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EndocrinologieItem Fondamental d'Urgence Vitale du Résidanat

Insuffisance Surrénalienne Lente (Maladie d'Addison) & Insuffisance Surrénalienne Aiguë (ISA)

Diagnostic Biologique, Synacthène & Protocoles d'Urgence

Pr. Farida Ould Ali & Dr. Mourad Saadi (Comité Pédagogique d'Endocrinologie Clinidexia) 45 min de lecture Mis à jour le 2026-03-01
Résumé de la fiche
L'insuffisance surrénalienne est le syndrome clinique et biologique résultant du déficit de sécrétion des hormones du cortex surrénalien, au premier rang desquelles le cortisol (glucocorticoïde) et l'aldostérone (minéralocorticoïde). On oppose fondamentalement l'insuffisance surrénalienne primitive ou périphérique (Maladie d'Addison, par destruction des surrénales avec déficit combiné en cortisol et aldostérone et hypersécrétion compensatrice d'ACTH/MSH responsable de la mélanodermie) à l'insuffisance corticotrope centrale ou secondaire (par atteinte hypothalamo-hypophysaire, dominée par le sevrage d'une corticothérapie prolongée, avec cortisol effondré, ACTH basse, absence de mélanodermie et préservation de l'axe minéralocorticoïde par le SRAA). L'insuffisance surrénalienne aiguë (ISA) constitue une urgence médicale absolue engageant le pronostic vital par collapsus hypovolémique réfractaire, imposant l'injection immédiate d'hémisuccinate d'hydrocortisone et un remplissage salé massif sans attendre la moindre confirmation biologique.

1. Définitions & Rappels Physiologiques de la Corticosurrénale

L'insuffisance surrénalienne regroupe l'ensemble des états pathologiques caractérisés par une carence de production des hormones synthétisées par le cortex surrénalien. Sur le plan nosologique et physiopathologique, la distinction entre atteinte périphérique et centrale est capitale :

  • Insuffisance Surrénalienne Primitive (Périphérique ou Basse) : Maladie d'Addison : résulte de la destruction ou du dysfonctionnement intrinsèque des deux glandes surrénales (plus de 90 % du parenchyme cortical doit être détruit pour que le tableau clinique se manifeste). Elle associe un déficit combiné complet en glucocorticoïdes (cortisol), en minéralocorticoïdes (aldostérone) et en androgènes surrénaliens (DHEA), avec une rupture du rétrocontrôle négatif provoquant une hypersécrétion réactionnelle massive d'ACTH et de peptides dérivés de la POMC (pro-opiomélanocortine), responsable de la mélanodermie.
  • Insuffisance Corticotrope (Centrale, Haute ou Secondaire) : résulte d'un défaut de stimulation par l'ACTH antéhypophysaire ou par la CRH hypothalamique. Elle se caractérise par un déficit isolé en glucocorticoïdes (cortisol) et en androgènes surrénaliens, avec un taux d'ACTH effondré ou anormalement normal, et une préservation physiologique de la sécrétion d'aldostérone (celle-ci demeurant régulée de façon autonome par le système rénine-angiotensine-aldostérone et la kaliémie).

Rappels anatomiques et zonaux de la corticosurrénale :
Le cortex surrénalien dérive du mésoderme cœlomique et représente 80 à 90 % du volume de la glande. Il s'organise histologiquement de dehors en dedans en trois zones fonctionnellement distinctes :

  1. Zone glomérulée (15 % externe) : synthétise les minéralocorticoïdes, principalement l'aldostérone, sous l'action de l'aldostérone synthase (CYP11B2). La régulation de cette zone est indépendante de l'ACTH : elle est stimulée par l'angiotensine II (en réponse à l'hypovolémie ou à la baisse de pression artérielle de perfusion rénale captée par l'appareil juxtaglomérulaire) et directement par l'élévation de la kaliémie. L'aldostérone agit sur le tube contourné distal et le canal collecteur rénal pour stimuler la réabsorption de sodium et l'excrétion urinaire de potassium et de protons (H+).
  2. Zone fasciculée (75 % intermédiaire) : synthétise les glucocorticoïdes, principalement le cortisol (hydrocortisone), sous la dépendance exclusive de l'ACTH. Le cortisol est l'hormone adaptative majeure au stress physique et psychologique : il stimule la néoglucogenèse hépatique et le catabolisme protidique, inhibe la captation périphérique du glucose, exerce une action anti-inflammatoire et immunosuppressive puissante, et maintient le tonus vasculaire et la réactivité endothéliale aux catécholamines vasoconstrictrices.
  3. Zone réticulée (10 % interne) : synthétise les androgènes surrénaliens (DHEA - déhydroépiandrostérone, sulfate de DHEA et Δ4-androstènedione) sous le contrôle de l'ACTH. Chez la femme, ils constituent la source principale d'androgènes circulants responsables de la pilosité pubienne et axillaire et de la libido. Chez l'homme adulte, leur contribution est marginale comparativement à la testostérone testiculaire.
Différence fondamentale : L'insuffisance surrénalienne primitive (Addison) détruit les 3 zones corticales (déficit en cortisol + aldostérone + mélanodermie par excès d'ACTH). L'insuffisance corticotrope centrale épargne l'aldostérone (préservée par le SRAA) et n'a jamais de mélanodermie.

2. Sémiologie Clinique Comparative : Addison vs Insuffisance Corticotrope

L'expression clinique de l'insuffisance surrénalienne lente s'installe de façon insidieuse sur plusieurs mois, rendant le diagnostic souvent tardif (délai diagnostique moyen de 6 à 12 mois). La comparaison minutieuse entre forme primitive et forme centrale est un grand classique des épreuves classantes et du diagnostic au lit du malade.

