Hyponatrémie & Dysnatrémies
Physiopathologie de l'Osmolalité, SIADH, Protocole au Sérum Hypertonique 3% & Prévention de la Myélinolyse Centropontine
- 1. Principes Physiologiques : Natrémie, Hydratation Intracellulaire & Osmolalité
- 2. Démarche Initiale : Vraie vs Fausse Hyponatrémie & Formule de Katz
- 3. Arbre Diagnostique Étiologique selon le Volume Extracellulaire (VEC)
- 4. Le Syndrome de Sécrétion Inappropriée d'ADH (SIADH) : Critères & Étiologies
- 5. Urgence Neurologique : Œdème Cérébral, Hyponatrémie Aiguë vs Chronique
- 6. Protocole de Correction par NaCl 3 % & Prévention de la Myélinolyse Centropontine
- 7. Traitements Étiologiques Spécifiques : Restriction Hydrique, NaCl & Vaptans
- 8. L'Hypernatrémie (> 145 mmol/L) : Déshydratation Intracellulaire & Diabète Insipide
- 9. Perles EDN, Pièges Classiques aux Concours & Arbre Décisionnel
1. Principes Physiologiques : Natrémie, Hydratation Intracellulaire & Osmolalité
La compréhension des dysnatrémies repose sur un paradigme physiologique intangible souvent mal appréhendé par les étudiants : la natrémie n'est pas un indicateur du capital sodé absolu de l'organisme, mais le reflet exclusif du bilan de l'eau et de l'état d'hydratation du secteur intracellulaire.
A. La Règle Physiologique d'Or des Deux Secteurs Hydriques
- 1. Le Secteur Intracellulaire (2/3 de l'eau corporelle totale) :
- L'eau traverse librement et instantanément les membranes cellulaires par les canaux d'aquaporines pour équilibrer les osmolalités entre les milieux intra- et extracellulaires.
- Le principal cation intracellulaire est le Potassium (K+), tandis que le principal cation extracellulaire est le Sodium (Na+).
- L'état d'hydratation intracellulaire dépend exclusivement de l'osmolalité efficace (ou tonicité) du liquide extracellulaire, elle-même déterminée à plus de 95 % par la concentration de sodium :
- HYPONATRÉMIE (< 135 mmol/L) = HYPERHYDRATATION INTRACELLULAIRE (HIC) : L'hypo-osmolalité extracellulaire crée un gradient osmotique attirant l'eau de l'extérieur vers l'intérieur des cellules, provoquant un gonflement cellulaire (œdème cellulaire, dont la traduction clinique majeure est l'œdème cérébral).
- HYPERNATRÉMIE (> 145 mmol/L) = DÉSHYDRATATION INTRACELLULAIRE (DIC) : L'hyperosmolalité extracellulaire attire l'eau hors des cellules vers le secteur vasculaire, provoquant une rétraction cellulaire (dont la traduction clinique majeure est la sécheresse des muqueuses et les hémorragies cérébrales par traction vasculaire).
- 2. Le Secteur Extracellulaire (1/3 de l'eau totale : secteur interstitiel + secteur vasculaire plasmatique) :
- Le volume du secteur extracellulaire (VEC) dépend exclusivement du capital sodé total de l'organisme. Le sodium retient l'eau dans le secteur extracellulaire.
- L'évaluation du VEC est purement clinique :
- Déshydratation Extracellulaire (déficit en sel) : Pli cutané, hypotension orthostatique, tachycardie réflexe, perte de poids, sécheresse de la peau, veines jugulaires plates.
- Hyperhydratation Extracellulaire (excès de sel) : Œdèmes déclives blancs, mous, prenant le godet, ascite, turgescence jugulaire, reflux hépato-jugulaire, prise de poids rapide, HTA.
- Normovolémie / Euvolemie : Absence de pli cutané et absence d'œdèmes.
Conclusion fondamentale : Un patient peut être en hyponatrémie (hyperhydratation intracellulaire) tout en étant simultanément en déshydratation extracellulaire (ex: pertes de sel par vomissements), en hyperhydratation extracellulaire (ex: insuffisance cardiaque avec œdèmes) ou en euvolemie (ex: SIADH) !
2. Démarche Initiale : Vraie vs Fausse Hyponatrémie & Formule de Katz
Face à une natrémie mesurée inférieure à 135 mmol/L, la première démarche biologique indispensable consiste à calculer ou mesurer l'Osmolalité Plasmatique (Osm_p) afin d'éliminer les artefacts analytiques et les hyponatrémies de transfert osmotique.
A. Formules de l'Osmolalité Plasmatique & Tonicité Efficace
- Osmolalité Plasmatique Totale Mesurée (Osmomètre) : Normale : 285 à 295 mOsm/kg d'eau.
Formule calculée : Osm_p totale = (2 x [Na+ en mmol/L]) + [Glucose en mmol/L] + [Urée en mmol/L]. - Osmolalité Plasmatique Efficace (ou Tonicité) :
L'urée est une molécule de petite taille qui traverse librement et passivement la bicouche lipidique membranaire sans créer de gradient osmotique transmembranaire durable (osmolyte inefficace). Par conséquent, pour évaluer les mouvements d'eau entre les cellules et le plasma, on calcule la tonicité efficace :
Osmolalité Efficace = (2 x [Na+]) + [Glucose] (exprimés en mmol/L) (Normale : 280 à 290 mOsm/kg).
B. Les Trois Situations Osmolaires devant une Hyponatrémie
- 1. Hyponatrémie Isotonique (Osmolalité Normale 280 - 295 mOsm/kg) : FAUSSE HYPONATRÉMIE :
- Il s'agit d'un artefact de mesure de laboratoire (pseudo-hyponatrémie) survenant lorsque le dosage du sodium est réalisé par potentiométrie indirecte (dilution préalable de l'échantillon sanguin).
