péri-hilaires, sous la plèvre viscérale (scissures épaissies nodulaires en 'chapelet de perles') et le long des septa interlobulaires.
  • Topographie Préférentielle : Les lésions prédominent de façon constante aux champs pulmonaires supérieurs et postérieurs (lobes supérieurs et segments apicaux des lobes inférieurs).
  • Adénopathies Typiques : Masses ganglionnaires volumineuses hilaires bilatérales symétriques et médiastinales, sans nécrose centrale hypodense (distinction avec la tuberculose ganglionnaire nécrosée). Évolution fréquente vers des calcifications ganglionnaires denses, parfois périphériques en 'coquille d'œuf' (egg-shell calcifications).

4. Formes Aiguës Typiques : Le Syndrome de Löfgren & Le Syndrome de Heerfordt

Dans sa présentation clinique, la sarcoïdose peut revêtir deux formes aiguës stéréotypées hautement caractéristiques qu'il est indispensable de reconnaître immédiatement en pratique clinique et pour le concours :

1. Le Syndrome de Löfgren : La Forme Aiguë Bénigne par Excellence

Forme aiguë de survenue brutale représentant environ 10 % à 15 % des cas de sarcoïdose inaugurale (particulièrement fréquente chez la femme jeune d'origine caucasienne au printemps) :

  • La Triade Clinico-Radiologique Pathognomonique :
    1. Érythème Noueux : Dermo-hypodermite nodulaire aiguë se manifestant par des nouures ou nodules sous-cutanés dermo-hypodermiques érythémateux, bilatéraux, chauds, fermes et extrêmement douloureux à la palpation, siégeant électivement sur la face antérieure des crêtes tibiales. Évolution spontanée en 2 à 4 semaines en passant par les couleurs successives de la biligénie (ecchymotiques : rouge → bleu → jaune-vert → guérison sans cicatrice).
    2. Polyarthrite ou Oligoarthrite Aiguë des Chevilles : Arthrite fébrile bilatérale très inflammatoire des grosses articulations des membres inférieurs, touchant avec prédilection les deux chevilles (tuméfaction péri-malléolaire œdémateuse majeure et limitation douloureuse de la marche), parfois associée aux genoux et aux poignets.
    3. Adénopathies Médiastino-Hilaires Bilatérales et Symétriques (Stade I de Scadding) : Découvertes à la radiographie thoracique systématique, totalement asymptomatiques sur le plan respiratoire.
  • RÈGLE D'OR MÉDICO-LÉGALE DU SYNDROME DE LÖFGREN :

    Devant un tableau typique et complet de Syndrome de Löfgren, AUCUNE BIOPSIE HISTOLOGIQUE N'EST REQUISE NI NÉCESSAIRE POUR POSER LE DIAGNOSTIC !

    La conjonction de cette triade chez un patient jeune permet d'affirmer le diagnostic de certitude de sarcoïdose avec une valeur prédictive positive de 100 %. La biopsie cutanée d'un érythème noueux est d'ailleurs inutile et piégeuse car elle ne montre qu'une hypodermite septale banale dépourvue de granulome sarcoïdosique spécifique !

  • Évolution & Traitement : Pronostic excellentissime : résolution spontanée complète sans aucune séquelle en moins de 1 à 2 ans dans plus de 90 % des cas. Le traitement repose uniquement sur le repos et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en première ligne (ou Colchicine) pour calmer les douleurs articulaires. La corticothérapie générale n'est presque jamais indiquée, sauf en cas de douleurs articulaires insupportables rebelles aux AINS à faible dose transitoire.

2. Le Syndrome de Heerfordt (Fièvre Uvéo-Parotidienne)

Forme aiguë rare mais spectaculaire associant la tétrade clinique :

  1. Uvéite Antérieure ou Postérieure Bilatérale : Uvéite granulomateuse à gros précipités rétro-cornéens, souvent associée à une baisse de l'acuité visuelle.
  2. Parotidite Bilatérale Chronique : Tuméfaction indolore ou sensible, ferme et symétrique des deux glandes parotides (donnant un aspect de visage élargi).
  3. Paralysie Faciale Périphérique (Fréquemment Bilatérale / Diplégie Faciale) : Atteinte du nerf facial (VII) secondaire à l'inflammation granulomateuse compressive intra-parotidienne ou méningée.
  4. Fièvre Modérée au Long Cours et anergie tuberculinique.

