1. Définition, Épidémiologie & Mécanismes de l'Hypométabolisme
L'hypothyroïdie est la situation clinique et biologique consécutive à une imprégnation tissulaire insuffisante en hormones thyroïdiennes (T4 et T3). Dans plus de 95 % des cas, le déficit est d'origine primitive (périphérique), lié à une destruction, une altération fonctionnelle ou une agénésie de la glande thyroïde elle-même. Dans moins de 5 % des cas, il s'agit d'une hypothyroïdie centrale (secondaire ou tertiaire), consécutive à un déficit de sécrétion de TSH par l'antéhypophyse ou de TRH par l'hypothalamus (insuffisance thyréotrope).
Données épidémiologiques contemporaines :
L'hypothyroïdie représente l'une des endocrinopathies les plus fréquentes en médecine générale et spécialisée. Sa prévalence dépend de la définition retenue et de l'âge :
- Hypothyroïdie patente (avérée) : concerne 1 à 2 % de la population générale adulte, avec une prédominance féminine écrasante (sexe-ratio de 5 à 8 femmes pour 1 homme). Son incidence augmente de façon quasi linéaire avec l'avancée en âge, atteignant plus de 3 à 5 % chez les femmes de plus de 65 ans.
- Hypothyroïdie fruste (infraclinique) : définie par une TSH élevée avec hormones libres normales, elle touche 4 à 10 % des adultes, et jusqu'à 15 à 20 % des femmes de plus de 70 ans.
Mécanismes cellulaires et physiopathologiques majeurs :
Le déficit en triiodothyronine (T3) intracellulaire altère profondément la transcription des gènes régulés par les récepteurs nucléaires aux hormones thyroïdiennes (TRα et TRβ) dans l'ensemble des tissus de l'organisme :
- Ralentissement du métabolisme énergétique basal : baisse de l'expression des enzymes de la chaîne respiratoire mitochondriale et des protéines découplantes (UCP-1, UCP-2, UCP-3). La consommation d'oxygène cellulaire et la production de chaleur corporelle s'effondrent, expliquant l'hypothermie et la thermophobie inversée (frilosité acquise intense).
- Physiopathologie de l'infiltration myxœdémateuse : en l'absence du frein physiologique exercé par la T3 sur les fibroblastes dermiques et interstitiels, ceux-ci prolifèrent et synthétisent en quantité anormale des macromolécules hydrophiles hautement chargées : les glycosaminoglycanes (acide hyaluronique et chondroïtine-sulfate). Ces polysaccharides s'accumulent dans la substance fondamentale du derme, des muqueuses, des fascias musculaires et de l'interstitium viscéral. En raison de leur pouvoir osmotique majeur, ils captent l'eau interstitielle pour former un gel colloïdal compact, inextensible et rigide, réalisant le myxœdème vrai (œdème dur qui ne prend pas le godet à la pression digitale).
- Atténuation de la réactivité β-adrénergique : la T3 régule positivement la transcription du récepteur β1-adrénergique myocardique et des chaînes lourdes de myosine à cinétique rapide (α-MHC). Son déficit entraîne une baisse de la contractilité myocardique (inotropisme négatif), une bradycardie par diminution de l'automatisme sinusal (chronotropisme négatif), un allongement de la phase de relaxation diastolique et une vasoconstriction périphérique réflexe élevant les résistances vasculaires systémiques.
- Ralentissement du métabolisme des lipides et des glucides : effondrement de l'expression des récepteurs hépatiques aux lipoprotéines de basse densité (LDLR), bloquant la clairance plasmatique du LDL-cholestérol et provoquant une hypercholestérolémie athérogène majeure. Diminution de l'absorption intestinale du glucose et ralentissement de la glycogénolyse hépatique.