ClinidexiaQCM & Cas Cliniques
Gastro-EntérologieItem Fondamental Incontournable du Résidanat & ECNi

Cirrhose Hépatique & Complications Sévères

Hypertension Portale, Rupture de Varices, Ascite, ISLA & Scores de Child-Pugh / MELD (Directives EASL)

Dr. Soraya Ziane & Pr. Tarik Djelloul (Comité Pédagogique d'Hépato-Gastroentérologie Clinidexia) 48 min de lecture Mis à jour le 2026-03-01
Résumé de la fiche
La cirrhose hépatique représente le stade ultime commun d'évolution de l'ensemble des hépatopathies chroniques nécrosantes et inflammatoires. Elle est définie histologiquement par une désorganisation architecturale diffuse du foie associant une fibrose mutilante annulaire et des nodules hépatocytaires de régénération anormaux. Ses conséquences physiopathologiques s'articulent autour de deux syndromes majeurs : l'insuffisance hépatocellulaire et l'hypertension portale (gradient porto-cave > 10 mmHg). L'histoire naturelle de la maladie bascule lors du passage du stade de cirrhose compensée (survie médiane > 12 ans) au stade de cirrhose décompensée (survie médiane < 2 ans), marquée par l'émergence de complications aiguës menaçant le pronostic vital : ascite et infection spontanée du liquide d'ascite (ISLA), hémorragie digestive par rupture de varices œsophagiennes, encéphalopathie hépatique, syndrome hépato-rénal et cancérisation en carcinome hépatocellulaire (CHC). La stratification pronostique repose sur les scores de Child-Pugh et MELD, guidant les indications de transplantation hépatique.
Sommaire du coursSection 1 sur 7
Section 1 sur 7

1. Définition Histologique, Épidémiologie & Étiologies Complètes

La cirrhose hépatique est une entité anatomoclinique définie histologiquement par une altération diffuse et irréversible de l'architecture hépatique, caractérisée par la triade lésionnelle fondamentale :

  1. Nécrose hépatocytaire chronique : destruction continue des travées d'hépatocytes par un agent pathogène toxique, viral, métabolique ou immunologique persistant.
  2. Fibrose mutilante extensive : synthèse excessive et accumulation désordonnée de collagène de type I et III par les cellules étoilées périsinusoïdales hépatiques (cellules de Ito activées sous l'effet du TGF-β), formant d'épais septas fibreux cicatriciels reliant les espaces portes entre eux et les espaces portes aux veines centrolobulaires (fibrose annulaire centro-porte et porto-porte).
  3. Nodules de régénération anormaux : îlots circulaires d'hépatocytes en prolifération clonale anarchique, privés de toute vascularisation sinusoïdale physiologique normale, dénués de veine centrolobulaire fonctionnelle.

Épidémiologie et Fardeau Sanitaire :
La cirrhose est responsable de plus de 1,3 million de décès annuels à l'échelle mondiale. Elle représente la 11ème cause de mortalité globale chez l'adulte. En Europe et dans les pays du Maghreb, son épidémiologie subit une mutation profonde : si les causes alcooliques et virales (VHB, VHC) demeurent fréquentes, la stéatohépatite métabolique liée au diabète de type 2 et à l'obésité (MASH) connaît une ascension fulgurante, devenant la première cause émergente d'indication de greffe hépatique.

Étiologies Exhaustives de la Cirrhose Hépatique :