1. Sémiologie de la Maladie d'Addison (Insuffisance Primitive) : La Tétrade Cardinale :

  • 1. L'Asthénie globale majeure : présente chez 100 % des patients. Asthénie physique d'effort et de repos, psychique avec ralentissement intellectuel et apathie, et sexuelle. Caractéristique sémiologique essentielle : l'asthénie est d'aggravation vespérale progressive (le patient s'épuise au fil de la journée au fur et à mesure que la demande métabolique dépasse le cortisol disponible).
  • 2. L'Amaigrissement avec Anorexie : perte de poids constante, progressive et involontaire (5 à 15 kg), liée à une anorexie globale profonde. Un signe hautement pathognomonique de l'atteinte minéralocorticoïde est l'appétence vive pour le sel (« faim de sel ») : le patient ressale exagérément ses plats, boit l'eau des bocaux de cornichons ou consomme du sel pur pour compenser la fuite sodée urinaire obligatoire !
  • 3. L'Hypotension artérielle avec Hypotension Orthostatique sévère : pression artérielle systolique basse au repos (souvent < 90-100 mmHg), avec une chute tensionnelle majeure lors du passage à l'orthostatisme (baisse de la PAS > 20 mmHg) responsable de vertiges posturaux, de lipothymies et de syncopes au lever. Elle résulte de l'hypovolémie vraie (fuite d'eau et de sel) et de la perte du tonus vasomoteur médié par le cortisol.
  • 4. La Mélanodermie Pathognomonique : signe physique spécifique absolu de l'insuffisance surrénalienne primitive. Il s'agit d'une hyperpigmentation cutanéo-muqueuse brune ou bronzée, « couleur coup de soleil » ou terreuse, liée à la surproduction hypophysaire de POMC qui est clivée en ACTH et en α-MSH (Melanocyte-Stimulating Hormone), stimulant directement les récepteurs MC1R des mélanocytes épidermiques.
    Localisations électives caractéristiques : - Zones découvertes exposées à la lumière : visage, décolleté, dos des mains. - Zones de frottement et de pression mécanique : coudes, genoux, ceinturon, bretelles de sous-vêtements. - Plis de flexion anatomiques : plis palmaires des mains (les lignes de la main deviennent brun foncé/noires). - Cicatrices cutanées récentes (acquises depuis le début de la maladie). - Taches ardoisées des muqueuses : taches pigmentées brun-noirâtre sur la muqueuse jugale interne en regard des molaires, sur les gencives, la face interne des lèvres et les muqueuses génitales.
  • Troubles digestifs annonciateurs de décompensation : nausées matinales, vomissements épisodiques, douleurs épigastriques ou abdominales diffuses pseudo-chirurgicales, alternance de diarrhée et de constipation.
  • Manifestations psychiatriques et troubles de la pilosité : irritabilité, syndrome dépressif sévère ; chez la femme, dépilation axillaire et pubienne précoce par effondrement des androgènes surrénaliens (DHEA).

2. Sémiologie de l'Insuffisance Corticotrope (Centrale / Secondaire) :
Le tableau clinique présente des similitudes mais également des différences sémiologiques fondamentales :

  • Absence totale de mélanodermie : en raison de l'effondrement de l'ACTH et de la MSH, le patient présente une pâleur cireuse caractéristique (« teint d'albâtre »), avec dépigmentation aréolaire mammaire, même après exposition solaire.
  • Préservation de l'équilibre volémique et tensionnel : la sécrétion d'aldostérone étant préservée par le SRAA, il n'y a pas de fuite de sel obligatoire, pas de déshydratation extracellulaire, et pas de faim de sel. L'hypotension est moins sévère (liée au seul déficit en cortisol).
  • Absence d'hyperkaliémie : le potassium sanguin est strictement normal car l'aldostérone continue d'assurer l'excrétion tubulaire distale du potassium.
  • Signes d'atteinte hypophysaire associée : signes d'insuffisance gonadotrope (aménorrhée, atrophie vulvaire, impuissance), thyréotrope (frilosité, prise de poids), somatotrope, et syndrome tumoral hypophysaire en cas d'adénome volumineux (céphalées rétro-orbitaires, hémianopsie bitemporale par compression du chiasma optique).
Signe d'appel pathognomonique : L'association d'une asthénie vespérale, d'un amaigrissement, d'une hypotension artérielle et d'une hyperpigmentation des plis palmaires et de la face interne des joues signe cliniquement une Maladie d'Addison jusqu'à preuve du contraire !
Critère Clinique ou BiologiqueInsuffisance Surrénalienne Primitive (Addison)Insuffisance Corticotrope Centrale
Pigmentation CutanéeMÉLANODERMIE franche (plis palmaires, muqueuses buccales ardoisées, cicatrices)PÂLEUR cireuse (teint d'albâtre, aréoles dépigmentées, pas de bronzage)
Axe Minéralocorticoïde (Aldostérone)EFFONDRÉ (Perte de sel urinaire obligatoire, faim de sel, déshydratation)PARFAITEMENT PRÉSERVÉ (régulé par le système rénine-angiotensine)
Kaliémie & IonogrammeHYPERKALIÉMIE fréquente (> 5,0 mmol/L) + Hyponatrémie de déplétion sodéeKaliémie STRICTEMENT NORMALE. Hyponatrémie de dilution (SIADH relatif).
Dosage de l'ACTH plasmatique à 8hMAJEUREMENT ÉLEVÉE (> 2x la normale, souvent 100 à 1000 pg/mL)BASSE ou anormalement « normale » (inappropriée au cortisol bas)
Risque de collapsus aigu (ISA)TRÈS ÉLEVÉ (déshydratation extracellulaire massive par perte rénale de sel)Modéré (pas de perte de sel ; collapsus par défaillance du tonus vasculaire)
Traitement Substitutif IndispensableHydrocortisone (glucocorticoïde) + FLUDROCORTISONE (minéralocorticoïde) à vieHydrocortisone SEULE. La fludrocortisone est STRICTEMENT INUTILE.