- Normalement, le plasma est composé de 93 % d'eau et de 7 % de phase solide non aqueuse (lipides et protéines). Le sodium n'est dissous que dans la phase aqueuse.
- En cas d'expansion massive de la phase solide non aqueuse, la concentration de sodium rapportée au volume total de plasma apparaît faussement basse, alors que la concentration réelle de sodium dissous dans l'eau plasmatique et l'osmolalité sont strictement normales !
- Causes principales : Hypertriglycéridémie majeure (> 15 à 20 g/L) créant un sérum lactescent, ou Hyperprotidémie massive (> 100 g/L) au cours d'un myélome multiple à IgG ou d'une maladie de Waldenström.
- Conduite : Aucun traitement du sodium. Le dosage par potentiométrie directe (sur gazométrie artérielle) rétablit instantanément la natrémie réelle normale.
- 2. Hyponatrémie Hypertonique (Osmolalité Élevée > 295 mOsm/kg) : HYPONATRÉMIE DE TRANSFERT :
- Résulte de la présence anormale dans le secteur extracellulaire d'un soluté osmotiquement actif qui ne pénètre pas librement dans les cellules. Ce soluté exerce un pouvoir osmotique d'appel d'eau : l'eau sort des cellules vers les vaisseaux, diluant le sodium plasmatique. Le patient est en déshydratation intracellulaire malgré l'hyponatrémie !
- L'Hyperglycémie Majeure du Diabète Décompensé (Cause la plus fréquente) :
Au cours de l'acidocétose diabétique ou du syndrome d'hyperosmolarité, chaque élévation de la glycémie attire l'eau et abaisse la natrémie mesurée.
FORMULE DE CORRECTION DE KATZ DE LA NATRÉMIE :
• Avec la glycémie en g/L : [Na+] corrigé = [Na+] mesuré + 1,6 x ([Glycémie en g/L] - 1).
• Avec la glycémie en mmol/L : [Na+] corrigé = [Na+] mesuré + 0,3 x ([Glycémie en mmol/L] - 5,5).
Exemple clinique type : Patient avec Na+ mesuré à 125 mmol/L et glycémie à 10 g/L (55 mmol/L). [Na+] corrigé = 125 + 1,6 x (10 - 1) = 125 + 14,4 = 139,4 mmol/L ! La natrémie réelle corrigée est normale : il ne faut surtout pas perfuser de sel ! - Autres causes : Perfusion de Mannitol hypertonique, résorption systémique massive de soluté d'irrigation au Glycocolle lors d'une résection transurétrale de prostate (RTUP) ou d'une hystéroscopie (syndrome de résection transurétrale associant hyponatrémie aiguë et troubles visuels/neurologiques transitoires induits par la toxicité du glycocolle).
- 3. Hyponatrémie Hypotonique (Osmolalité Efficace Basse < 280 mOsm/kg) : VRAIE HYPONATRÉMIE :
- C'est la seule qui traduit une véritable Hyperhydratation Intracellulaire (HIC) par excès d'eau pure relative par rapport au capital sodé. C'est elle qui nécessite l'arbre diagnostique basé sur le volume extracellulaire.
3. Arbre Diagnostique Étiologique selon le Volume Extracellulaire (VEC)
Dès lors que la vraie hyponatrémie hypotonique est affirmée (Osm_p < 280 mOsm/kg), la démarche diagnostique repose sur l'examen clinique de l'état du Volume Extracellulaire (VEC) complété par le dosage du Sodium Urinaire (Na_u) et de l'Osmolalité Urinaire (Osm_u) sur échantillon matinal.
A. Groupe 1 : Hyponatrémie avec Déshydratation Extracellulaire (VEC Diminué)
Traduit un déficit sodé prédominant associé à un déficit hydrique moindre (perte combinée d'eau et de sodium avec perte de sodium supérieure à la perte d'eau, ou réhydratation par eau pure après déshydratation aiguë). Clinique : pli cutané, hypotension artérielle orthostatique, tachycardie, hémoconcentration (hématocrite et protides élevés) et insuffisance rénale fonctionnelle pré-rénale (urée sérique proportionnellement plus élevée que la créatinine). L'analyse du Sodium Urinaire (Na_u) sépare deux origines :
- 1. Sodium Urinaire Bas (Na_u < 20 à 30 mmol/L) : Pertes Extra-Rénales :
- Le rein fonctionne physiologiquement de façon parfaite : face à l'hypovolémie, l'hyperaldostéronisme secondaire stimule la réabsorption tubulaire maximale de sodium pour tenter de sauver le volume plasmatique.
- Causes digestives majeures : Vomissements répétés incoercibles, diarrhées aiguës profuses, fistules digestives externes, abus de laxatifs.
- Troisième secteur liquidien aigu : Péritonite aiguë, pancréatite aiguë nécrotico-hémorragique, occlusion intestinale mécanique avec séquestration intraluminale de plusieurs litres de liquide digestif.
- Pertes cutanées : Brûlures étendues, sudation profuse chez le sportif ou lors de canicules sans apport sodé.
- 2. Sodium Urinaire Élevé (Na_u > 30 à 40 mmol/L) : Pertes Rénales de Sel :
- Le rein est le responsable direct de la perte anormale de sel malgré la déshydratation :
- Abus de Diurétiques Thiazidiques (Cause majeure chez la femme âgée) : Les thiazidiques inhibent le cotransporteur Na-Cl au niveau du tubule contourné distal (site cortical de dilution de l'urine), bloquant la capacité du rein à éliminer l'eau libre tout en forçant la natriurèse.
