1. Définitions & Rappels Physiologiques de la Corticosurrénale
L'insuffisance surrénalienne regroupe l'ensemble des états pathologiques caractérisés par une carence de production des hormones synthétisées par le cortex surrénalien. Sur le plan nosologique et physiopathologique, la distinction entre atteinte périphérique et centrale est capitale :
- Insuffisance Surrénalienne Primitive (Périphérique ou Basse) : Maladie d'Addison : résulte de la destruction ou du dysfonctionnement intrinsèque des deux glandes surrénales (plus de 90 % du parenchyme cortical doit être détruit pour que le tableau clinique se manifeste). Elle associe un déficit combiné complet en glucocorticoïdes (cortisol), en minéralocorticoïdes (aldostérone) et en androgènes surrénaliens (DHEA), avec une rupture du rétrocontrôle négatif provoquant une hypersécrétion réactionnelle massive d'ACTH et de peptides dérivés de la POMC (pro-opiomélanocortine), responsable de la mélanodermie.
- Insuffisance Corticotrope (Centrale, Haute ou Secondaire) : résulte d'un défaut de stimulation par l'ACTH antéhypophysaire ou par la CRH hypothalamique. Elle se caractérise par un déficit isolé en glucocorticoïdes (cortisol) et en androgènes surrénaliens, avec un taux d'ACTH effondré ou anormalement normal, et une préservation physiologique de la sécrétion d'aldostérone (celle-ci demeurant régulée de façon autonome par le système rénine-angiotensine-aldostérone et la kaliémie).
Rappels anatomiques et zonaux de la corticosurrénale :
Le cortex surrénalien dérive du mésoderme cœlomique et représente 80 à 90 % du volume de la glande. Il s'organise histologiquement de dehors en dedans en trois zones fonctionnellement distinctes :
- Zone glomérulée (15 % externe) : synthétise les minéralocorticoïdes, principalement l'aldostérone, sous l'action de l'aldostérone synthase (CYP11B2). La régulation de cette zone est indépendante de l'ACTH : elle est stimulée par l'angiotensine II (en réponse à l'hypovolémie ou à la baisse de pression artérielle de perfusion rénale captée par l'appareil juxtaglomérulaire) et directement par l'élévation de la kaliémie. L'aldostérone agit sur le tube contourné distal et le canal collecteur rénal pour stimuler la réabsorption de sodium et l'excrétion urinaire de potassium et de protons (H+).
- Zone fasciculée (75 % intermédiaire) : synthétise les glucocorticoïdes, principalement le cortisol (hydrocortisone), sous la dépendance exclusive de l'ACTH. Le cortisol est l'hormone adaptative majeure au stress physique et psychologique : il stimule la néoglucogenèse hépatique et le catabolisme protidique, inhibe la captation périphérique du glucose, exerce une action anti-inflammatoire et immunosuppressive puissante, et maintient le tonus vasculaire et la réactivité endothéliale aux catécholamines vasoconstrictrices.
- Zone réticulée (10 % interne) : synthétise les androgènes surrénaliens (DHEA - déhydroépiandrostérone, sulfate de DHEA et Δ4-androstènedione) sous le contrôle de l'ACTH. Chez la femme, ils constituent la source principale d'androgènes circulants responsables de la pilosité pubienne et axillaire et de la libido. Chez l'homme adulte, leur contribution est marginale comparativement à la testostérone testiculaire.