Prise en charge : Contrairement au syndrome de Löfgren, le syndrome de Heerfordt impose formellement une corticothérapie générale par voie orale (Prednisone 0,5 à 1 mg/kg/jour) en raison du risque de séquelles visuelles ophtalmologiques définitives et de synkinésies faciales.

Syndrome de Löfgren = Érythème noueux + Arthrite chevilles + Ganglions Stade I → 0 biopsie, guérison spontanée > 90%, AINS seuls. Syndrome de Heerfordt = Uvéite + Parotidite + Paralysie faciale (VII) + Fièvre → Corticoïdes obligatoires.
RÈGLE D'OR RÉXIDANAT : Le syndrome de Löfgren typique (Érythème noueux + Arthrite des chevilles + Adénopathies hilaires bilatérales Stade I) est la SEULE situation où le diagnostic de sarcoïdose est certain SANS AUCUNE BIOPSIE. Ne jamais biopsier l'érythème noueux !

5. Atteintes Systémiques Extrathoraciques (Oculaire, Cardiaque, Neuro, Rénale)

Bien que l'atteinte médiastino-pulmonaire soit au premier plan chez 90 % des patients, la sarcoïdose est une affection systémique pouvant infiltrer n'importe quel organe de l'économie. La recherche de localisations extrathoraciques est systématique et indispensable car elle conditionne les indications de la corticothérapie :

1. L'Atteinte Oculaire (25 % à 30 % des Patients) : Danger pour la Vue

Toute suspicion de sarcoïdose impose formellement une consultation ophtalmologique systématique avec examen à la lampe à fente et fond d'œil, même en l'absence totale de symptôme visuel :

  • Uvéite Antérieure Granulomateuse (la plus fréquente) : Œil rouge douloureux avec photophobie et myosis, caractérisée par des précipités rétro-cornéens graisseux 'en blanc d'œuf' ou 'en graisse de mouton' et des synéchies irido-cristalliniennes. Traitée par collyres corticoïdes et mydriatiques.
  • Uvéite Postérieure & Intermédiaire (Panuvéite) : Hyalite en banquise, choriorétinite, vascularite rétinienne péri-phlébite en 'taches de bougie'. Gravissime : risque de cécité par œdème maculaire et néovascularisation choroïdienne. Impose une corticothérapie générale systémique.
  • Atteinte de la glande lacrymale (dacryo-adénite bilatérale) et kérato-conjonctivite sèche (syndrome sec oculaire).

2. L'Atteinte Cardiaque (Sarcoïdose Cardiaque) : La Menace de Mort Subite

Cliniquement parlante chez 5 % des patients mais retrouvée chez plus de 20 % à 25 % des autopsies, elle représente la première cause de mortalité précoce par sarcoïdose :

  • Infiltration Granulomateuse Myocardique : Siège préférentiellement au niveau du septum interventriculaire basal, du système de conduction auriculoventriculaire et de la paroi libre du ventricule gauche.
  • Manifestations Cardiaques Majeures :
    • Troubles de la conduction : Bloc auriculo-ventriculaire (BAV) du 1er, 2e ou 3e degré complet chez un sujet jeune (< 50 ans) sans antécédents coronariens.
    • Arythmies ventriculaires létales : Extrasystoles ventriculaires polymorphes, tachycardie ventriculaire (TV) soutenue, fibrillation ventriculaire et Mort Subite Inaugurale.
    • Cardiomyopathie dilatée avec Insuffisance Cardiaque Réfractaire.
  • Dépistage et Imagerie Cardiaque Obligatoires :

    ECG standard de repos systématique chez tout patient sarcoïdosique. En cas d'anomalie ECG, de palpitations ou de syncope :

    • IRM Cardiaque avec Injection de Gadolinium : Examen de référence montrant un rehaussement tardif sous-épicardique ou intra-myocardique non systématisé (épargnant le sous-endocarde coronarien) prédominant au septum basal.
    • TEP-Scanner Cardiaque au 18-FDG : Évalue l'inflammation métabolique active myocardique et guide l'efficacité des corticoïdes.

