1. Introduction, Épidémiologie & Fardeau Mondial de l'Hypertension
L'Hypertension Artérielle (HTA) est définie sur le plan épidémiologique et clinique comme le niveau de pression artérielle à partir duquel les bénéfices d'une intervention thérapeutique (modifications du mode de vie et pharmacothérapie) l'emportent clairement sur les risques et les coûts de cette prise en charge. Elle représente la maladie chronique la plus prévalente à l'échelle mondiale, concernant plus de 1,3 milliard d'individus, dont environ 17 millions en France et un adulte sur trois dans les pays industrialisés comme émergents.
Sur le plan pronostique, l'HTA est le premier facteur de risque de mortalité prématurée évitable dans le monde. Elle est directement responsable de :
- 54 % des accidents vasculaires cérébraux (AVC), qu'ils soient ischémiques (par athérothrombose ou lipohyalinose des petites artères perforantes cérébrales) ou hémorragiques (rupture d'anévrisme de Charcot et Bouchard) ;
- 47 % des cardiopathies ischémiques (angor stable, syndrome coronarien aigu, infarctus du myocarde) par accélération majeure de l'athérogenèse coronaire ;
- L'insuffisance cardiaque, qu'elle soit à fraction d'éjection préservée (HFpEF, secondaire à l'hypertrophie ventriculaire gauche concentrique et aux anomalies sévères de la relaxation diastolique) ou à fraction d'éjection altérée (HFrEF, après remodelage dilaté excentrique ou ischémie surajoutée) ;
- La maladie rénale chronique, l'HTA étant la deuxième cause d'insuffisance rénale terminale nécessitant dialyse ou transplantation rénale (néphroangiosclérose bénigne ou maligne) après le diabète sucré ;
- Les troubles cognitifs vasculaires et la démence vasculaire, ainsi que l'aggravation de la maladie d'Alzheimer par leucoaraïose diffuse et micro-infarctus silencieux.
La relation entre la pression artérielle et le risque d'événements cardiovasculaires majeurs (MACE) est linéaire, continue et indépendante, sans seuil inférieur identifiable dès 115/75 mmHg. Pour chaque élévation de 20 mmHg de la pression artérielle systolique (PAS) ou de 10 mmHg de la pression artérielle diastolique (PAD), le risque d'accident vasculaire cérébral et d'accident coronarien mortel double entre 40 et 69 ans. Inversement, une baisse de seulement 10 mmHg de PAS ou 5 mmHg de PAD réduit le risque relatif d'AVC de 35 à 40 %, les événements coronariens majeurs de 20 à 25 % et l'insuffisance cardiaque de 50 %.