- Insuffisance Surrénalienne Aiguë Primitive (Maladie d'Addison) : Déficit complet en aldostérone (minéralocorticoïde) au niveau du canal collecteur. Le rein est incapable de réabsorber le sodium et incapable d'excréter le potassium : Hyponatrémie + HYPERKALIÉMIE + Hypotension artérielle + Mélanodermie. Urgence vitale imposant un dosage immédiat de cortisol/ACTH et l'injection d'Hémisuccinate d'Hydrocortisone !
- Néphropathies avec perte de sel : Néphropathies interstitielles chroniques avancées, syndrome de levée d'obstacle sans compensation.
- Syndrome de perte de sel cérébral (Cerebral Salt Wasting) : Survient lors d'hémorragies sous-arachnoïdiennes ou traumatismes crâniens, lié à une hypersécrétion centrale de peptide natriurétique BNP/ANP forçant une fuite sodée urinaire massive avec hypovolémie franche (à ne surtout pas confondre avec le SIADH où le VEC est normal !).
B. Groupe 2 : Hyponatrémie avec Hyperhydratation Extracellulaire (VEC Augmenté)
Traduit une rétention d'eau disproportionnellement plus importante que la rétention de sodium (excès du capital sodé et du capital hydrique, avec excès d'eau > excès de sel). Clinique : œdèmes périphériques bilatéraux prenant le godet, ascite, épanchements pleuraux, prise de poids, turgescence jugulaire :
- Mécanisme Physiopathologique Commun : La diminution critique du volume circulant artériel efficace (par défaillance de pompe cardiaque ou par vasodilatation splanchnique majeure) stimule puissamment les barorécepteurs carotidiens et aortiques. Cette stimulation déclenche une sécrétion non osmotique persistante d'Hormone Antidiurétique (ADH) et une activation massive du SRAA, forçant le rein à réabsorber avidement l'eau libre au niveau du tube collecteur via les aquaporines 2.
- Grandes Étiologies :
- Insuffisance Cardiaque Congestive Globale : Débit cardiaque effondré stimulant l'ADH. L'hyponatrémie est un puissant facteur prédictif indépendant de mortalité cardiovasculaire.
- Cirrhose Hépatique Décompensée avec Ascite : Vasodilatation artériolaire splanchnique massive créant un sous-remplissage artériel central majeur. Na_u classiquement < 10-20 mmol/L.
- Syndrome Néphrotique Sévère : En phase d'hypoalbuminémie profonde avec hypovolémie efficace.
- Insuffisance Rénale Aiguë ou Chronique Avancée (Oligo-anurique) : Par effondrement intrinsèque du pouvoir d'épuration de l'eau libre par les néphrons restants.
C. Groupe 3 : Hyponatrémie avec Volume Extracellulaire Normal (Euvolémique)
Le capital sodé total est normal, mais il existe un excès pur d'eau libre dans l'organisme. L'examen clinique ne retrouve ni signe de déshydratation, ni le moindre œdème :
- 1. Le SIADH (Syndrome de Sécrétion Inappropriée d'ADH) : De loin la cause la plus fréquente (> 80 % des hyponatrémies euvolémiques).
- 2. L'Hypothyroïdie Périphérique Profonde (Myxœdème) : Baisse du débit cardiaque et altération de la clairance de l'eau libre. TSH très élevée, T4L effondrée.
- 3. L'Insuffisance Corticotrope Secondaire (Déficit en ACTH / Cortisol) : Le cortisol exerce normalement un rétrocontrôle inhibiteur physiologique sur la sécrétion hypothalamique d'ADH et sur l'expression génique des aquaporines 2 rénales. En l'absence de cortisol, l'ADH est hypersécrétée de manière continue. Particularité capitale aux concours : Contrairement à l'insuffisance surrénalienne primitive, la sécrétion d'aldostérone est préservée (régulée par la rénine) : il n'y a donc NI déshydratation extracellulaire, NI hyperkaliémie, NI mélanodermie !
- 4. La Potomanie Psychogène (Polydipsie Primaire) :
- Ingestion compulsive et massive de quantités d'eau gigantesques (> 10 à 20 litres par jour), excédant la capacité maximale physiologique d'excrétion rénale d'eau libre (qui est d'environ 15 à 18 L/j chez un adulte consommant un régime normo-osmolaire de 600 à 900 mOsm/j).
- Signature biologique urinaire capitale : Le système hypothalamo-hypophysaire est parfaitement sain : l'ADH est totalement inhibée. Par conséquent, les urines sont DILUÉES AU MAXIMUM avec une osmolalité urinaire effondrée : Osm_u < 100 mOsm/kg et une densité urinaire < 1,003 !
- 5. Le Syndrome des Buveurs de Bière (« Beer Potomania ») & Syndrome « Tea and Toast » :
- Survient chez des alcooliques chroniques ne se nourrissant que de bière (riche en eau et glucides, mais totalement dépourvue de protéines et de sodium), ou chez des vieillards dénutris ne consommant que du thé et des biscottes.
- Leurs apports quotidiens en osmoles sont extrêmement réduits (< 150 à 200 mOsm/j au lieu des 800 habituels). Même avec une capacité de dilution maximale à 50 mOsm/kg, le volume maximal d'eau libre que le rein peut éliminer est limité à 200 / 50 = 4 litres par jour. Dès que la consommation liquidienne dépasse 3 à 4 L/j, une hyponatrémie sévère s'installe brutalement.
4. Le Syndrome de Sécrétion Inappropriée d'ADH (SIADH) : Critères & Étiologies
Le SIADH (ou syndrome de Schwartz-Bartter, décrit en 1957) est caractérisé par une libération autonome d'arginine-vasopressine (ADH) non régulée par l'osmolalité plasmatique ni par le volume intravasculaire, maintenant l'ouverture constitutive des canaux d'aquaporines 2 sur la membrane apicale des cellules du tubule collecteur rénal et réabsorbant continuellement de l'eau libre.