3. L'Atteinte Neurologique (Neuro-Sarcoïdose - 5 % à 10 %)

  • Paralysie des Nerfs Crâniens : La paralysie faciale périphérique (nerf VII), unilatérale ou bilatérale (diplégie faciale), est la manifestation inaugurale la plus classique. Atteinte du nerf optique (II) avec neuropathie optique rétro-bulbaire menaçant la vision.
  • Méningite Granulomateuse Aseptique : Céphalées chroniques, liquide céphalorachidien montrant une méningite lymphocytaire avec hyperprotéinorachie et hypoglycorachie modérée.
  • Atteinte Hypothalamo-Hypophysaire : Infiltration de la tige pituitaire responsable d'un diabète insipide central (syndrome polyuro-polydipsique avec urines hypotoniques) ou d'un panhypopituitarisme.

4. L'Atteinte Rénale & Les Désordres Phosphocalciques

La sarcoïdose perturbe de manière singulière le métabolisme de la vitamine D et du calcium :

  • Mécanisme de l'Hypercalcémie : Les cellules épithélioïdes et les macrophages activés au sein des granulomes expriment anormalement de façon autonome l'enzyme 1-alpha-hydroxylase. Cette enzyme transforme la 25-(OH)-vitamine D hépatique en 1,25-(OH)2-vitamine D3 active (Calcitriol) de façon totalement indépendante de la régulation par la PTH. Le calcitriol en excès augmente massivement l'absorption digestive intestinale du calcium et la résorption osseuse ostéoclastique.
  • Traduction Biologique :
    • Hypercalciurie des 24 heures (> 0,1 mmol/kg/j soit > 300 mg/24h) : Retrouvée chez 30 % à 50 % des patients (bien plus précoce et fréquente que l'hypercalcémie).
    • Hypercalcémie plasmatique (> 2,60 mmol/L) : Présente chez 10 % des patients, fréquemment déclenchée ou aggravée par l'exposition solaire estivale (synthèse cutanée accrue de précurseurs de vitamine D).
    • Effondrement réactionnel de la PTH plasmatique (PTH freinée < 10 pg/mL).
  • Conséquences Rénales : Lithiases urinaires d'oxalate de calcium récidivantes, néphrocalcinose médullaire bilatérale et Néphrite Interstitielle Aiguë Granulomateuse conduisant à l'insuffisance rénale chronique.

5. L'Atteinte Cutanée Spécifique

  • Lésions non spécifiques : Érythème noueux (aigu, sans granulome).
  • Lésions spécifiques granulomateuses :
    • Lupus Pernio de Besnier : Plaques ou nodules infiltrés violacés, luisants, indolores, siégeant électivement sur les ailes du nez, les pommettes, les lobes des oreilles et les lèvres ('masque violacé'). Forme chronique très rebelle aux traitements, associée à des atteintes osseuses des phalanges (lésions kystiques ostéite de Jüngling).
    • Sarcoïdes à petits ou gros nodules dermiques disséminés.
    • Sarcoïdose sur Cicatrices Anciennes : Réactivation inflammatoire nodulaire, épaissie et violacée de cicatrices cutanées ou de tatouages anciens (site de biopsie cutanée simple idéal !).
Atteintes d'organes critiques : 1) Œil = Examen lampe à fente systématique (uvéite). 2) Cœur = ECG systématique (BAV, mort subite, IRM cardiaque). 3) Métabolisme calcique = 1-alpha-hydroxylase macrophagique → hypercalcémie et hypercalciurie. 4) Cutanée = Lupus pernio et réactivation de cicatrices.

6. Bilan Biologique, LBA (CD4/CD8) & Stratégie Biopsique Rationnelle

Le bilan paraclinique poursuit trois objectifs complémentaires : évaluer l'activité de la maladie, rechercher les atteintes viscérales occultes et obtenir la confirmation histologique indispensable du granulome sans nécrose.

1. Bilan Biologique Standard & Marqueurs d'Activité

  • L'Enzyme de Conversion de l'Angiotensine (ECA sérique) :

    Sécrétée directement par les cellules épithélioïdes des granulomes sarcoïdosiques. Une élévation de l'ECA (> 1,5 à 2 fois la normale) est constatée dans 60 % des formes actives. Valeur pratique : Marqueur d'activité et de suivi de la masse granulomateuse sous traitement corticoïde, mais dépourvu de valeur diagnostique formelle (faible sensibilité dans les formes débutantes et manque de spécificité : s'élève également dans la silicose, la tuberculose, l'hyperthyroïdie et la maladie de Gaucher). Un taux d'ECA strictement normal n'élimine en aucun cas une sarcoïdose active !