3. Démarche Diagnostique Biologique (Cortisol 8h, Test au Synacthène 250 µg & ACTH)

La confirmation biologique de l'insuffisance surrénalienne obéit à un algorithme décisionnel rigoureux en trois étapes : affirmer le déficit en cortisol au repos, évaluer la réserve sécrétoire surrénalienne par une épreuve dynamique de stimulation, puis localiser le niveau de l'atteinte (surrénalienne ou centrale) par le dosage de l'ACTH.

1. Dosage du Cortisol Plasmatique à 8 Heures du Matin :
Le cortisol présente un rythme circadien nycthéméral physiologique strict, avec un pic sécrétoire maximal entre 7h et 9h du matin et un nadir nocturne vers minuit. Le prélèvement doit donc être réalisé strictement entre 8h00 et 8h30 à jeun :

  • Cortisolémie à 8h < 50 ng/mL (soit < 138 nmol/L ou < 5 μg/dL) : affirme avec une quasi-certitude le diagnostic d'insuffisance surrénalienne, rendant les épreuves dynamiques superflues en présence d'une clinique évocatrice.
  • Cortisolémie à 8h > 180 ng/mL (soit > 500 nmol/L ou > 18 μg/dL) : élimine formellement le diagnostic d'insuffisance surrénalienne (fonction corticosurrénalienne normale).
  • Zone grise intermédiaire (entre 50 et 180 ng/mL / 138 à 500 nmol/L) : ne permet pas de trancher avec certitude et impose la réalisation obligatoire du Test au Synacthène.

2. Le Test au Synacthène Immédiat (250 μg) : Le Gold Standard Dynamique :
Le Synacthène (tétracosactide) est un polypeptide synthétique correspondant aux 24 premiers acides aminés biologiquement actifs de l'ACTH humaine naturelle.

  • Protocole de réalisation pratique :
    • Patient au repos, à jeun, à 8h du matin (si le patient est sous hydrocortisone, suspendre la prise du matin et de la veille au soir, ou faire le relais par la dexaméthasone qui n'interfère pas avec le dosage immunologique du cortisol).
    • Prélèvement sanguin à T0 pour dosage du cortisol de base (et de l'ACTH).
    • Injection intraveineuse directe (ou intramusculaire) d'une ampoule de Synacthène 250 μg.
    • Prélèvements sanguins à T + 30 minutes et T + 60 minutes pour dosage du cortisol plasmatique.
  • Interprétation des résultats :
    Réponse normale : ascension franche de la cortisolémie avec un pic maximal à T30 ou T60 > 180 à 200 ng/mL (> 500 à 550 nmol/L). Élimine l'insuffisance surrénalienne primitive et l'insuffisance corticotrope ancienne avec atrophie corticosurrénalienne.
    Réponse insuffisante / pathologique : absence d'élévation ou pic de cortisol restant < 180 ng/mL (< 500 nmol/L) : affirme formellement l'insuffisance surrénalienne.
  • Remarque sur le Test au Synacthène Faible Dose (1 μg) : utilisé dans certains centres experts pour dépister les insuffisances corticotropes centrales récentes et partielles où les surrénales, non encore totalement atrophiées, peuvent répondre faussement à la dose supraphysiologique de 250 μg.

3. Dosage de l'ACTH Plasmatique à 8 Heures : L'Étape d'Aiguillage Étiologique :
Prélèvement sanguin réalisé à jeun sur tube EDTA refroidi dans la glace, centrifugé immédiatement à froid (l'ACTH étant un peptide fragile rapidement dégradé par les protéases plasmatiques) :

  • ACTH plasmatique très élevée (> 100 pg/mL, souvent comprise entre 200 et 2000 pg/mL) : affirme de façon indiscutable l'origine primitive surrénalienne (Maladie d'Addison) par levée complète du rétrocontrôle hypophysaire.
  • ACTH basse ou normale basse (< 10 à 20 pg/mL) : en présence d'un cortisol effondré, une ACTH « normale » est profondément inappropriée et affirme l'insuffisance corticotrope centrale.

4. Évaluation Biologique Minéralocorticoïde et Anomalies Non Spécifiques :

