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Hyponatrémie & Dysnatrémies

Physiopathologie de l'Osmolalité, SIADH, Protocole au Sérum Hypertonique 3% & Prévention de la Myélinolyse Centropontine

Dr. Samira Larbi & Pr. É. Rondeau (Professeurs de Néphrologie & Réanimation Médicale - CHU et Comité Pédagogique Clinidexia) 55 min de lecture Mis à jour le 2026-03-01
Résumé de la fiche
L'hyponatrémie, définie par une concentration sérique de sodium inférieure à 135 mmol/L, est le désordre hydro-électrolytique le plus fréquemment rencontré en pratique hospitalière, touchant 15 à 30 % des patients hospitalisés. Notion physiologique fondamentale : la natrémie ne reflète jamais le capital sodé de l'organisme, mais traduit l'état d'hydratation du secteur intracellulaire (une hyponatrémie signant une hyperhydratation intracellulaire par excès d'eau pure relative, tandis que l'hypernatrémie signe une déshydratation intracellulaire). La démarche diagnostique initiale impose de mesurer l'osmolalité plasmatique pour éliminer les fausses hyponatrémies isotoniques (hyperprotidémie du myélome, hypertriglycéridémie majeure) et les hyponatrémies hypertoniques de transfert osmotique (hyperglycémie majeure diabétique corrigée par la formule de Katz). Face à une authentique hyponatrémie hypotonique (Osm_p < 280 mOsm/kg), l'évaluation clinique minutieuse du Volume Extracellulaire (VEC) permet de distinguer les hyponatrémies hypovolémiques (pertes rénales ou digestives), hypervolémiques (insuffisance cardiaque, cirrhose, syndrome néphrotique) et euvolémiques (dominées par le SIADH répondant aux critères de Bartter et Schwartz). L'urgence clinique est dominée par le risque d'œdème cérébral engageant le pronostic vital dans les formes aiguës sévères symptomatiques (coma, convulsions), imposant l'injection d'un bolus de 150 mL de Sérum Salé Hypertonique à 3 % en 20 minutes pour élever la natrémie de 5 mmol/L. Dans les formes chroniques, la règle de sécurité absolue interdit formellement de corriger la natrémie de plus de 8 à 10 mmol/L au cours des premières 24 heures sous peine de déclencher une myélinolyse centropontine (syndrome de démyélinisation osmotique) à l'origine d'un locked-in syndrome et d'une tétraplégie irréversible.
Sommaire du coursSection 1 sur 9
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1. Principes Physiologiques : Natrémie, Hydratation Intracellulaire & Osmolalité

La compréhension des dysnatrémies repose sur un paradigme physiologique intangible souvent mal appréhendé par les étudiants : la natrémie n'est pas un indicateur du capital sodé absolu de l'organisme, mais le reflet exclusif du bilan de l'eau et de l'état d'hydratation du secteur intracellulaire.

A. La Règle Physiologique d'Or des Deux Secteurs Hydriques

  • 1. Le Secteur Intracellulaire (2/3 de l'eau corporelle totale) :
    • L'eau traverse librement et instantanément les membranes cellulaires par les canaux d'aquaporines pour équilibrer les osmolalités entre les milieux intra- et extracellulaires.
    • Le principal cation intracellulaire est le Potassium (K+), tandis que le principal cation extracellulaire est le Sodium (Na+).
    • L'état d'hydratation intracellulaire dépend exclusivement de l'osmolalité efficace (ou tonicité) du liquide extracellulaire, elle-même déterminée à plus de 95 % par la concentration de sodium :
      • HYPONATRÉMIE (< 135 mmol/L) = HYPERHYDRATATION INTRACELLULAIRE (HIC) : L'hypo-osmolalité extracellulaire crée un gradient osmotique attirant l'eau de l'extérieur vers l'intérieur des cellules, provoquant un gonflement cellulaire (œdème cellulaire, dont la traduction clinique majeure est l'œdème cérébral).
      • HYPERNATRÉMIE (> 145 mmol/L) = DÉSHYDRATATION INTRACELLULAIRE (DIC) : L'hyperosmolalité extracellulaire attire l'eau hors des cellules vers le secteur vasculaire, provoquant une rétraction cellulaire (dont la traduction clinique majeure est la sécheresse des muqueuses et les hémorragies cérébrales par traction vasculaire).
  • 2. Le Secteur Extracellulaire (1/3 de l'eau totale : secteur interstitiel + secteur vasculaire plasmatique) :
    • Le volume du secteur extracellulaire (VEC) dépend exclusivement du capital sodé total de l'organisme. Le sodium retient l'eau dans le secteur extracellulaire.
    • L'évaluation du VEC est purement clinique :
      • Déshydratation Extracellulaire (déficit en sel) : Pli cutané, hypotension orthostatique, tachycardie réflexe, perte de poids, sécheresse de la peau, veines jugulaires plates.
      • Hyperhydratation Extracellulaire (excès de sel) : Œdèmes déclives blancs, mous, prenant le godet, ascite, turgescence jugulaire, reflux hépato-jugulaire, prise de poids rapide, HTA.
      • Normovolémie / Euvolemie : Absence de pli cutané et absence d'œdèmes.

Conclusion fondamentale : Un patient peut être en hyponatrémie (hyperhydratation intracellulaire) tout en étant simultanément en déshydratation extracellulaire (ex: pertes de sel par vomissements), en hyperhydratation extracellulaire (ex: insuffisance cardiaque avec œdèmes) ou en euvolemie (ex: SIADH) !

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