  • Hémogramme (NFS) : Retrouve fréquemment une lymphopénie sanguine périphérique modérée (< 1 000 à 1 500 /microL) par piégeage des lymphocytes dans les organes granulomateux, plus rarement une anémie inflammatoire ou une thrombopénie auto-immune.
  • Bilan Phosphocalcique & Rénal Systématique : Dosage de la calcémie totale, albuminémie et calciurie des 24 heures, créatininémie et clairance rénale.
  • Électrophorèse des Protéines Sériques (EPS) : Hypergammaglobulinémie polyclonale fréquente (dans 30 % à 50 % des cas) contrastant avec l'absence de pic monoclonal.
  • Bilan Hépatique : Recherche d'une cholestase anictérique (élévation des phosphatases alcalines PAL et des GGT) témoignant de granulomes intrahépatiques.

2. Le Lavage Broncho-Alvéolaire (LBA) lors de la Fibroscopie Bronchique

Réalisé par instillation de 100 à 150 mL de sérum physiologique dans une bronche segmentaire du lobe moyen ou de la lingula :

  • Hypercellularité globale (> 200 000 cellules/mL).
  • Alvéolite Lymphocytaire Franche : Taux de lymphocytes supérieur à 20 % à 50 % de la formule cellulaire totale (taux normal de lymphocytes dans le LBA < 10-15 %). Les polynucléaires neutrophiles et éosinophiles restent normaux (< 2-3 %).
  • Élévation Majeure du Rapport Lymphocytaire CD4 / CD8 :

    Caractérisée par une inversion du rapport au profit des lymphocytes T helper CD4+ :

    Rapport CD4 / CD8 > 3,5 (et souvent > 5 à 10)

    Valeur clinique : Dans un contexte clinique et radiologique compatible (adénopathies hilaires bilatérales), un rapport CD4/CD8 > 3,5 possède une spécificité diagnostique supérieure à 94 % en faveur de la sarcoïdose. (À l'inverse, un rapport CD4/CD8 effondré < 1 oriente vers une pneumopathie d'hypersensibilité ou une pneumonie médicamenteuse).

3. La Stratégie Biopsique Rationnelle : Du Moins Invasif au Plus Invasif

En dehors du syndrome de Löfgren typique, la preuve histologique du GEG sans nécrose caséeuse est formellement requise. Pour minimiser l'iatrogénie, la hiérarchie des sites de prélèvement doit être rigoureusement respectée :

  1. Palier 1 : Biopsie d'une Lésion Superficielle Accessible (Priorité Absolue) :
    • Biopsie d'une cicatrice cutanée indurée ou modifiée, ou d'une lésion cutanée spécifique (sarcoïde en plaque, lupus pernio) : geste simple au punch sous anesthésie locale, rentabilité > 95 %.
    • Biopsie des Glandes Salivaires Accessoires (BGSA) : Réalisée à la face interne de la lèvre inférieure. Geste ultra-simple, indolore, ambulatoire, positif dans 30 % à 40 % des cas.
    • Biopsie d'une adénopathie périphérique palpable (ganglion sus-claviculaire ou cervical).
  2. Palier 2 : Fibroscopie Bronchique avec Biopsies Bronchiques Éagées :

    Si le palier 1 est négatif ou inapplicable : réalisation systématique de 4 à 6 biopsies de la muqueuse bronchique sur les éperons de division (même si la muqueuse paraît endoscopiquement saine). Les biopsies bronchiques étagées sont positives dans 60 % à 70 % des cas dès le stade I ou II grâce au caractère péribronchique diffus des micronodules.

  3. Palier 3 : Écho-Endoscopie Bronchique avec Ponction Transbronchique (EBUS-TBNA) :

    Examen de choix de première intention pour ponctionner directement les adénopathies médiastinales latéro-trachéales et sous-carénaires visualisées au scanner. Rentabilité diagnostique diagnostique exceptionnelle (sensibilité supérieure à 85 % à 90 %), supplantant la médiastinoscopie chirurgicale invasive.

  4. Palier 4 : Biopsies Chirurgicales d'Exception :

    Médiastinoscopie chirurgicale ou biopsie pulmonaire sous vidéothoracoscopie (VATS), réservées aux très rares cas d'échec persistant de l'EBUS et des biopsies bronchiques avec forte suspicion de lymphome malin ou de néoplasie médiastinale.