A. Critères Diagnostiques Consensus de Bartter et Schwartz
Le diagnostic de SIADH est un diagnostic d'élimination rigoureux qui exige la réunion obligatoire des six critères cardinaux suivants :
- 1. Vraie Hyponatrémie Hypotonique : Natrémie < 135 mmol/L et Osmolalité plasmatique efficace < 275 mOsm/kg.
- 2. Osmolalité Urinaire Inappropriée : Osm_u > 100 mOsm/kg (le plus souvent > 300-500 mOsm/kg). Le rein est incapable de diluer ses urines au maximum malgré l'hypo-osmolalité du sang (alors qu'en situation physiologique, Osm_u devrait s'effondrer < 100 mOsm/kg).
- 3. Volume Extracellulaire Cliniquement Normal (Euvolemie) : Absence stricte de signes d'hypovolémie (pas de pli cutané, pas d'hypotension orthostatique) et absence de signes de surcharge hydrosodée (pas d'œdèmes périphériques, pas d'ascite).
- 4. Natriurèse Conservée ou Élevée : Sodium urinaire (Na_u) > 30 mmol/L en présence d'apports sodés normaux (traduisant l'absence de stimulation du système rénine-aldostérone).
- 5. Élimination Formelle des Diagnostics Différentiels :
- Fonction surrénalienne normale (cortisolémie matinale normale éliminant une insuffisance corticotrope).
- Fonction thyroïdienne normale (TSH normale éliminant un myxœdème).
- Fonction rénale normale (DFG conservé).
- Absence de prise récente de diurétiques (particulièrement de thiazidiques).
- 6. Critères Biologiques Complémentaires Très Évocateurs :
- Hypo-uricémie franche (< 240 µmol/L / < 40 mg/L) par hyperfiltration de l'acide urique et baisse de sa réabsorption tubulaire sous l'effet de l'expansion volémique infraclinique.
- Urée plasmatique effondrée (< 3,5 mmol/L) par hémodilution et clairance accrue.
B. Étiologies Exhaustives du SIADH
L'enquête étiologique doit être menée avec acharnement, dominée par les causes néoplasiques, pulmonaires, neurologiques et médicamenteuses :
- 1. Causes Tumorales Malignes (Sécrétion Ectopique Paranéoplasique) :
- Carcinome Bronchique à Petites Cellules (CBPC) : Première cause paranéoplasique majeure (responsable de plus de 70 % des SIADH paranéoplasiques). Tout SIADH inexpliqué chez un sujet fumeur impose une radiographie et un scanner thoracique injecté !
- Cancers ORL épidermoïdes des voies aérodigestives supérieures, adénocarcinomes digestifs (estomac, pancréas, côlon), lymphomes malins, thymomes.
- 2. Affections Neurologiques & Cérébrales (Stimulation Centrale Hypothalamique) :
- Accidents Vasculaires Cérébraux (AVC ischémiques ou hémorragiques), traumatismes crâniens, hématomes sous-duraux ou extra-duraux.
- Infections du système nerveux central : méningites purulentes ou virales, méningo-encéphalites herpétiques, abcès cérébraux.
- Syndrome de Guillain-Barré, tumeurs cérébrales primitives ou métastatiques, thrombose veineuse cérébrale.
- 3. Affections Pulmonaires Non Néoplasiques :
- Pneumonies aiguës communautaires bactériennes (notamment Légionellose / Legionella pneumophila : association évocatrice pneumonie + hyponatrémie + troubles digestifs et neurologiques), tuberculose pulmonaire active, abcès du poumon, atélectasie massive, bronchopneumopathie chronique obstructive décompensée, ventilation mécanique invasive avec pression expiratoire positive (PEP).
- 4. Médicaments Inducteurs de SIADH (Causes Iatrogènes Fréquentes) :
- Psychotropes : Antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS : Fluoxétine, Citalopram, Paroxétine, Sertraline - très fréquents chez la personne âgée), antidépresseurs tricycliques, neuroleptiques / antipsychotiques (Halopéridol, Phénothiazines), antiépileptiques (Carbamazépine - Tégrétol et Oxcarbazépine qui augmentent la sensibilité du récepteur V2 à l'ADH).
- Anticancéreux : Cyclophosphamide (Endoxan) à fortes doses (sécrétion massive d'ADH associée à une hyperhydratation imposée pour prévenir la cystite hémorragique), Vincristine, Vinblastine, Cisplatine, Méthotrexate.
- Analogues Exogènes de la Vasopressine : Desmopressine (Minirin) prescrite pour l'énurésie nocturne de l'enfant ou le diabète insipide central, Terlipressine (hémorragie digestive sur varices œsophagiennes).
- Divers : AINS (qui inhibent les prostaglandines rénales antagonistes physiologiques de l'ADH), Opiacés (Morphine stimulant l'hypothalamus), Ecstasy (MDMA : stimulation centrale d'ADH couplée à une hyperhydratation comportementale massive en rave party provoquant des œdèmes cérébraux foudroyants mortels chez les jeunes !).
5. Urgence Neurologique : Œdème Cérébral, Hyponatrémie Aiguë vs Chronique
La symptomatologie clinique et la gravité vitale immédiate de l'hyponatrémie ne dépendent pas uniquement de la valeur absolue du chiffre de sodium, mais principalement de la vitesse d'installation de l'hypo-osmolalité et de la capacité d'adaptation osmotique du tissu cérébral.