  • 1. Consommation Chronique Excessive d'Alcool (Hépatopathie Alcoolique - 50 à 60 % en Occident) :
    • Risque proportionnel à la dose cumulée ingérée : seuil toxique > 20 à 30 g d'alcool pur par jour chez la femme et > 30 à 40 g/jour chez l'homme pendant plus de 10 à 15 ans.
    • Séquence histologique : Stéatose macro-vésiculaire réversible -> Stéato-hépatite alcoolique (infiltrat à PNN, nécrose ballonisante, corps de Mallory-Denk) -> Fibrose péricellulaire « en grillage à poule » -> Cirrhose micronodulaire (nodules < 3 mm).
    • Marqueurs biologiques évocateurs : rapport ASAT/ALAT > 2 (élévation prédominante des ASAT), gamma-GT très augmentées, macrocytose érythrocytaire (VGM > 100 fL sans anémie) et transferrine carboxy-déficiente (CDT) élevée.
  • 2. Hépatites Virales B, C et D Chroniques (25 à 30 %) :
    • Virus de l'Hépatite B (VHB) : transmission parentérale, sexuelle et verticale périnatale majeure. Présence de l'antigène HBs depuis plus de 6 mois. Risque de cirrhose chez 15 à 25 % des porteurs chroniques avec charge virale ADN-VHB élevée. La co-infection ou surinfection par le Virus Delta (VHD) accélère de façon fulgurante la progression vers la cirrhose décompensée.
    • Virus de l'Hépatite C (VHC) : transmission sanguine parentérale prédominante. Évolution vers la chronicité dans 70 à 80 % des cas, conduisant à la cirrhose chez 20 à 30 % des patients après 20 à 30 ans d'infection silencieuse. Révolution des antiviraux à action directe (AAD : Sofosbuvir, Velpatasvir) assurant la guérison virologique (RVS > 98 %) mais sans éliminer totalement le risque de carcinome hépatocellulaire si la cirrhose est déjà constituée.
  • 3. Stéatopathie Métabolique / Stéatohépatite Associée à une Dysfonction Métabolique (MASLD / MASH - ex-NASH) :
    • Liée à l'insulinorésistance, au diabète de type 2, à l'obésité viscérale et à la dyslipidémie athérogène. Accumulation hépatique de lipides toxiques induisant stress oxydatif, inflammation hépatocytaire et fibrose progressive. Première cause de cirrhose dite historiquement « cryptogénique ».
  • 4. Maladies Cholestatiques Chroniques Auto-Immunes :
    • Cholangite Biliaire Primitive (CBP) : destruction auto-immune chronique progressive des petits canaux biliaires interlobulaires intrahépatiques. Touche préférentiellement la femme d'âge moyen (40-60 ans). Clinique : prurit précoce féroce, asthénie, ictère tardif, xanthomes et xanthélasmas. Biologie : cholestase anictérique (PAL et GGT élevées) et anticorps anti-mitochondries de type M2 (AAM) positifs à titre élevé (> 1/40) chez plus de 95 % des patientes. Traitement de fond : Acide Ursodésoxycholique (AUDC).
    • Cholangite Sclérosante Primitive (CSP) : inflammation et fibrose oblitérante concentrique (« en bulbes d'oignon ») des voies biliaires intra- et extra-hépatiques. Touche l'homme jeune (sexe-ratio 2:1), associée dans 70 à 80 % des cas à une Maladie Inflammatoire Chronique de l'Intestin (Rectocolite Hémorragique RCH). Cholangio-IRM : alternance de sténoses et dilatations étagées caractéristiques « en chapelet ». Risque colossal de transformation en cholangiocarcinome.
  • 5. Hépatite Auto-Immune (HAI) :
    • Prédominance féminine nette, terrain HLA-DR3/DR4.
    • Biologie : hypergammaglobulinémie polyclonale majeure (> 20-30 g/L) prédominant sur les IgG, cytolyse chronique (transaminases 5 à 20x la normale), et auto-anticorps circulants : anti-muscle lisse de spécificité anti-actine et anti-nucléaires (HAI type 1), ou anti-LKM1 et anti-LC1 (HAI type 2 chez l'enfant). Traitement : corticothérapie par Prednisone et Azathioprine.
  • 6. Maladies Métaboliques et Génétiques Héréditaires :
    • Hémochromatose Génétique Primitive de type 1 : mutation homozygote C282Y du gène HFE sur le chromosome 6p. Déficit de synthèse d'hepcidine entraînant une hyperabsorption digestive continue de fer. Se traduit par une ferritinémie > 1000 μg/L, un CST saturé > 45-50 %, et la triade classique tardive : mélanodermie « teint bronzé », diabète sucré « diabète bronzé » et cirrhose hépatique.
    • Maladie de Wilson : mutation autosomique récessive du transporteur de cuivre ATP7B sur le chromosome 13. Accumulation toxique de cuivre dans le foie et les noyaux gris centraux. Diagnostic : céruléoplasmine sérique effondrée (< 0,20 g/L), cuprurie des 24h élevée (> 100 μg/24h), présence à l'examen à la lampe à fente de l'anneau péricornéen brun-verdâtre de Kayser-Fleischer, et manifestations neurologiques extrapyramidales (tremblement de repos et d'attitude, dysarthrie, dystonie).
    • Déficit en Alpha-1-Antitrypsine : mutation du gène SERPINA1 (phénotype homozygote PiZZ), accumulant des polymères d'alpha-1-antitrypsine anormaux dans les hépatocytes (inclusions cytoplasmiques PAS-positives diastase-résistantes) associée à un emphysème pulmonaire pan-lobulaire précoce chez l'adulte jeune non fumeur.
  • 7. Maladies Vasculaires Hépatiques :
    • Syndrome de Budd-Chiari : obstruction thrombotique des grosses veines sus-hépatiques ou de la veine cave inférieure sus-hépatique, le plus souvent secondaire à un syndrome myéloprolifératif occulte (mutation JAK2 V617F) ou à une thrombophilie constitutionnelle. Se traduit par une hépatomégalie douloureuse aiguë, une ascite réfractaire précoce et une atrophie des lobes hépatiques périphériques avec hypertrophie compensatrice majeure du segment I (lobe de Spigel).
La cirrhose associe nécrose, fibrose annulaire et nodules de régénération. Ses causes maîtresses sont l'alcool, les virus B/C et la MASH métabolique. Toujours traquer les causes curables : hémochromatose (CST > 45 %), Wilson (cuivre, Kayser-Fleischer), CBP (anti-mitochondries M2) et Budd-Chiari.
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