Démarche biopsique graduée : 1) Peau/cicatrice ou BGSA d'abord. 2) Fibroscopie avec biopsies bronchiques étagées. 3) EBUS-TBNA sur ganglions médiastinaux (> 85% de succès). LBA = lymphocytes > 20% avec rapport CD4/CD8 > 3,5.
Tableau 2 : Rentabilité Diagnostique des Différents Sites de Prélèvements Biopsiques dans la Sarcoïdose
Site de Prélèvement BiopsiqueRentabilité Diagnostique MoyenneAvantages & Recommandations Pratiques
Lésion cutanée spécifique ou cicatrice modifiée> 95 %Gestes au punch cutané sous anesthésie locale. Priorité absolue si lésion présente.
Glandes Salivaires Accessoires (BGSA)30 % à 40 %Non invasif, ambulatoire. Très rentable si associé aux biopsies bronchiques.
Biopsies Bronchiques Éagées (Fibroscopie)60 % à 70 %Réalisées systématiquement sur éperons bronchiques même si la muqueuse est d'aspect normal.
Ponction Ganglionnaire EBUS-TBNA85 % à 90 %Examen de référence pour les adénopathies médiastinales, évitant la chirurgie.
Biopsies Transbronchiques Pulmonaires (BTB)60 % à 80 % (Stades II et III)Prélève le parenchyme alvéolaire. Risque modéré de pneumothorax et saignement.

7. Critères Diagnostiques Positifs & Diagnostics Différentiels

Le diagnostic de sarcoïdose est un diagnostic d'exclusion. Selon les recommandations internationales conjointes de la WASOG (World Association of Sarcoidosis and Other Granulomatous Disorders) et de l'ATS/ERS, l'affirmation diagnostique requiert la réunion de trois critères cardinaux obligatoires :

  1. Un tableau clinico-radiologique compatible et évocateur (adénopathies médiastino-hilaires bilatérales symétriques, distribution périlymphatique au scanner, uvéite, etc.).
  2. La mise en évidence histologique de granulomes épithélioïdes et gigantocellulaires sans nécrose caséeuse sur au moins un site biopsique (hors syndrome de Löfgren typique).
  3. L'élimination formelle et rigoureuse de toutes les autres causes de granulomatose infectieuses, professionnelles, environnementales ou médicamenteuses.

1. Les Principaux Diagnostics Différentiels à Éliminer

  • La Tuberculose Pulmonaire et Ganglionnaire (Le Diagnostic Différentiel Numéro 1) :

    Piège diagnostique suprême dans les pays d'endémie :

    • Arguments en faveur de la tuberculose : Adénopathies asymétriques unilatérales, présence de nécrose centrale hypodense au scanner (adénites caséeuses liquéfiées), fièvre vespérale marquée, IDR positive ou phlycténulaire, mise en évidence de nécrose caséeuse à l'histologie et positivité de la PCR GeneXpert ou des cultures de BK.
    • Règle de sécurité absolue : L'administration intempestive de corticoïdes à un patient atteint d'une tuberculose méconnue prise à tort pour une sarcoïdose déclenche une dissémination hématogène foudroyante en miliaire tuberculeuse ou méningite mortelle !
  • Les Hémopathies Malignes (Lymphomes de Hodgkin & LNH) :

    Adénopathies médiastinales asymétriques, confluentes, compressives, touchant typiquement la loge médiastinale antérieure (très rare dans la sarcoïdose), fièvre ondulante avec sueurs nocturnes abondantes et prurit. L'absence de granulomes et la présence de cellules géantes de Reed-Sternberg à la biopsie ganglionnaire tranchent formellement.