A. Physiopathologie de l'Œdème Cérébral & Adaptation Osmotique Neuronale
La boîte crânienne inextensible constitue un espace clos à volume rigoureusement constant. Lorsque l'osmolalité plasmatique chute brutalement, l'eau libre est aspirée à travers la barrière hémato-encéphalique vers le parenchyme cérébral, déclenchant un œdème cérébral cytotoxique et vasogénique avec hypertension intracrânienne (HTIC) :
- Phase Aiguë (Installation en moins de 48 heures) : Les cellules gliales et neuronales n'ont pas le temps matériel d'évacuer leurs osmoles intracellulaires. L'eau s'accumule massivement dans les astrocytes et neurones : le cerveau gonfle, comprime les microvaisseaux cérébraux (ischémie), aboutissant à l'engagement cérébral temporal ou des amygdales cérébelleuses dans le trou occipital, source de compression du tronc cérébral et d'arrêt respiratoire irréversible.
- Phase Chronique (Installation progressive en plus de 48 heures) : Le cerveau met en jeu des mécanismes d'adaptation homéostasique remarquables :
- Dans les premières heures : expulsion rapide d'ions inorganiques (Potassium K+ et Chlore Cl-) vers le liquide céphalo-rachidien.
- Entre 24 et 48 heures : expulsion active d'osmoles organiques intracellulaires (osmolythes dits idiogéniques) : myo-inositol, taurine, glutamate, glutamine, bétaïne.
- Cette fuite d'osmoles abaisse l'osmolalité intracellulaire au niveau de celle du plasma dilué : le volume cérébral se normalise presque entièrement. Le patient devient pauci- ou asymptomatique malgré une natrémie parfois effondrée à 110-115 mmol/L. Revers tragique de la médaille : ces neurones appauvris en osmoles sont désormais dans un état de vulnérabilité extrême vis-à-vis d'une correction sodique trop rapide !
B. Classification Sémantique de Gravité selon les Directives Européennes & KDIGO
- 1. Symptômes Modérément Sévères :
- Nausées sans vomissements, céphalées pulsatiles diffuses, faiblesse musculaire généralisée, troubles de la marche et chutes à répétition (très fréquents chez le sujet âgé), ralentissement idéomoteur, troubles de l'attention et de la mémoire, désorientation temporo-spatiale modérée, confusion.
- 2. Symptômes Sévères (Urgence Réanimatoire Vitale Immédiate) :
- Vomissements répétés en jet (signe d'hypertension intracrânienne sévère).
- Crises convulsives généralisées ou état de mal épileptique fébrile/apyrétique.
- Altération profonde de la conscience : Somnolence majeure, stupeur, coma franc (Score de Glasgow < 8).
- Détresse respiratoire aiguë : Œdème pulmonaire non cardiogénique neurogénique induit par l'hypertension intracrânienne (syndrome d'Ayus).
- Signes d'engagement cérébral : mydriase unilatérale aréactive, posture de décérébration ou de décortication, bradycardie et hypertension artérielle (réflexe de Cushing), arrêt respiratoire.
6. Protocole de Correction par NaCl 3 % & Prévention de la Myélinolyse Centropontine
La prise en charge thérapeutique de l'hyponatrémie est un exercice de haute voltige médicale qui exige de concilier deux impératifs absolus antagonistes : secourir en extrême urgence le cerveau en train de gonfler (œdème cérébral) tout en évitant absolument de le déshydrater trop vite (myélinolyse centropontine).
A. Prise en Charge d'Urgence de l'Hyponatrémie avec Signes Neurologiques Sévères
En présence de symptômes neurologiques de détresse vitale (coma, convulsions, vomissements, somnolence profonde), le protocole international standardisé de perfusion de SÉRUM SALÉ HYPERTONIQUE À 3 % s'applique sans délai, que l'hyponatrémie soit aiguë ou chronique :
LE PROTOCOLE DES BOLUS DE NaCl 3 % (DIRECTIVES KDIGO / CONSENSUS EUROPÉEN) :
- Perfusion Immédiate d'un Bolus de NaCl 3 % : 150 mL perfusés en 20 minutes par voie intraveineuse (sur une voie veineuse périphérique ou centrale).
(Rappel de préparation si les poches de NaCl 3% ne sont pas prêtes : prélever 100 mL de Sérum Salé 0,9 % d'une poche de 500 mL et ajouter 6 ampoules de 10 mL de NaCl à 20 %, soit 12 g de NaCl). - Contrôle de la Natrémie à 20 minutes : Réaliser un ionogramme ou une gazométrie sanguine dès la fin des 20 minutes.
- Si les symptômes neurologiques sévères persistent : Répéter un second bolus de 150 mL de NaCl 3 % sur 20 minutes.
Un troisième bolus de 150 mL peut être administré si nécessaire (maximum 3 bolus consécutifs). - OBJECTIF D'ARRÊT DES BOLUS :
Le but exclusif de ces bolus est d'obtenir une élévation rapide de la natrémie de 4 à 5 mmol/L en 1 à 2 heures. Cette hausse modeste suffit physiologiquement à réduire le volume cérébral de 5 à 10 %, faisant cesser immédiatement les convulsions et levant l'engagement cérébral.
DÈS QUE LA NATRÉMIE A GRIMPÉ DE 5 mmol/L OU QUE LES SYMPTÔMES GRAVES ONT RÉGRESSÉ : ARRÊTER DÉFINITIVEMENT LE NaCl 3 % !
B. LA RÈGLE D'OR DE SÉCURITÉ : Vitesse Maximale de Correction & Prévention de la CPM
Une fois l'urgence immédiate jugulée, ou d'emblée chez le patient porteur d'une hyponatrémie chronique sans signe neurologique sévère, une règle de limitation stricte de la vitesse de remontée du sodium s'impose de façon absolue :
- Limite Maximale Universelle : NE JAMAIS DÉPASSER UNE ÉLÉVATION DE 8 À 10 mmol/L PAR 24 HEURES (et pas plus de 18 mmol/L au cours des 48 premières heures).
- Chez les Patients à Très Haut Risque de Démyélinisation Osmotique :
- Populations cibles : Éthyliques chroniques dénutris, états de malnutrition avancée, cirrhose hépatique terminale, hypokaliémie sévère associée, natrémie basale extrêmement basse (< 105 mmol/L).
