1. Définition Formelle (Critère des 3 Mois) & Marqueurs d'Atteinte Rénale
La Maladie Rénale Chronique (MRC) (ou Chronic Kidney Disease - CKD) est définie selon le consensus international réactualisé KDIGO 2024 comme l'existence d'anomalies de la structure ou de la fonction rénale présentes depuis AU MOINS 3 MOIS CONSECUTIFS, avec des répercussions directes ou potentielles sur la santé du patient.
A. La Règle Incontournable des 3 Mois
Le critère de chronicité est la pierre angulaire du diagnostic. Une dégradation de la fonction rénale ou une anomalie biologique documentée sur un seul examen isolé ne permet en aucun cas d'affirmer une MRC : il est strictement obligatoire d'attester de la persistance des anomalies sur au moins deux examens espacés d'au moins 3 mois pour éliminer une insuffisance rénale aiguë (IRA) réversible ou un épisode transitoire d'albuminurie fonctionnelle (survenant après un effort physique intense, un pic hypertensif ou un état fébrile aigu).
B. Les Critères Diagnostiques KDIGO (Au Moins Un Requis)
Le diagnostic de MRC est retenu dès lors que le patient présente, de façon persistante pendant ≥ 3 mois :
- Soit un Débit de Filtration Glomérulaire estimé (DFGe) < 60 mL/min/1,73 m² (même en l'absence totale de tout marqueur d'atteinte rénale associé).
- Soit la présence d'AU MOINS UN Marqueur d'Atteinte Rénale (quelle que soit la valeur du DFG, y compris si le DFG est strictement normal ou supérieur à 90 mL/min/1,73 m²) parmi la liste suivante :
- 1. Albuminurie augmentée de façon persistante : Définie par un rapport Albuminurie / Créatininurie urinaire (RAC ou ACR) ≥ 30 mg/g (ou ≥ 3,0 mg/mmol) sur échantillon d'urines du matin, ou un débit d'excrétion urinaire d'albumine ≥ 30 mg/24 heures.
- 2. Anomalies persistantes du sédiment urinaire : Présence d'une hématurie microscopique d'origine glomérulaire (définie par la présence d'hématies déformées/dysmorphes, d'acanthocytes ou de cylindres hématiques hautement spécifiques au culot urinaire), d'une leucocyturie aseptique chronique (en dehors de toute infection urinaire bactérienne active) ou de cylindres granuleux pathologiques.
- 3. Anomalies électrolytiques et fonctionnelles d'origine tubulaire : Troubles de concentration ou d'acidification urinaire, syndrome de Fanconi (glycosurie normoglycémique, amino-acidurie, fuite rénale de phosphates et d'acide urique), acidoses tubulaires rénales proximales ou distales, syndrome de perte de sel rénale ou diabète insipide néphrogénique chronique.
- 4. Anomalies histologiques documentées par la biopsie rénale : Mise en évidence sur une Ponction-Biopsie Rénale (PBR) antérieure de lésions glomérulaires (dépôts d'IgA, sclérose, dépôts immuns), vasculaires (néphroangiosclérose) ou tubulo-interstitielles chroniques.
- 5. Anomalies structurales décelées à l'imagerie morphologique rénale : Découverte à l'échographie, au scanner ou à l'IRM de reins polykystiques (PKRAD), d'une asymétrie rénale majeure avec atrophie unilatérale, de cicatrices parenchymateuses corticales de pyélonéphrite chronique avec encoches, d'une néphrocalcinose médullaire diffuse, de sténoses de l'artère rénale ou de petits reins symétriques scléreux (< 9-10 cm).
- 6. Antécédent de transplantation rénale : Par convention internationale KDIGO, tout patient porteur d'un greffon rénal est classé d'office comme atteint de MRC, quel que soit son niveau de fonction rénale et même si son DFGe est > 90 mL/min/1,73 m² sans albuminurie, en raison des lésions histologiques chroniques universellement présentes sur le greffon (toxicité des anticalcineurines, rejet infraclinique).