  • Les Granulomatoses Professionnelles & Toxiques :
    • Bérylliose Chronique : Cliniquement et histologiquement rigoureusement identique à la sarcoïdose ! Survient chez des ouvriers exposés aux alliages de béryllium (aéronautique, électronique, industrie nucléaire). Affirmée par le test de prolifération lymphocytaire au béryllium (BeLPT).
    • Silicose Pulmonaire : Antécédent d'exposition à la silice, adénopathies hilaires calcifiées en 'coquille d'œuf', nodules silicotiques fibro-hyalins biréfringents en lumière polarisée.
  • Pneumopathies d'Hypersensibilité (Poumon de Fermier, Maladie des Éleveurs d'Oiseaux) : Granulomes mal formés centrés sur les bronchioles, LBA montrant une lymphocytose T CD8+ majeure avec rapport CD4/CD8 effondré < 1.
  • Vascularites à Granulomes (Granulomatose avec Polyangéite / Wegener) : Présence de volumineux nodules nécrotiques excavés, atteinte ORL érosive destruante (nez en selle) et présence d'anticorps anticytoplasme des polynucléaires neutrophiles (ANCA anti-PR3 positifs).
Diagnostic d'exclusion absolu : 1) Clinique + Radio compatibles, 2) Histologie du granulome SANS nécrose, 3) Élimination stricte de la tuberculose (danger mortel des corticoïdes sur tuberculose), du lymphome et de la bérylliose.

8. Prise en Charge Thérapeutique : Indications de la Corticothérapie & Immunosuppresseurs

Le principe fondamental guidant le traitement de la sarcoïdose est que la présence de granulomes ou d'une anomalie radiologique ne constitue jamais en soi une indication de traitement. Plus de la moitié des patients sarcoïdosiques guérissent spontanément sans aucun médicament. Le traitement n'a pour but que d'éviter la mort, prévenir les séquelles fonctionnelles d'organes irréversibles et améliorer une qualité de vie invalidée.

1. L'Abstention Thérapeutique Armée (Surveillance Simple)

  • Indiquée formellement dans :
    • Stade I de Scadding asymptomatique (ou pauci-symptomatique).
    • Stade II asymptomatique avec fonction respiratoire strictement normale et stable à l'EFR.
    • Syndrome de Löfgren typique (traitement purement symptomatique par AINS ou Colchicine pendant 2 à 4 semaines pour calmer les douleurs articulaires).
  • Modalités de surveillance : Examen clinique, radiographie thoracique et spirométrie EFR tous les 3 à 6 mois pendant 2 ans.

2. Indications Formelles de la Corticothérapie Générale par Voie Orale

Le traitement systémique par glucocorticoïdes s'impose formellement dans les situations cliniques mettant en jeu le pronostic vital ou fonctionnel :

  • 1. Atteinte Oculaire Sévère : Uvéite postérieure, panuvéite, vascularite rétinienne ou uvéite antérieure réfractaire aux collyres corticoïdes locaux.
  • 2. Atteinte Cardiaque : Toute sarcoïdose myocardique documentée (troubles de conduction, arythmies ventriculaires, dysfonction VG à l'IRM).
  • 3. Atteinte Neurologique Centrale ou Périphérique Sévère : Neuro-sarcoïdose, méningite, déficit focal, hypertension intracrânienne, diabète insipide.
  • 4. Désordres Phosphocalciques Graves : Hypercalcémie menaçante (> 2,8-3,0 mmol/L) ou néphrocalcinose avec insuffisance rénale aiguë.
  • 5. Atteinte Rénale Organique : Néphrite interstitielle granulomateuse prouvée par ponction-biopsie rénale.
  • 6. Atteinte Respiratoire Dégradée ou Progressive :
    • Stades II ou III symptomatiques avec altération significative de la fonction respiratoire à l'EFR : Capacité Vitale Forcée (CVF) < 70 % de la théorie ou DLCO < 60 %.
    • Chute évolutive documentée du VEMS ou de la CVF de plus de 10 % (ou de la DLCO de plus de 15 %) sur deux EFR successives à 3-6 mois d'intervalle.
  • 7. Lésions Cutanées Défigurantes : Lupus pernio récalcitrant de la face.

3. Schéma Posologique de la Corticothérapie Orale (Directives WASOG / SPLF)

  • Phase d'Attaque (4 à 8 semaines) :

    Prednisone orale à la dose initiale de 0,5 mg/kg/jour (soit 30 à 40 mg/jour en prise matinale unique). Une dose de 1 mg/kg/j (ou bolus initiaux de Méthylprednisolone IV 500-1000 mg/j pendant 3 jours) est réservée aux atteintes cardiaques, neurologiques ou oculaires menaçant immédiatement le pronostic vital ou visuel.

  • Phase de Décroissance Lente & Progressive (sur 6 à 12 mois) :

    Dès l'obtention de la rémission clinique et paraclinique (au 2e ou 3e mois), réduction très progressive par paliers de 5 mg tous les mois pour atteindre une dose d'entretien minimale de sécurité de 5 à 10 mg/jour.