- Seuil de sécurité renforcé : Limiter impérativement la hausse à un MAXIMUM DE 6 À 8 mmol/L PAR 24 HEURES !
C. La Myélinolyse Centropontine (Syndrome de Démyélinisation Osmotique - SDO)
- Physiopathologie de la Catastrophe : Dans l'hyponatrémie chronique, les cellules cérébrales ont expulsé leurs osmoles protectrices pour équilibrer la tonicité. Si le clinicien perfuse du sel trop rapidement, le plasma devient brutalement hypertonique par rapport aux neurones dénudés. L'eau fuit violemment des cellules cérébrales vers les capillaires : les oligodendrocytes de la substance blanche se ratatinent, se détachent des axones et subissent une apoptose massive avec démyélinisation étendue, prédominant dans la région centrale du pont (protubérance annulaire) et dans les structures extrapontines (thalamus, noyaux gris centraux).
- Clinique Redoutable & Intervalle Libre Trompeur :
- La correction initiale de la natrémie semble d'abord réussir : le patient se réveille et se sent mieux.
- Puis, après un intervalle libre trompeur de 2 à 6 jours survient l'effondrement neurologique brutal irréversible :
- Paralysie pseudobulbaire avec mutisme, dysphagie sévère et paralysie de la déglutition.
- Tétraplégie flasque puis spastique par atteinte bilatérale des faisceaux pyramidaux pontiques.
- Le Locked-In Syndrome (Syndrome de déafférentation motrice totale) : Le patient est parfaitement conscient, éveillé et sensible, mais totalement emmuré dans son corps paralysé, ne pouvant communiquer que par les clignements des paupières et les mouvements oculaires verticaux !
- Le pronostic est catastrophique : décès ou séquelles neurologiques majeures définitives dans plus de 70 % des cas. L'IRM cérébrale montre un hypersignal en T2 et FLAIR en forme de trident au niveau du pont.
- Que Faire en Cas de Surcorrection Accidentelle (> 8-10 mmol/L/24h) ? :
- Il s'agit d'une urgence médicale extrême. Il faut RÉABAISSER LA NATRÉMIE DANS LA ZONE DE SÉCURITÉ sans attendre :
- Arrêt immédiat de toute perfusion sodée ou traitement actif.
- Perfusion intraveineuse de soluté hypotonique sans sodium : Sérum Glucosé à 5 % (G5 %) à raison de 10 mL/kg en perfusion rapide sur 2 heures.
- Injection sous-cutanée ou intraveineuse d'un analogue de l'ADH : Desmopressine (Minirin) 1 à 2 µg toutes les 8 heures pour bloquer la débâcle urinaire d'eau libre et forcer le rein à réabsorber l'eau afin de stabiliser ou réabaisser la natrémie.
7. Traitements Étiologiques Spécifiques : Restriction Hydrique, NaCl & Vaptans
En l'absence de signes de détresse neurologique aiguë imposant les bolus de NaCl 3 %, la stratégie thérapeutique de fond est strictement gouvernée par l'étiologie et l'état du volume extracellulaire.
A. Hyponatrémie avec Déshydratation Extracellulaire (VEC Diminué)
- Traitement de Référence : Réexpansion Volémique par Sérum Salé Isotonique (NaCl 0,9 %) :
- Posologie : 0,5 à 1,0 mL/kg/heure en perfusion intraveineuse continue.
- Phénomène d'accélération brutale de la natrémie (Danger !) : Dès que la volémie efficace est restaurée par le NaCl 0,9 %, le stimulus baroréflexe de sécrétion d'ADH s'éteint brutalement. L'ADH s'effondre en quelques minutes, déclenchant une débâcle urinaire spontanée d'eau libre (polyurie aqueuse) qui peut faire monter la natrémie de 15 à 20 mmol/L en quelques heures ! Surveillance horaire de la diurèse et de la natrémie toutes les 4 heures obligatoire.
- Si Insuffisance Surrénalienne Aiguë : Traitement substitutif d'extrême urgence par Hémisuccinate d'Hydrocortisone (100 mg IVD puis 100 mg toutes les 6h ou 300 mg/24h au PSE) associé à une réhydratation sodée massive par NaCl 0,9 % (apportant le sodium et corrigeant l'hyperkaliémie).
B. Hyponatrémie avec Hyperhydratation Extracellulaire (VEC Augmenté)
- Le capital sodé étant déjà en excès dans l'organisme, l'administration de sel est formellement proscrite (elle aggraverait dramatiquement les œdèmes et le risque d'OAP).
- 1. Restriction Hydrique Stricte : Limitation de l'apport hydrique global (boissons, soupes, perfusions) à 500 à 750 mL par 24 heures.
- 2. Régime Désodé : Restriction sodée (< 2-4 g sel/j) pour freiner l'expansion des œdèmes.
- 3. Diurétiques de l'anse (Furosémide) : Permettent d'éliminer conjointement du sel et de l'eau (l'urine excrétée sous diurétiques de l'anse est hypotonique par rapport au plasma, entraînant une perte nette d'eau libre supérieure à la perte de sel).
- Optimisation du traitement de fond de la cardiopathie ou de la cirrhose décompensée.
C. Hyponatrémie Euvolémique du SIADH
- 1ère Ligne Fondamentale : La Restriction Hydrique Stricte :
- Limitation des apports hydriques à 500 à 1 000 mL par jour selon le niveau de la natrémie. C'est le traitement étiopathogénique de base, lent mais efficace (gain de 1 à 2 mmol/L par jour).
- Arrêt immédiat de tout médicament potentiellement inducteur de SIADH (ISRS, carbamazépine, etc.). Traitement étiologique de la cause pulmonaire ou néoplasique.