  • Axe Rénine-Aldostérone : dans l'atteinte primitive, l'aldostérone plasmatique et urinaire est effondrée avec une Rénine Plasmatique Active (ou Activité Rénine Plasmatique ARP) considérablement augmentée (x 5 à 20) en réponse à la fuite sodée rénale. Dans l'atteinte centrale, la rénine et l'aldostérone sont normales.
  • Ionogramme sanguin :
    Hyponatrémie : présente dans plus de 85 % des cas d'Addison (hyponatrémie par déplétion sodée avec natriurèse conservée inadaptée > 30-40 mmol/L) et dans 50 % des insuffisances corticotropes (hyponatrémie de dilution par défaut de clairance de l'eau libre médié par l'excès relatif d'ADH).
    Hyperkaliémie : spécifique de l'insuffisance primitive (> 5,0 à 6,5 mmol/L), absente dans l'atteinte centrale.
    Rapport Na+/K+ sérique < 30 (valeur normale > 30).
    Insuffisance rénale fonctionnelle avec élévation proportionnelle de l'urée sanguine supérieure à celle de la créatinine (hémoconcentration).
  • NFS : anémie normocytaire normochrome, lymphocytose relative et surtout hyperéosinophilie sanguine modérée (le cortisol exerçant un effet lytique physiologique sur les éosinophiles, sa carence lève cette inhibition).
  • Glycémie à jeun : tendance à l'hypoglycémie de jeûne (par défaut de néoglucogenèse), particulièrement sévère chez l'enfant ou le diabétique dont les besoins en insuline diminuent brutalement.
Critères biologiques fondamentaux : Cortisol à 8h < 50 ng/mL = insuffisance surrénalienne. Synacthène 250 µg : pic < 180 ng/mL confirme le déficit. ACTH très élevée = Addison primitif ; ACTH basse = Insuffisance corticotrope.

4. Étiologies de l'Insuffisance Surrénalienne Primitive (Addison, Tuberculose, Vasculaire)

L'insuffisance surrénalienne primitive (maladie d'Addison) est une pathologie rare (prévalence de 100 à 140 cas par million d'habitants). La démarche étiologique repose sur deux piliers indissociables : le bilan immunologique (anticorps anti-21-hydroxylase) et l'imagerie morphologique par scanner (TDM) abdominal sans et avec injection centré sur les surrénales.

1. La Rétraction Corticale Auto-Immune (70 à 80 % des cas en Occident) :
Destruction progressive auto-immune du cortex surrénalien avec préservation initiale de la médullosurrénale.

  • Biologie immunologique : présence d'anticorps anti-surrénales et spécifiquement d'anticorps anti-21-hydroxylase (anti-21-OH), positifs chez plus de 80 à 90 % des patients au moment du diagnostic. La 21-hydroxylase est l'enzyme clé du réticulum endoplasmique catalysant la conversion de la progestérone en désoxycorticostérone et de la 17-OH-progestérone en 11-désoxycortisol.
  • Scanner surrénalien : montre des glandes surrénales atrophiques, de très petite taille, régulières, homogènes, sans masse ni calcification, au sein d'une graisse rétropéritonéale d'aspect sain.
  • Les Polyendocrinopathies Auto-Immunes (PEA) associées :
    PEA de type 2 (Syndrome de Schmidt) : transmission polygénique (HLA-DR3/DR4). Associe la maladie d'Addison à une thyroïdite auto-immune (Hashimoto ou Basedow) et/ou un diabète de type 1, une maladie de Biermer, un vitiligo ou une maladie cœliaque.
    PEA de type 1 (Syndrome APECED) : mutation autosomique récessive du gène AIRE (AutoImmune REgulator) sur le chromosome 21. Débute dans l'enfance par la triade caractéristique : candidose cutanéo-muqueuse chronique récidivante, hypoparathyroïdie primitive, puis maladie d'Addison survenant vers l'âge de 10-15 ans.

2. La Tuberculose Surrénalienne Bilatérale (10 à 20 % des cas, 1ère cause dans les pays d'endémie) :
Atteinte hématogène secondaire à une dissémination à partir d'un foyer primitif pulmonaire ou urogénital, souvent ancien et quiescent.

  • Aspect tomodensitométrique évolutif caractéristique :
    Phase initiale active : surrénales augmentées de volume, hypertrophiques, nodulaires, hétérogènes avec zones de nécrose caséeuse centrale hypodense ne prenant pas le contraste.
    Phase tardive séquellaire cicatricielle : surrénales atrophiées, parsemées de calcifications surrénaliennes bilatérales volumineuses pathognomoniques (parfois visibles dès la radiographie de l'abdomen sans préparation ASP).
  • Bilan complémentaire : radiographie thoracique ou scanner thoracique (recherche de séquelles apicales fibreuses ou de caverne évolutive), recherche de BK dans les crachats et les urines des 3 jours consécutifs, et test Quantiféron.
  • Traitement : quadrithérapie antituberculeuse standard (Rifampicine, Isoniazide, Pyrazinamide, Éthambutol) pendant 2 mois puis bithérapie 4 mois. ATTENTION : la Rifampicine est un inducteur enzymatique puissant du cytochrome P450 qui accélère considérablement le catabolisme de l'hydrocortisone : il est impératif de doubler voire tripler la dose substitutive d'hydrocortisone dès le début du traitement antituberculeux ! L'atteinte surrénalienne fibreuse calcifiée est irréversible, rendant l'opothérapie substitutive définitive.

3. Causes Vasculaires et Nécrose Hémorragique Bilatérale :
Urgences catastrophiques induisant une destruction surrénalienne brutale :

  • Syndrome de Waterhouse-Friderichsen : nécrose hémorragique foudroyante bilatérale des surrénales survenant au cours d'un purpura fulminans à méningocoque (Neisseria meningitidis) ou à pneumocoque, associant un choc septique hyperthermique, un purpura ecchymotique et nécrotique extensif et une CIVD décompensée.
  • Thromboses veineuses et infarctus surrénaliens bilatéraux : compliquant un Syndrome des Antiphospholipides (SAPL), une thrombopénie induite par l'héparine (TIH de type II), des états d'hypercoagulabilité constitutionnelle sévère ou un sepsis sévère postopératoire. Le scanner en urgence montre des surrénales tuméfiées, spontanément denses en phase sans injection avec absence totale de rehaussement au temps artériel.