  • Durée Totale Minimale Obligatoire : 12 à 18 MOIS.

    Règle de bonne pratique : Toute interruption prématurée ou décroissance trop brutale des corticoïdes avant 12 mois de traitement est sanctionnée par un taux de rechute précoce supérieur à 50 % à 70 % !

  • Mesures adjuvantes associées : Régime pauvre en sel et en sucres rapides, supplémentation potassique si fortes doses, protection osseuse anti-ostéoporotique par biphosphonates si terrain à risque. ATTENTION FORMELLE : CONTRE-INDICATION ABSOLUE DE TOUTE SUPPLÉMENTATION EN VITAMINE D OU EN CALCIUM CHEZ LE PATIENT SARCOÏDOSIQUE ! (Risque de précipitation d'une hypercalcémie létale par hypersensibilité macrophagique au calcitriol).

4. Traitements de Seconde et Troisième Ligne (Immunosuppresseurs & Biothérapies)

Indiqués en cas d'échec des corticoïdes (corticorésistance), d'intolérance majeure ou de corticodépendance à dose inacceptable (≥ 10 à 15 mg/jour de prednisone pour maintenir la rémission) :

  • Le Méthotrexate (Traitement Immunosuppresseur de 2e Ligne de Référence) :

    Administré à la dose de 10 à 20 mg une fois par semaine par voie orale ou sous-cutanée, associé systématiquement à une supplémentation en acide folique (5 mg à distance de la prise). Permet une épargne cortisonique majeure avec un taux d'efficacité supérieur à 60 % à 70 %. Surveillance régulière de l'hémogramme et du bilan hépatique (ASAT/ALAT). Alternatives de 2e ligne : Azathioprine (2 à 2,5 mg/kg/j), Léflunomide ou Mycophénolate mofétil.

  • Les Anti-TNF-alpha (Traitement de 3e Ligne des Formes Réfractaires Sévères) :

    L'Infliximab (Remicade), anticorps monoclonal chimérique anti-TNF-alpha perfusé en IV aux semaines 0, 2 et 6 puis toutes les 6 à 8 semaines (3 à 5 mg/kg). Démontre une efficacité spectaculaire de sauvetage dans les neuro-sarcoïdoses réfractaires, les atteintes cardiaques récalcitrantes et les lupus pernio défigurants. (L'Adalimumab sous-cutané est une alternative validée ; en revanche, l'Étanercept est totalement inefficace dans la sarcoïdose).

Principes thérapeutiques : Pas de traitement si Stade I ou Löfgren (guérison spontanée > 80%). Corticothérapie 0,5 mg/kg/j pendant 12 à 18 mois si œil, cœur, rein, neuro, hypercalcémie ou chute EFR. Jamais de vitamine D ! Méthotrexate en 2e ligne, Anti-TNF (Infliximab) en 3e ligne.

9. Évolution à Long Terme, Surveillance & Facteurs Pronostiques Péjoratifs

L'évolution de la sarcoïdose est éminemment variable selon les individus, oscillant entre une guérison spontanée sans séquelle et une progression chronique mutilante :

1. Profils Évolutifs Globaux

  • Formes Aiguës Résolutives (environ 50 % à 60 % des cas) : Résolution complète spontanée ou sous traitement court en moins de 2 ans, sans aucune séquelle respiratoire ni viscérale (forme typique du syndrome de Löfgren et du stade I).
  • Formes Chroniques Persistantes (environ 25 % à 30 % des cas) : Persistance de l'activité granulomateuse au-delà de 2 à 5 ans, nécessitant un traitement immunosuppresseur au long cours pour éviter les rechutes à la baisse des doses.
  • Formes Évolutives Mutilantes vers la Fibrose (10 % à 15 % des cas) : Constitution progressive d'un Stade IV de Scadding avec fibrothorax rétractile, bronchectasies de traction et insuffisance respiratoire chronique restrictive justifiant l'évaluation pour une transplantation pulmonaire.