- 2e Ligne en Cas d'Échec ou d'Incapacité de Restriction Hydrique :
- Apport d'Osmoles par Urée Orale (15 à 30 g/jour) : Poudre d'urée dissoute dans du jus d'orange (goût amer). L'urée non réabsorbée au pôle distal entraîne une diurèse osmotique pure éliminant l'eau libre sans forcer l'excrétion sodée. Remarquablement sûre, elle protège physiologiquement le cerveau contre la démyélinisation osmotique !
- Association Chlorure de Sodium Oral (Gélules de NaCl 1 à 3 g x 3/j) + Furosémide à faible dose (20-40 mg/j) : Le furosémide inhibe la capacité de concentration médullaire de l'anse de Henle tandis que les gélules de sel compensent les pertes sodées, générant une clairance d'eau libre positive.
- Place des Antagonistes V2 de la Vasopressine (Vaptans : Tolvaptan) : Bloquent sélectivement le récepteur V2 de l'ADH au niveau du tubule collecteur, induisant une aquarèse pure. Avertissement majeur : Déconseillés par les sociétés savantes européennes et françaises en raison d'un risque élevé d'accélération brutale incontrôlable de la natrémie (surcorrection) et d'hépatotoxicité.
8. L'Hypernatrémie (> 145 mmol/L) : Déshydratation Intracellulaire & Diabète Insipide
L'hypernatrémie, définie par une concentration sérique de sodium > 145 mmol/L, est un désordre toujours hypertonique traduisant un déficit absolu ou relatif en eau pure par rapport au capital sodé : elle est strictement synonyme de DÉSHYDRATATION INTRACELLULAIRE (DIC).
A. La Défense Physiologique Infaillible : La Soif
Toute élévation de l'osmolalité plasmatique de seulement 1 à 2 % stimule instantanément les osmorécepteurs hypothalamiques centraux, déclenchant deux réponses protectrices : la sécrétion maximale d'ADH par la post-hypophyse (qui concentre les urines jusqu'à 1 200 mOsm/kg) et une soif impérieuse incoercible qui force l'individu à boire. Conséquence clinique majeure : Une hypernatrémie ne survient JAMAIS chez un sujet conscient qui a un accès libre à l'eau potable ! Elle frappe quasi-exclusivement les personnes dépendantes d'un tiers pour boire : nourrissons, personnes âgées dépendantes alitées en EHPAD, comateux, traumatisés crâniens avec abolition de la soif (adipsie).
B. Étiologies de l'Hypernatrémie
- 1. Pertes d'Eau Pures ou Hypotoniques Rénales : Le Diabète Insipide :
- Caractérisé par une polyurie massive (> 3 à 10 litres par jour) composée d'urines hypotoniques très claires (Osm_u < 300 mOsm/kg).
- Diabète Insipide Central (Déficit de synthèse ou sécrétion d'ADH) : Traumatisme crânien avec fracture de la base du crâne, chirurgie hypophysaire transsphénoïdale, adénome hypophysaire, méningo-encéphalite, granulomatoses (sarcoïdose, histiocytose). Diagnostic confirmé par l'épreuve de restriction hydrique montrant une concentration urinaire spectaculaire après injection de Desmopressine (Minirin). Traitement substitutif à vie par Minirin par voie nasale ou orale.
- Diabète Insipide Néphrogénique (Résistance rénale à l'action de l'ADH) : Congénital (mutation du récepteur V2 lié à l'X ou de l'aquaporine 2), hypokaliémie sévère chronique, hypercalcémie maligne, ou iatrogène majeur induit par le Lithium (Téralithe) utilisé dans les troubles bipolaires. Pas de réponse à la desmopressine. Traitement : arrêt du lithium, régime pauvre en sel et diurétiques thiazidiques (qui induisent une hypovolémie paradoxalement bénéfique stimulant la réabsorption proximale d'eau).
- 2. Pertes d'Eau Rénales par Diurèse Osmotique : Présence de solutés osmotiques non réabsorbés dans l'urine attirant l'eau : Syndrome d'hyperosmolarité hyperglycémique du diabète, perfusion de Mannitol, levée d'obstacle urinaire.
- 3. Pertes d'Eau Extra-Rénales : Cutanées (coups de chaleur, brûlures, fièvre avec sueurs profuses en ambiance tropicale) ou respiratoires (polypnée prolongée).
- 4. Apport Massif Exogène de Sodium (Iatrogène) : Perfusion de solutés hypertoniques de Bicarbonate de sodium à 8,4 % ou de NaCl 3 % lors d'arrêts cardiaques ou d'acidose lactique massive.
C. Manifestations Cliniques & Prise en Charge de l'Hypernatrémie
- Clinique de la Déshydratation Intracellulaire : Soif intense (si conscient), sécheresse extrême des muqueuses (face interne des joues sèche, langue rôtie), perte de poids, troubles de conscience (agitation, somnolence, coma), fièvre inexpliquée d'origine centrale. Risque de rupture des veines ponts corticales et hématome sous-dural par rétraction mécanique du parenchyme cérébral.
- Modalités de Réhydratation Thérapeutique :
- Voie privilégiée : Boissons abondantes par voie orale ou par sonde nasogastrique dès que possible (eau pure).
- Voie intraveineuse : Perfusion de Sérum Glucosé à 5 % (G5 %) sans sodium (le glucose est immédiatement métabolisé dans l'organisme, ce qui équivaut à perfuser de l'eau pure stérile dans les veines). En cas de collapsus hémodynamique associé, débuter d'abord par du NaCl 0,9 % pour restaurer la pression artérielle avant d'administrer l'eau libre.