4. Autres Causes d'Atteinte Primitive :
Métastases surrénaliennes bilatérales massives (cancers primitifs bronchiques, mammaires, coliques ou mélanomes ; l'insuffisance clinique n'apparaît que si > 90 % du parenchyme bilatéral est envahi), lymphomes malins non hodgkiniens primitifs des surrénales, infections fongiques opportunistes au cours du SIDA avancé (cryptococcose, histoplasmose, cytomégalovirus), hémochromatose génétique (sidérose surrénalienne), et causes génétiques : adrénoleucodystrophie liée à l'X (accumulation toxique d'acides gras à très longue chaîne AGTLC causant une démyélinisation cérébrale et une atteinte surrénalienne chez le garçon jeune) et hyperplasie congénitale des surrénales par déficit enzymatique en 21-hydroxylase.

ÉtiologieProfil ÉpidémiologiqueMarqueurs Biologiques & SérologiquesAspect au Scanner (TDM) Surrénalien
Rétraction Corticale Auto-ImmuneFemme jeune (30-50 ans), PEA 2 de Schmidt ou PEA 1 APECEDAnticorps anti-21-hydroxylase POSITIFS (> 85% des cas)Surrénales ATROPHIQUES, de petite taille, contours réguliers, graisse saine
Tuberculose SurrénalienneZone d'endémie, antécédent de contage ou de tuberculose pulmonaireIDR / Quantiféron positifs, recherche BK dans urines et crachatsStade précoce : gros nodules hétérogènes. Stade tardif : CALCIFICATIONS bilatérales.
Hémorragie Surrénalienne BilatéralePurpura fulminans (Waterhouse-Friderichsen), SAPL, anticoagulantsChute brutale de l'hémoglobine, CIVD, thrombopénieSurrénales tuméfiées, spontanément hyperdenses, hématome bilatéral
Métastases BilatéralesPatient porteur d'un cancer primitif connu (poumon, sein, mélanome)Syndrome tumoral biologique, LDH élevéesSurrénales très augmentées de volume, masses multinodulaires nécrotiques

5. Étiologies de l'Insuffisance Corticotrope (Corticothérapie Iatrogène, Tumeurs, Sheehan)

L'insuffisance corticotrope centrale est beaucoup plus fréquente en pratique médicale générale que la maladie d'Addison. Elle est dominée de façon écrasante par la iatrogénie post-corticothérapie générale.

1. L'Insuffisance Corticotrope Iatrogène Post-Corticothérapie (Cause N°1 Absolue) :
L'administration exogène prolongée de corticoïdes (Prednisone, Prednisolone, Méthylprednisolone, Dexaméthasone) exerce un rétrocontrôle négatif puissant et continu sur l'hypothalamus et l'hypophyse, entraînant une suppression de la CRH et de l'ACTH. Avec le temps, les cellules corticotropes hypophysaires s'inhibent et la zone fasciculée du cortex surrénalien s'atrophie de façon bilatérale par défaut de trophicité.

  • Facteurs de risque de mise au repos de l'axe : tout traitement par voie générale durant plus de 3 à 4 semaines consécutives à une dose ≥ 5 à 7,5 mg/jour d'équivalent Prednisone (ou des cures brèves répétées, ou même des infiltrations articulaires ou des dermocorticoïdes puissants sur de grandes surfaces).
  • Circonstance de survenue de la décompensation : lors de l'arrêt brutal ou d'une décroissance trop rapide du traitement corticoïde, ou lors d'un stress aigu (infection, chirurgie) survenant dans les semaines ou mois suivant l'arrêt alors que l'axe n'a pas encore récupéré sa réactivité normale.
  • Cinétique de récupération de l'axe corticotrope : la récupération fonctionnelle peut exiger plusieurs mois (jusqu'à 12 à 18 mois après des corticothérapies au long cours). La sécrétion de CRH récupère en premier, suivie de l'ACTH, et enfin de la trophicité du cortex surrénalien capable de sécréter des quantités physiologiques de cortisol.
  • Protocole de sevrage corticoïde standardisé :
    • Décroissance progressive de la corticothérapie anti-inflammatoire jusqu'au palier physiologique de 5 mg/jour de Prednisone.
    • Basculer vers l'Hydrocortisone à dose physiologique (20 mg/jour le matin).
    • Après quelques semaines sous hydrocortisone, doser la cortisolémie à 8h du matin (en ne prenant pas le comprimé d'hydrocortisone la veille au soir et le matin du prélèvement) : - Si Cortisol à 8h > 180 ng/mL (> 500 nmol/L) : récupération complète de l'axe, arrêt définitif de l'hydrocortisone. - Si Cortisol à 8h < 80 ng/mL (< 200 nmol/L) : axe non récupéré, poursuivre l'hydrocortisone et recontrôler dans 3 à 6 mois. - Si Cortisol à 8h entre 80 et 180 ng/mL : pratiquer un Test au Synacthène 250 μg ; l'arrêt n'est autorisé que si le pic dépasse 180 ng/mL.

2. Tumeurs et Lésions de la Région Hypothalamo-Hypophysaire :

  • Adénomes hypophysaires : macro-adénomes non fonctionnels (chromophobes), adénomes à prolactine ou somatotropes volumineux comprimant le tissu antéhypophysaire sain péri-tumoral.
  • Tumeurs extra-hypophysaires : craniopharyngiomes (chez l'enfant et l'adulte jeune), méningiomes du tubercule de la selle, gliomes chiasmatiques, métastases sellaires.
  • Iatrogénie chirurgicale et radiothérapique : résection chirurgicale transsphénoïdale ou radiothérapie stéréotaxique / conventionnelle de la selle turcique.