2. Facteurs Pronostiques Péjoratifs Reconnus

  • Début tardif de la maladie après l'âge de 40-45 ans.
  • Origine ethnique afro-américaine ou antillaise.
  • Stades radiologiques avancés initiaux (Stades III et IV de Scadding).
  • Atteinte cutanée spécifique chronique de type Lupus Pernio ou lésions osseuses kystiques de Jüngling.
  • Présence d'une atteinte multiviscérale touchant au moins trois organes extrathoraciques distincts.
  • Atteintes graves d'organes : atteinte myocardique, neuro-sarcoïdose centrale, néphrocalcinose.

3. Modalités Pratiques de Surveillance au Long Cours

Tout patient sarcoïdosique doit faire l'objet d'un suivi médical rigoureux prolongé pendant au moins 3 à 5 ans après l'extinction clinique :

  • Consultation clinique et interrogatoire tous les 3 à 6 mois.
  • Radiographie thoracique de face et EFR complète (Spirométrie, Pléthysmographie et mesure de la DLCO) tous les 6 à 12 mois.
  • Électrocardiogramme (ECG) standard systématique annuel à la recherche de micro-troubles conductifs méconnus.
  • Examen ophtalmologique annuel avec lampe à fente.
  • Bilan biologique annuel : Calcémie, créatininémie, calciurie des 24 heures, NFS et bilan hépatique.
Évolution : 60% de guérison spontanée en 2 ans. Facteurs péjoratifs : début > 40 ans, origine antillaise, Stade III/IV, lupus pernio, atteinte cardiaque ou neuro. Suivi rigoureux avec ECG et EFR annuels pendant au moins 3 à 5 ans.

10. Synthèse Clinique & Arbre Décisionnel Résidanat

Pour mémoriser les conduites à tenir de la sarcoïdose pour les épreuves du Résidanat :

1. Démarche Diagnostique Décisionnelle

  1. Y a-t-il un syndrome de Löfgren typique (Érythème noueux + Chevilles + Stade I) ?
    • OUI → Diagnostic de certitude acquis à 100 % ! AUCUNE BIOPSIE. Traitement symptomatique par AINS (résolution spontanée > 90 %).
    • NON → Poursuivre la recherche de la preuve histologique du GEG sans nécrose caséeuse.
  2. Obtention de la preuve histologique (Hiérarchie du moins invasif au plus invasif) :
    • 1. Biopsie cutanée d'une cicatrice nodulaire modifiée ou BGSA (lèvre).
    • 2. Fibroscopie bronchique avec biopsies bronchiques étagées + LBA (lymphocytes > 20 %, CD4/CD8 > 3,5).
    • 3. EBUS-TBNA sur adénopathies médiastinales (sensibilité > 85 %).
  3. Bilan d'extension systématique minimal obligatoire :
    • Radio thorax (Stades 0 à IV de Scadding) + Scanner thoracique haute résolution.
    • ECG systématique (dépistage sarcoïdose cardiaque → IRM si anomalie).
    • Examen ophtalmologique avec lampe à fente systématique (dépistage uvéite).
    • Calcémie, Calciurie des 24 heures, créatininémie, NFS, bilan hépatique, ECA.
    • EFR avec DLCO (retentissement fonctionnel).

2. Arbre Décisionnel Thérapeutique

  1. Formes sans critère de gravité (Stade I ou II asymptomatique, EFR normale) :

    Abstention thérapeutique armée et surveillance clinique/radio/EFR tous les 6 mois.

  2. Formes imposant formellement la Corticothérapie Orale :
    • Atteintes graves d'organes : Œil, Cœur, Système Nerveux, Rein, Hypercalcémie.
    • Atteinte pulmonaire symptomatique avec chute fonctionnelle à l'EFR (CVF < 70 % ou baisse évolutive > 10 %).
    • Protocole : Prednisone 0,5 mg/kg/j pendant 4 à 8 semaines, puis décroissance lente sur 12 à 18 mois au total (pas de supplémentation en vitamine D ni calcium !).
  3. En cas de corticorésistance ou corticodépendance (> 10-15 mg/j) :

    Méthotrexate oral/SC 10 à 20 mg/semaine en 2e ligne. Infliximab (Anti-TNF) en 3e ligne.

Arbre réflexe Résidanat : Löfgren = 0 biopsie, guérison spontanée. Autre = Biopsie bronchique ou EBUS montrant GEG sans nécrose caséeuse. Bilan systématique = ECG + Lampe à fente + Calciurie 24h. Traitement = Corticoïdes 12-18 mois UNIQUEMENT si organe noble (cœur, œil, neuro, rein) ou chute EFR.

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