1. Définition, Formes Anatomo-Cliniques & Épidémiologie
La pancréatite aiguë (PA) se définit comme un processus inflammatoire aigu primitif non bactérien de la glande pancréatique, déclenché par l'activation prématurée et anormale de ses propres enzymes digestives au sein du tissu glandulaire (phénomène d'autodigestion enzymatique). Cette réaction inflammatoire locale peut s'étendre aux espaces cellulo-graisseux rétro-péritonéaux péri-pancréatiques et déclencher à distance une réponse inflammatoire systémique sévère (SIRS pour Systemic Inflammatory Response Syndrome) menaçant le pronostic vital immédiat par défaillances multiviscérales d'organes.
Sur le plan anatomopathologique et pronostique, la classification internationale d'Atlanta distingue deux entités fondamentalement distinctes :
- 1. La Pancréatite Aiguë Œdémateuse Interstitielle (80 % à 85 % des cas) : Caractérisée par un œdème inflammatoire aigu diffus ou localisé du parenchyme pancréatique et une infiltration de la graisse péri-glandulaire, sans aucune nécrose cellulaire parenchymateuse. L'architecture glandulaire et la microvascularisation sont parfaitement préservées. L'évolution clinique est le plus souvent rapidement favorable et bénigne, avec résolution complète sous traitement médical conservateur simple en 3 à 7 jours, sans séquelles fonctionnelles et avec une mortalité hospitalière inférieure à 1 %.
- 2. La Pancréatite Aiguë Nécrosante (15 % à 20 % des cas) : Caractérisée par la destruction ischémique et enzymatique irréversible du parenchyme pancréatique et/ou des tissus rétro-péritonéaux adjacents, conduisant à des zones de nécrose tissulaire avasculaire. Cette forme gravissime est émaillée de complications systémiques majeures précoces (choc hypovolémique et septique, détresse respiratoire aiguë, insuffisance rénale aiguë) et de complications infectieuses locales secondaires (surinfection bactérienne de la nécrose). Sa mortalité globale oscille entre 15 % et 30 %, pouvant dépasser 40 % à 50 % en cas de nécrose surinfectée associée à des défaillances viscérales persistantes.
Sur le plan épidémiologique, l'incidence annuelle de la pancréatite aiguë en France et dans les pays occidentaux est estimée entre 30 et 50 nouveaux cas pour 100 000 habitants, en constante augmentation depuis plusieurs décennies. Cette progression s'explique par l'amélioration de la détection précoce par le dosage systématique de la lipasémie aux urgences, l'élévation de la prévalence du surpoids et de l'obésité favorisant la lithiase biliaire cholestérolique, et les habitudes de consommation d'alcool. L'âge médian de survenue se situe autour de 55-60 ans, avec une nette prédominance féminine dans les pancréatites biliaires (sex-ratio F/H de 1,5 à 2) et une nette prédominance masculine dans les pancréatites éthyliques (sex-ratio H/F de 3 à 4).