3. Causes Vasculaires, Inflammatoires et Auto-Immunes Centrales :

  • Syndrome de Sheehan : nécrose ischémique complète ou partielle de l'antéhypophyse survenant dans les suites immédiates d'un accouchement compliqué d'une hémorragie de la délivrance massive avec choc hypovolémique prolongé. Au cours de la grossesse, l'antéhypophyse subit une hypertrophie physiologique majeure rendant sa vascularisation portale précaire et vulnérable à l'hypotension artérielle. Signe inaugural précoce : absence complète de montée laiteuse (déficit en prolactine), suivie d'une aménorrhée du post-partum sans retour de couches (déficit gonadotrope), d'une chute des poils pubiens et d'une asthénie myxœdémateuse et corticotrope sévère.
  • Apoplexie hypophysaire : nécrose hémorragique brutale d'un adénome hypophysaire préexistant méconnu, réalisant un tableau dramatique d'hémorragie méningée fébrile avec céphalées en « coup de tonnerre », paralysie oculomotrice brutale (nerf III, IV ou VI), diplopie, cécité et collapsus corticotrope aigu.
  • Hypophysites sous Inhibiteurs des Checkpoints Immunitaires (Immunothérapie oncologique) : survenant chez 5 à 15 % des patients traités par anticorps anti-CTLA4 (Ipilimumab) ou associations anti-PD1/anti-CTLA4. L'IRM montre un épaississement tuméfié de la tige pituitaire et de l'hypophyse. L'insuffisance corticotrope induite est très fréquemment définitive, imposant le maintien à vie de l'hydrocortisone orale.
La première cause d'insuffisance corticotrope au monde est le sevrage brutal d'une corticothérapie générale prolongée (> 3-4 semaines à dose > 5 mg/j). Tout arrêt doit être dégressif avec évaluation de la récupération par cortisol 8h et Synacthène.

6. Urgence Vitale Absolue : L'Insuffisance Surrénalienne Aiguë (ISA)

L'insuffisance surrénalienne aiguë (ISA) est une urgence médicale, métabolique et hémodynamique d'une gravité exceptionnelle. En l'absence d'intervention thérapeutique vigoureuse et immédiate, elle évolue inexorablement vers le choc circulatoire irréversible et le décès en quelques heures. Sa mortalité demeure de l'ordre de 5 à 10 % même dans les pays dotés de structures de soins intensifs modernes.

1. Mécanismes Physiopathologiques de la Décompensation Aiguë :
L'ISA conjugue deux mécanismes mortels synergiques :

  • La carence aiguë en cortisol : lève l'effet permissif physiologique exercé par les glucocorticoïdes sur le tonus vasomoteur artériel. Les récepteurs α1-adrénergiques vasculaires deviennent complètement réfractaires et insensibles aux catécholamines circulantes (adrénaline, noradrénaline), conduisant à une vasodilatation artériolaire systémique majeure et à un collapsus hémodynamique vasoplégique. Parallèlement, le défaut de néoglucogenèse précipite une hypoglycémie sévère.
  • La carence aiguë en aldostérone (spécifique de la forme primitive d'Addison) : induit une perte rénale sodée massive et incoercible avec rétention potassique tubulaire. Il s'ensuit une hypovolémie vraie sévère par déshydratation extracellulaire globale, hémoconcentration, choc hypovolémique et hyperkaliémie menaçante provoquant un arrêt cardiaque en diastole.

2. Facteurs Déclenchants Majeurs à Rechercher :

  • Infection intercurrente bactérienne ou virale aiguë fébrile (pneumonie, pyélonéphrite, gastro-entérite aiguë).
  • Arrêt intempestif ou oubli de la prise d'Hydrocortisone par le patient.
  • Intervention chirurgicale programmée ou urgente, traumatisme physique lourd, anesthésie générale sans majoration préalable de l'opothérapie.
  • Épisode de vomissements ou de diarrhée profuse empêchant l'absorption digestive des comprimés oraux.
  • Erreur médicamenteuse : prescription de diurétiques de l'anse ou d'épargneurs potassiques, ou introduction d'un inducteur enzymatique puissant (Rifampicine) sans adapter l'hydrocortisone.

3. Tableau Clinique Complet de l'ISA :

  • Choc circulatoire hypovolémique réfractaire : hypotension artérielle sévère avec PAS < 80 mmHg, tachycardie filante, marbrures cutanées prédominant aux genoux, froideur des extrémités, oligurie ou anurie totale. Le choc ne répond pas au remplissage standard isolé tant que le cortisol n'est pas réintroduit !
  • Déshydratation globale sévère : déshydratation extracellulaire majeure (pli cutané persistant, yeux cernés et excavés, hypotension, tachycardie) et intracellulaire (sécheresse de la muqueuse buccale, soif).
  • Tableau digestif pseudo-chirurgical trompeur : douleurs abdominales intenses, diffuses, paroxystiques, avec défense abdominale simulant parfaitement une péritonite par perforation d'ulcère ou une appendicite aiguë (combien d'addisoniens ont été laparotomisés à blanc par erreur !), associées à des nausées, vomissements incoercibles et diarrhées profuses majorant la déshydratation.
  • Troubles neurologiques : angoisse extrême, confusion mentale, prostration, obnubilation, délire, convulsions (favorisées par l'hypoglycémie et l'hyponatrémie), coma calme hypotonique.
  • Hyperthermie inexpliquée : fièvre à 39-40 °C, présente même en l'absence de foyer infectieux patent (fièvre stéroïdienne liée au déficit en glucocorticoïdes thermorégulateurs).