- VITESSE DE CORRECTION MAXIMALE : Ne jamais abaisser la natrémie de plus de 10 mmol/L par 24 heures (et pas plus de 0,5 mmol/L/heure). Une baisse trop rapide du sodium plasmatique provoquerait un transfert massif d'eau vers les neurones cérébraux surchargés d'osmoles, déclenchant un œdème cérébral iatrogène convulsif mortel !
9. Perles EDN, Pièges Classiques aux Concours & Arbre Décisionnel
Cette section synthétise les pièges éliminatoires récurrents, les formules incontournables et l'algorithme d'urgence pour réussir tous les dossiers de dysnatrémies aux EDN / ECNi et en réanimation.
A. Les 10 Commandements & Pièges Critiques des Dysnatrémies
- La natrémie reflète l'hydratation intracellulaire, pas le capital sodé : Hyponatrémie = Hyperhydratation intracellulaire (eau dans les cellules). Hypernatrémie = Déshydratation intracellulaire (cellules ratatinées). L'état du capital sodé est donné par la clinique du volume extracellulaire (VEC).
- Toujours corriger la natrémie en cas d'hyperglycémie (Formule de Katz) : [Na+] corrigé = [Na+] mesuré + 1,6 x (Glycémie en g/L - 1). Ne jamais traiter une hyponatrémie hyperglycémique sans avoir calculé la natrémie corrigée !
- Bolus de NaCl 3 % d'extrême urgence si signes neurologiques sévères : Coma, convulsions, vomissements répétés = 150 mL de NaCl 3 % en 20 min, renouvelable jusqu'à hausse de 5 mmol/L.
- Vitesse maximale de correction dans l'hyponatrémie chronique : 8 à 10 mmol/L/24h : Risque de Myélinolyse Centropontine (locked-in syndrome et tétraplégie) irréversible survenant après 2 à 6 jours d'intervalle libre trompeur !
- Surcorrection accidentelle : Minirin et Glucosé 5 % : Si le sodium monte trop vite, injecter de la desmopressine et perfuser du G5 % pour réabaisser la natrémie.
- Le SIADH a une natriurèse ÉLEVÉE (> 30 mmol/L) : Contrairement à la déshydratation où le rein retient le sel (Na_u < 20). De plus, l'acide urique et l'urée sont basses dans le SIADH.
- Insuffisance surrénalienne aiguë = NaU élevé + HYPERKALIÉMIE : Si hyponatrémie + déshydratation + potassium élevé + hypotension = Maladie d'Addison jusqu'à preuve du contraire (Hydrocortisone d'urgence).
- Carcinome bronchique à petites cellules et SIADH : Tout SIADH chez un fumeur impose un scanner thoracique.
- Potomanie : urines hypotoniques < 100 mOsm/kg : Si l'osmolalité urinaire est > 100 dans une hyponatrémie euvolémique, ce n'est PAS une potomanie : c'est un SIADH !
- Vitesse de correction de l'hypernatrémie : < 10 mmol/L/24h : Pour éviter l'œdème cérébral réactionnel induit par la baisse trop rapide du sodium.
B. Algorithme Décisionnel Synthétique d'Urgence
PATIENT PRÉSENTANT UNE HYPONATRÉMIE (Na+ < 135 mmol/L) :
- 1. SIGNES NEUROLOGIQUES GRAVES (Coma, Convulsions, Vomissements en jet) ?
- OUI : URGENCE VITALE IMMÉDIATE :
→ Bolus de NaCl 3 % : 150 mL IV sur 20 minutes (répéter si besoin jusqu'à hausse de 5 mmol/L). Stopper dès amélioration. Limite ≤ 10 mmol/L/24h.
- OUI : URGENCE VITALE IMMÉDIATE :
- 2. ÉVALUATION DE L'OSMOLALITÉ PLASMATIQUE :
- Osm_p normale (280-295 mOsm/kg) → Fausse hyponatrémie (Myélome avec hyperprotidémie > 100 g/L, hypertriglycéridémie majeure).
- Osm_p élevée (> 295 mOsm/kg) → Hyponatrémie de transfert : Diabète décompensé (appliquer la formule de Katz), Mannitol, Glycocolle.
- Osm_p basse (< 280 mOsm/kg) → VRAIE HYPONATRÉMIE HYPOTONIQUE. Passer à l'étape 3.
- 3. ÉVALUATION CLINIQUE DU VOLUME EXTRACELLULAIRE (VEC) :
- VEC Diminué (Pli cutané, hypotension, perte de poids) :
- Na_u < 20-30 mmol/L → Pertes digestives (vomissements, diarrhées) ou cutanées. Ttt : NaCl 0,9 %.
- Na_u > 30-40 mmol/L → Pertes rénales : Diurétiques thiazidiques, Insuffisance surrénalienne aiguë (Addison, K+ élevé), perte de sel cérébrale.
- VEC Augmenté (Œdèmes, ascite, turgescence jugulaire) :
- Insuffisance cardiaque congestive, Cirrhose avec ascite, Syndrome néphrotique.
- Ttt : Restriction hydrique (< 500-750 mL/j) + Régime sans sel + Furosémide.
- VEC Normal (Cliniquement euvolémique, pas de pli, pas d'œdèmes) :
- Osm_u < 100 mOsm/kg → Potomanie psychogène, buveurs de bière.
- Osm_u > 100 mOsm/kg et Na_u > 30 mmol/L → SIADH (rechercher cancer bronchique CBPC, cause neurologique, médicament ISRS/carbamazépine) ou Insuffisance corticotrope / Hypothyroïdie.
- Ttt : Restriction hydrique (500-1000 mL/j) ± Urée orale ou gélules de NaCl + Furosémide.
- VEC Diminué (Pli cutané, hypotension, perte de poids) :
- 4. VIGILANCE ABSOLUE : Vitesse de correction ≤ 8-10 mmol/L/24h pour prévenir la myélinolyse centropontine.
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