1. Définitions, Anatomopathologie & Épidémiologie Comparée
L'ulcère gastroduodénal (UGD) se définit anatomopathologiquement comme une perte de substance de la paroi gastrique ou duodénale creusant au-delà de la musculaire muqueuse (muscularis mucosae) et atteignant la couche musculeuse (pouvant s'étendre jusqu'à la séreuse péritonéale).
Il convient de distinguer formellement l'ulcère vrai des autres lésions muqueuses superficielles du tractus digestif supérieur :
- L'érosion gastroduodénale : Perte de substance muqueuse superficielle qui ne franchit pas la musculaire muqueuse. Elle respecte l'architecture du chorion et cicatrise de façon ad integrum en quelques jours sans laisser aucune trace fibreuse résiduelle.
- L'ulcération : Perte de substance dépassant la membrane basale mais restant cantonnée à la sous-muqueuse superficielle sans franchir la musculeuse.
- L'ulcère vrai : Détruit la musculeuse. Le fond du cratère ulcéreux est constitué de 4 couches caractéristiques décrites par Aschoff : un exsudat fibrino-leucocytaire de surface, une zone de nécrose fibrinoïde éosinophile, un bourgeon charnu inflammatoire très vascularisé, et en profondeur une plaque épaisse de sclérose fibreuse collagène cicatricielle indurée. C'est cette fibrose cicatricielle qui rétracte la paroi et qui persistera définitivement sous forme d'une cicatrice blanchâtre étoilée après guérison.
Sur le plan épidémiologique, l'UGD est une pathologie fréquente qui touche environ 8 % à 10 % de la population générale au cours de la vie dans les pays occidentaux. On oppose classiquement l'ulcère duodénal et l'ulcère gastrique :
- L'Ulcère Duodénal (UD) : Représente environ 75 % à 80 % de l'ensemble des UGD (3 à 4 fois plus fréquent que l'ulcère gastrique). Il prédomine nettement chez l'homme jeune et d'âge moyen (30 à 50 ans) avec un sex-ratio H/F de 3 pour 1. Il est quasi exclusivement localisé au niveau du bulbe duodénal (portion D1).
- L'Ulcère Gastrique (UG) : Représente 20 % à 25 % des cas. Il survient chez des sujets nettement plus âgés (pic de fréquence entre 55 et 70 ans), sans prédominance de sexe (sex-ratio proche de 1). Il siège préférentiellement sur la petite courbure gastrique (angulus, partie verticale moyenne) et l'antre gastrique.
Bien que l'incidence globale de l'UGD ait régressé de plus de 50 % au cours des trois dernières décennies grâce à la découverte révolutionnaire d'Helicobacter pylori par Robin Warren et Barry Marshall (Prix Nobel de Médecine 2005) et à l'efficacité des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), l'incidence des complications hémorragiques et perforatives graves demeure stable en raison du vieillissement de la population et de la consommation massive d'anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), d'aspirine même à dose antiagrégante et d'anticoagulants oraux.