4. Anomalies Biologiques d'Urgence :
Ionogramme sanguin d'urgence : Hyponatrémie sévère (souvent < 125 mmol/L), Hyperkaliémie menaçante (> 5,5 à 7,0 mmol/L) avec risque d'arythmie ventriculaire à l'ECG (ondes T pointues, symétriques, amples, disparition de l'onde P, élargissement du QRS), insuffisance rénale aiguë fonctionnelle avec hémoconcentration (hyperprotidémie > 80 g/L, hématocrite élevé), acidose métabolique hyperchlorémique, et hypoglycémie franche.

5. Protocole Thérapeutique d'Urgence Immédiate (RÈGLES D'OR) :
RÈGLE ABSOLUE : TOUTE SUSPICION D'ISA IMPOSE LE TRAITEMENT IMMÉDIAT SANS ATTENDRE LA MOINDRE CONFIRMATION BIOLOGIQUE ! Pratiquer un prélèvement sanguin sur tube hépariné pour dosage ultérieur du cortisol et de l'ACTH, puis injecter le traitement sans attendre le résultat du laboratoire.

  1. Hormonothérapie substitutive d'extrême urgence :
    Hémisuccinate d'Hydrocortisone (HSHC) : injection intraveineuse directe immédiate de 100 mg en bolus (ou intramusculaire si abord veineux impossible).
    • Puis perfusion continue au pousse-seringue électrique (PSE) de 100 mg toutes les 8 heures (soit 200 à 300 mg/24 heures), ou bolus répétés de 100 mg IV toutes les 6 heures.
    Remarque vitale : à ces posologies supraphysiologiques (> 100 mg/j), l'hydrocortisone sature les récepteurs minéralocorticoïdes et exerce un effet rétenteur de sel maximal équivalent à la fludrocortisone. L'adjonction de Fludrocortisone est donc INUTILE en phase aiguë et ne sera réintroduite que lors du passage à la voie orale à dose physiologique !
  2. Remplissage vasculaire et correction hydro-électrolytique :
    • Voie veineuse de bon calibre (ou voie centrale).
    • Perfusion rapide de Sérum Physiologique isotonique NaCl 0,9 % : 1 litre la première heure, puis 2 à 3 litres sur les 24 premières heures pour restaurer la volémie et combler le déficit sodé.
    • Adjonction systématique de Sérum Glucosé à 5 % ou 10 % pour prévenir et corriger l'hypoglycémie.
    CONTRE-INDICATION FORMELLE DES SOLUTÉS POTASSIQUES : aucun apport de KCl tant que la kaliémie n'est pas vérifiée < 4,0 mmol/L et que la diurèse n'est pas parfaitement rétablie ! L'expansion volémique et l'hydrocortisone suffisent généralement à normaliser rapidement le potassium.
  3. Surveillance continue en réanimation : monitorage continu ECG (surveillance de l'hyperkaliémie), pression artérielle toutes les 15 minutes, diurèse horaire par sonde vésicale, glycémie capillaire toutes les 2 heures, ionogramme sanguin à 6h, 12h et 24h.
  4. Traitement du facteur déclenchant : antibiothérapie intraveineuse probabiliste précoce en cas de suspicion de sepsis bactérien.
Axiome Thérapeutique Vital : Devant un collapsus avec douleurs abdominales et déshydratation chez un patient addisonien ou suspect : INJECTER 100 mg D'HÉMISUCCINATE D'HYDROCORTISONE IV IMMÉDIATEMENT. Ne jamais attendre le bilan biologique, chaque minute compte !

7. Traitement Substitutif au Long Cours & Éducation Thérapeutique (Carte d'Addisonien)

Une fois la phase aiguë surmontée ou chez un patient diagnostiqué au stade d'insuffisance surrénalienne lente, le traitement substitutif doit être poursuivi à vie. Il vise à reproduire au plus près la cinétique physiologique de sécrétion des stéroïdes surrénaliens, à prévenir toute récidive d'ISA et à garantir une espérance et une qualité de vie normales.

1. Le Traitement Substitutif Glucocorticoïde Oral :
Molécule de référence exclusive : Hydrocortisone comprimés sécables à 10 mg (ou formulations pédiatriques).

  • Posologie quotidienne moyenne de remplacement : 15 à 25 mg/jour (soit 0,2 à 0,3 mg/kg/j) chez l'adulte d'âge moyen.
  • Rythme de prise mimant le pic circadien de cortisol : fractionnement obligatoire de la dose journalière en 2 ou 3 prises :
    • Schéma à 2 prises : 15 mg le matin au réveil (vers 7h-8h) + 5 à 10 mg à midi (vers 12h-13h). Ne jamais administrer d'hydrocortisone après 16h-17h sous peine de provoquer des insomnies sévères.
    • Schéma à 3 prises (optimisant la couverture de fin d'après-midi) : 10 mg au réveil, 5 mg à midi, et 2,5 à 5 mg vers 16 heures.
  • Surveillance de l'équilibre glucocorticoïde : il n'existe aucun dosage hormonal sanguin ni urinaire permettant de juger de l'équilibre sous hydrocortisone (le cortisol et l'ACTH restent ininterprétables !). L'évaluation est exclusivement clinique :
    Signes de sous-dosage : persistance de l'asthénie vespérale, anorexie, nausées, hypotension orthostatique, mélanodermie persistante ou fonçant.
    Signes de surdosage : prise de poids facio-tronculaire, faciès cushingoïde, œdèmes malléolaires, insomnie d'endormissement, hypertension artérielle, ostéopénie.

2. Le Traitement Substitutif Minéralocorticoïde Oral (Spécifique de la Forme Primitive) :
Indispensable dans la maladie d'Addison, inutile dans l'insuffisance corticotrope centrale :

  • Molécule : Fludrocortisone (9α-fluorohydrocortisone, comprimés à 50 μg).
  • Posologie moyenne : 50 à 150 μg/jour (soit 1 à 3 comprimés) en prise unique matinale.
  • Surveillance clinique et biologique : normalisation de la pression artérielle assise et debout (disparition de l'hypotension orthostatique), disparition de la faim de sel, équilibre de la kaliémie (cible entre 4,0 et 4,5 mmol/L), et dosage de l'activité rénine plasmatique (ou rénine active) qui doit être normalisée dans la zone médiane des valeurs physiologiques.
  • Régime alimentaire : ALIMENTATION NORMALEMENT SALÉE OBLIGATOIRE (6 à 8 g de sel par jour). Les régimes hyposodés ou sans sel sont formellement contre-indiqués chez le patient addisonien !

3. Substitution Androgénique Éventuelle (DHEA) :
La déhydroépiandrostérone orale (25 à 50 mg/j) peut être proposée chez la femme addisonienne présentant, malgré une substitution hydrocortisonique et fludrocortisonique optimale, une asthénie physique résiduelle majeure, des troubles de l'humeur, une perte totale de la pilosité et un effondrement de la libido.

4. Éducation Thérapeutique Salvatrice du Patient Addisonien :
L'éducation du patient et de ses proches est l'élément central garantissant la survie au long cours. Le patient doit devenir un expert autonome de sa maladie :

  • Règle d'or de l'adaptation des doses au stress (« Règle du Doublement ») :
    Fièvre modérée (< 38,5 °C), infection banale, soins dentaires, gastro-entérite modérée, traumatisme léger : DOUBLER IMMÉDIATEMENT la dose quotidienne d'Hydrocortisone (passer de 20 mg à 40 mg/jour) pendant toute la durée de l'événement et maintenir 24 à 48 heures après la guérison.
    Fièvre élevée (> 38,5 °C), chirurgie programmée, stress psychologique ou physique majeur : TRIPLER la dose orale (60 à 80 mg/jour).
  • Le Kit d'Urgence Injectable d'Hydrocortisone :
    • Tout patient addisonien doit posséder à domicile, à son travail et lors de ses déplacements une trousse d'urgence contenant : 2 ampoules d'Hémisuccinate d'Hydrocortisone 100 mg injectable, solvant, seringues et aiguilles.
    Consigne impérative : en cas de vomissements rendant impossible la prise orale, de malaise, ou d'accident, le patient ou son entourage doit s'injecter immédiatement 100 mg d'HSHC par voie sous-cutanée ou intramusculaire et contacter immédiatement le SAMU (15).
  • La Carte de Soins d'Insuffisant Surrénalien :
    • Port permanent obligatoire dans le portefeuille d'une carte d'addisonien trilingue (français/anglais/arabe) mentionnant le diagnostic, les coordonnées du spécialiste et le protocole d'urgence vitale injectable pour les services de secours.
    • Port d'un bracelet médical d'alerte recommandé.
  • Médicaments et Pratiques Strictement Proscrits :
    Proscrire absolument les Diurétiques (de l'anse, thiazidiques, et surtout les épargneurs potassiques : spironolactone) et les laxatifs irritants (déclencheurs majeurs d'ISA par déshydratation et dyskaliémie).
    • Proscrire le jeûne prolongé strict et l'exercice physique épuisant sans hydratation sodée massive préalable.
L'éducation thérapeutique est le garant absolu de la survie de l'addisonien : doubler l'hydrocortisone en cas de fièvre, posséder un kit injectable d'urgence d'HSHC 100 mg, porter sa carte d'addisonien et proscrire formellement les diurétiques et les régimes sans sel !
Situation Clinique RencontréeAdaptation Pratique de l'HydrocortisoneFludrocortisoneConduite à Tenir Médicale
Vie Quotidienne Standard à l'Équilibre15 à 25 mg/j en 2 prises (15 mg matin + 5-10 mg midi)50 à 150 µg/j le matinAlimentation normalement salée. Surveillance tensionnelle et kaliémie.
Fièvre < 38,5 °C, Infection banale, Soins dentairesDOUBLER la dose quotidienne habituelle (ex : 40 mg/j)Maintenir la dose habituelle inchangéePoursuivre la dose doublée jusqu'à 48h après la guérison complète.
Vomissements, Diarrhée aiguë, Impossibilité d'ingérerSTOP voie orale -> INJECTION IMMÉDIATE de 100 mg HSHC SC ou IMSuspendue transitoirementAppel immédiat du SAMU (Centre 15) pour hospitalisation d'urgence.
Chirurgie Générale Lourde sous Anesthésie100 mg IV à l'induction, puis 100 mg / 8h IV au PSEInutile (couverte par les 300 mg d'hydrocortisone)Décroissance progressive sur 3 à 5 jours dès la reprise du transit.
Voyage ou Climat Tropical / CaniculeMaintenir ou majorer légèrement (+ 5 à 10 mg/j)Majoration possible (+ 50 µg/j) si hypotensionHydratation abondante avec apports accrus en sel de table.

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